‹ Rome ancienne et moderneChapitre 301 sur 428 · Frédéric llurter, Uuloirc d'lnnoc:i\l Ut, 1. 1, j · texte numérisé non relu

Frédéric llurter, Uuloirc d'lnnoc:i\l Ut, 1. 1, j

CHAPITKIi XXIV.

litige entre elle et l'Église. Le peuple applaudit vivement ces derniers et le sénat se divisa : une moitié resta au Capitole, l’autre alla délibérer dans un couvent à côté de la tour de Saint-Jean. L’intervention personnelle d'innocent fut impuissante à calmer les esprits. La guerre civile se rallume pour la centième fois. La ville prend tout à coup l'aspect d’un camp. Là où il n'y avait point de tours en pierre , on en construit en bois; on creuse des fossés, on élève des remparts: on met en état de défense d'anciens bains et d'anciennes églises; on enrôle des frondeurs et des arbalétriers et on dresse des balistes.

Guerre des ri.es au boïes âge. — Les hostilités commencèrent le jour de Pâques 1201. Tandis que les Poli, qui se disaient opprimés par le Saint-Siège, se rendaient pieds nus , en faisant porter des croix devant eux , d’église en église pour émouvoir le peuple , Capoccio l’appelait aux armes, en criant qu'il allait remporter en ce jour une victoire complète sur ses ennemis ! La lutte qui s’engagea immédiatement portait au plus haut point le cachet singtdier de la guerre des villes au moyen âge. Les sénateurs populaires élevaient des tours devant les maisons des sénateurs dévoués au pape et y lançaient des pierres et des tisons enflammés jusqu'à la ruine ou l’incendie de l'édifice. C'est ainsi que Capoccio attaquait Pandolfo, que les cinq frères Frangipani accablaient du haut du Colisée Pierre Annibaidi, beau-frère du pape, d'une grêle de flèches, que le peuple escaladait la tour de Richard , frère d’innocent , et abattait tous les palais de ses ennemis autour de Latran. La guerre dura plusieurs mois : commencée le jour de Pâques , elle n'était pas encore finie le jour de Saint-Laurent. Enfin les balistes cessèrent de tirer et des propositions de paix arrivèrent d’Anagni. Innocent III offrait au peuple, ou de constituer quatre arbitres juges du différend, ou de nommer, par bonté , dans l’intérét de la paix et sans se lier pour l'avenir, des candidats présentés par le Capitole. Capoccio réunit le peuple pour lui transmettre ces propositions, et quand on lui demanda s’il était d'avis de les accepter, il s'écria d'une voix ferme :

« Rome n'est jamais habituée à fléchir dans ses débats avec l'Église. Si elle cède aujourd'hui , en abandonnant au pape sa suzeraineté sur les biens des Poli et le droit de nommer le sénat, contrairement aux décrets du peuple et au serment des sénateurs, la ville est perdue. Car si nous avions le dessous, nous qui sommes en si grand nombre, qui oserait s'opposer au pape? Je n’ai point vu de paix aussi avilissante dans les annales de Rome : c'est pourquoi je refuse mon assentiment à cette honte

Les conseillers du pape eux-mêmes ayant opiné comme Capoccio, il fallut qu’innocent subit la loi du plus fort et consentit à la nomination des cinquante-six sénateurs. Le peuple romain, devenu ombrageux après cette lutte, ne voulait plus souffrir que rien se fit sans lui. Othon IV était venu en 1Î09 recevoir la couronne impé-

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