I. Frédéric Hurler, Histoire d’Intoctnl III, l. 14 p
riale k Saint-Pierre : il avait traité seulement avec le pape et ne s’était préoccupé ni du sénat ni du peuple. Ceux-ci lui apprirent, le jour de son couronnement, qu’ils n'eutendaient pas être oubliés. Au moment où la couronne d’or en tête, le nouvel empereur accompagnait le pape jusqu'k la porte du. pont Saint-Ange, celte porte s'ouvrit tout à coup et il en sortit impétueusement une foule armée qui , se précipitant sur les Tudesques , en lit un affreux carnage. Othon laissa les rues de la cité Léonine et les prés de Néron jonchés de morts, et abandonna comme sanglante aubaine à ses vainqueurs onze cents chevaux, son camp et de riches dépouilles Ce double échec ne découragea pas Innocent lll : des triomphes bien tristement célébrés et qu’il faudrait pouvoir effacer des annales de l'Église et de la mémoire des hommes, le dédommageaient au delà des Alpes. Humilié par la République , vaincu k Rome par Capoccio, fugitif k Anagni ou k Vitcrbe , il dirigeait fièrement la chrétienté, et le jour même où les amis des Poli , troublant, les armes k la main , les cérémonies saintes , l’obligeaient de s’enfuir de la basilique vaticane, d’une main il envoyait des armées recrutées dans toute l’Europe, continuer l’œuvre de la croisade en Orient, et de l'autre il poussait la féodalité du nord de la France contre le midi pour écraser les Albigeois.
Par des moyens que l'histoire a jugés, cette croisade réussit : les idées des Parfaits du Midi, qui étaient celles qu’Arnold de Brescia sema sur la terre romaine et les mêmes que nous verrons bientôt reverdir avec Luther, périrent étouffées par le fer et le feu. Mais tout n’était pas Uni avec la victoire. Même au moyen âge , après le tour de la violence , venait celui du droit. Les hommes raisonnaient beaucoup et discutaient plus longtemps qu’aujourd'hui sur la légalité des actes. Les souverains féodaux, dépouillés par les légats du Saint-Siège de leurs comtés et de leurs villes, ne se tinrent pas pour battus : ils en appelèrent au pape et se présentèrent hardiment au concile (lu 14 novembre 1214, cette grande convention catholique, k laquelle assistaient soixante-onze primats et métropolitains , quaire cent douze évêques , neuf cents abbés et prieurs de tous les ordres , les ambassadeurs des deux empereurs d'Allemagne et de Constantinople, des rois de France, d'Angleterre, d'Aragon, de Hongrie et de Chypre, des représentants de plusieurs autres princes et grands seigneurs de toutes les parties de l'Europe et'de plusieurs villes. On comptait deux mille deux cent quatre-vingt-trois personnes ayant le droit d'assister aux séances du concile.
Ls osand conçus as I.atsan. — Innocent III l’ouvrit par un discours sombre, menaçant, couvert d’allégories évangéliques, d’où jaillissaient sans cesse comme des éclairs, ces trois idées: la délivrance du tombeau du Christ, l’extermination des hérétiques et la suprématie de l'Église, a Je désirais, dit-il aux pères, célébrer avec vous une triple p&que : une corporelle, une spirituelle, une éternelle. Une pâque corporelle ou passage d'un lieu k un autre pour délivrer Jérusalem opprimée;
1. Rirardo da S. Germa no, et AlWric le moine in Moratori (^aaa'i d'italla, t, tii, p. HO).