‹ Rome ancienne et moderneChapitre 300 sur 428 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

dent de consolider une paix fondée sur le sable, car Dieu seul pouvait enchaîner les passions féodales et l'inconstance naturelle du peuple de Rome, le pape Céleslin 111, plus hardi que le vieux Clément, reprit l'idée de Grégoire VII. Le fameux Barberousse, qui s'était si bien vengé de l'humiliation que lui imposa Adrien TV en se faisant tenir l'étrier, entraîné malgré lui en Orient par le torrent des croisades, venait de trouver la mort dans les eaux glaciales du Salef. Le 15 avril 1191, son fils Henri VI, à la tête d'une nombreuse armée, se présenta devant la cité Léonine. On lui en ouvrit les portes par l’ordre du pape ; mais celles de Rome restèrent fermées. Le peuple, y veillant en armes, ne voulut pas qu’il entrât un seul Allemand A cet affront , qui réduisait à un vain titre sa souveraineté impériale, Célestin 111 ajouta une nouveauté que le père de ce César n'eftt pas subie : s'asseyant dans la chaire pontificale, il affecta de tenir entre ses sandnles le diadème d’or qui servait au couronnement des empereurs. Henri et sa femme Constance, à genoux devant lui, baissèrent humblement la t 'te, et le pontife leur donna successivement la couronne avec les pieds. Puis, pour faire sentir au nouvel élu qu'il avait le droit de le précipiter du trône s'il s'en rendait indigne, au moment où la couronne touchait la tête de l’empereur, le pape la renversa d’un coup de pied. Les cardinaux s’empressant de la relever la replacèrent avec respect sur la tête d’Henri. '

Le Pape Iksocext III. — Si le vieux Célestin, qui touchait aux portes du tombeau, avait fait oublier par cet acte de dédain l'affront de Canossa et l’étrier de Sutri , que ne devait-on pas attendre du pontife qui lui succédai... Fils du comte de Segna , Innocent III arrivait au pontificat à la fleur de l’âge : il n'avait que trentesept ans, et l'audace ne lui manquait pas plus que la volonté pour poursuivre cette pensée de suprématie universelle, que poursuivaient toujours les héritiers de Grégoire VIL Depuis la renaissance de la République , la Préfecture n’existait plus. Rome cessant de reconnaître le pouvoir impérial qui les instituait, les préfets avaient été supprimés comme inutiles. Innocent III entreprit de les rétablir Aussitôt, après sa consécration, en 1198, il investit solennellement, un Pierleoni, du titre de préfet, se lit prêter le serment de fidélité que l’empereur imposait à ces magistrats. ’

Cet empiétement passa sans protestation, car lorsque Innocent l’essaya, l’empire était vacant, et peu importait au peuple romain qu’un titre tombé en désuétude fût décerné honorifiquement à l’un de ses officiers par l’empereur ou par le pape. Mais cette indifférence disparut quand il voulut faire un pas de plus : il se heurtait alors au sénat qui le repoussa rudement. Les papes étaient toujours punis par où ils péchaient, par l'ambition du pouvoir temporel. Si, fidèles à la loi évangélique et à l’exemple des apôtres, ils s'étaient contentés de l’empire spirituel du monde, ils

1. Sedebat Gelcsümu la cathedra poatllcall tenens coronara aaream iuipcrialeru inter pedes «aos, et imperator Inriinalo capile rrcepit corottam et imperatrix slmlllter de pedibue dominl Papas. Dominas aatem Papa su (irai perr assit rural pede suo coronara) imperatoris et dejeelt ram in terrant signiflrans qood ipse potesiatera ejieiendi rom ab imperio babel si ille denicruerii. Scd cardinales s ta lirai arripientes ro rouirai Imposoeraot eam capiti imperatoris. (Roger de Howeden, Antule t.)

S. Archive* du Vatican, Registre dnonocent 111.

auraient vécu des jours paisibles et seraient tous grands dans la mort. Au lieu de comprendre combien il importait à In papauté, pour revêtir une forme plus pure et conserver son caractère divin, de s’élever au-dessus des intérêts grossiers du monde, les papes s'attachaient à ces intérêts, avec une persistance qui les perdait aux yeux de Rome. Il arrivait ainsi par un effet bien simple qui a échappé néanmoins à la plupart des historiens, qu'au moment où toute la chrétienté s'inclinait jusqu'à terre devant le successeur de 1'apêtrc, ce chef illustre et sacré de l'Église était le jouet des Romains.

Giovaiwi Cafoccio , Chef bu Peufle. — Nous avons dit que le sénat s’opposa le premier aux envahissements d’innocent ; ceux de ses membres qui déployèrent le plus d'énergie en 1200, à propos d’une nouvelle tentative du pape, étaient les Pierleoni et Giovanni Capoccio; celui-ci, représentant d'une ancienne famille que la tradition faisait remonter jusqu’à Charlemagne, essaya de soulever le peuple contre l’ambition du pontife, a Voyez, disait-il en parcourant la ville avec le descendant du juif, voyez comme le pape vous male ! Il plume le peuple romain comme on plume un oiseau. Ne s'est il pas approprié Maritima et Sabina ?... Ne nomme-t-il pas, selon son bon plaisir, un sénateur parmi ceux qui lui sont dévoués, au lieu de les choisir de concert avec vous! ’ » La conclusion de ces murmures, qu'étouffa la prise de Viterbe, était l’insurrection. Quand le peuple eut oublié la joie de ce triomphe et qu’il eut suspendu au Capitole, en souvenir de la victoire, la cloche municipale de lu ville vaincue et une chaîne de scs portes , il prêta de nouveau l'oreille aux discours de Capoccio. Les Orsini, neveux du pape défunt, profilant de son irritation, n’eurent donc point de peine à le soulever. Dans l’été de 1202, ils se mettent à la tête de la milice urbaine, chassent les parents du pape, et forcent Innocent à se retirer à Anagni.

Il y était encore en 1201, lorsque l’époque du renouvellement du sénat arriva. Les représentants du pape demandaient qu'un seul sénateur fût élu; les bons hommes du bien public , au contraire, exigeaient qu’on en choisit cinquante-six, comme par le pnssé. En vertu d’une transaction proposée par les amis de la paix , dix arbitres furent chargés de faire l'élection. Or, à peine élus eux-mêmes , ces arbitres se virent entraînés par le peuple dans la tour de Saint-Jean de Stacio et contraints de choisir cinquante-six sénateurs. Mais si on avait pu leur imposer l'obligation d’élire un sénat, on ne pouvait les dépouiller de leurs passions : chacun avait choisi les candidats de son parti, de telle sorte que la transaction aboutissait finalement à mettre en présence dans l’assemblée souveraine deux factions de force égale. L’antagonisme éclata au Capitole, dès qu'on en vint au serment. Les amis du pape juraient qu’ils n’ordonneraient rien de contraire , dans une affaire alors pendante, aux intérêts de la ville; les amis du peuple juraient de ne pas intervenir avant que la ville n’eût été mise en possession du l'objet en

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