CHAPITRE XXIV
ICS
une pique spirituelle ou passage d’une situation à une autre , pour l'amélioration de l'Église universelle; une pique éternelle ou passage d’une vie it l'autre. Jérusalem nous appelle par la voix de Jérémie : Vous tous qui passer, arrêtez-vous et voyez s'il est une douleur égale à la mienne. Je suis maintenant esclave , moi qui étais la maîtresse des peuples; moi qui débordais de population, je suis abandonnée. Les lieux saints sont profanés; là où Jésus-Christ, le tils unique du Très-Haut, était adoré , on y révère Mahomet. O honte ! 6 outrage ! les fils de la servante , les rejetons des hommes d’Agar ont rendu esclave notre mère !
a Quant au passage spirituel , le Seigneur en parle à l'homme revêtu d'un habit de lin , en lui disant : « Traverse la ville, et marque d’un T sur le front tous ceux qui pleurent et gémissent sur les horreurs qui s’y sont commises. » Il donna cet ordre en même temps à six hommes portant des instruments de mort : a Parcourez la ville et frappez tous ceux qui ne porlent pas cette marque! n C'est ainsi que le pape, qui est établi gardien de la maison d’Israël, doit parcourir toute l'Église qui est la ville du grand roi , la ville fondée sur la montagne , et il doit examiner et éprouver les mérites de chacun, afin que les ténèbres ne soient pas appelées lumières et la lumière ténèbres. L’instrument de mort que vous devez porter à la main, c’est l’autorité papale que vous avez à appliquer, selon la parole du psaliniste , qui dit : a Le malin , de bonne heure , je mis à mort tous les pécheurs de la terre, afin d’extirper de la ville du Seigneur, ceux qui font le mal. »
« Et pour le passage de l’éternité, le Seigneur dit quand il en parle : « Heureux les serviteurs que le fils de l’homme trouvera veillant quand il viendra : en vérité , je vous le dis, il s'apprêtera pour les servir et il les fera asseoir à sa table, a J’ai donc désiré manger avec vous la chair de la doctrine et le mets de la pénitence , afin que nous passions du travail au repos, de la douleur à la joie, de la mort à la vie et de la corruption à l’élat incorruptible par celui qui doit être honoré d’éternité en éternité!... 1 »
Le coxte Haieomi ns Toulouse. — Selon l’usage , car l’Église alors voulait tout régler, le concile s'occupa d’abord longuement d’une foule d’objets étrangers à la religion, puis quand il eut excommunié le roi de France qui armait contre Jean sans Terre, donné tort aux barons anglais en lutte contre leur roi , repoussé les avances de l’empereur Olhon , brouillé avec le Saint-Siège, cl déclaré nul le mariage de Hurkard d’Avesnes , il permit aux comtes dépouillés par la croisade albigeoise , de venir plaider leur cause. En entrant dans la basilique latérane , suivi des comtes de Foix et de Commiuges , et de quelques-uns de ses barons , le comte Raimond de Toulouse alla s'agenouiller avec son fils, beau donzel de seize ans, devant le trône du pape, et redemanda humblement les terres de scs pères. Derrière lui se tenait debout le jeune et vaillant comte de Foix, qui prit la parole en ces termes :
Mjiisi, C ait tel ion de* Concile t.
t Seigneur, vrai pape , de qui le monde entier relève au même litre que la ville de Saint-Pierre et son gouvernement , écoute mes raisons et me rends justice , toi dont le jugement maintient la droiture et la paix. Je puis jurer en toute vérité , et prouver que je n’aimai jamais hérétique ni mécréant ; que jamais je ne recherchai leur société ni ne les approuvai en mon cœur. Oliéissant et soumis à la suinte Église, je suis venu loyalement en la cour, chercher mon droit avec le comte , mon seigneur, et son fils qui, n'élant qu'un enfant encore, n'a pu faire ni mal ni trahison. Le puissant comte , mon seigneur, s'est mis à ta merci : il t'a rendu la Provence, Toulouse et Montauban , et partout les hommes de scs terres ont été livrés aux supplices, à la mort, et abandonnés à la rage de Simon de Monlforl qui les extermine sans pitié. C'est pour s’être confiés à ta foi que mes peuples sont tombés sous le glaive ; c’est par respect pour ton légat que j’ai mis en tes mains les clefs du chêteau de mes pères, qui est si fort qu’il se serait seul défendu, si mon seigneur ne reçoit pas satisfaction , si l’on ne me rend ma forteresse, il ne faut plus croire à parole d'homme ni à loyal accord ! 1 »
A ces mots le cardinal-légat et l’abbé de Saint-Tibèri, qu'innocent interrogeait des yeux, répondirent de leur place : « Saint Père, en ce qu'a dit le comte, il n’a pas menti d'un seul mot. » Se levant aussitôt comme un furieux : « Frères, s'écria l'évêque Folquet de Toulouse, vous venez d'entendre le comte; il soutient qu’il a toujours fui l'hérésie, et moi je vous dis que c'est dans sa terre qu'elle a jeté les plus fortes racines. Je vous dis qu'il a aimé, désiré, protégé les Albigeois , et que son comté en regorgeait. Quant aux croisés, ces pèlerins fidèles qui avaient marché pour servir Dieu et pour chasser les hérétiques, il en a tant tué, tant taillé en pièces, tant rompu et meurtri, que leurs ossements font croûte sur la montagne de Montjoie et que la France en pleure encore! Grands sont là-bas les lamentations et les cris des mutilés et des aveugles, qui ne peuvent plus faire un pas s'ils n'ont un guide qui les mène. Celui qui les a tués, martyrisés, foulés aux pieds, ne doit plus tenir terre : l'exhérédation et l’exil, voilà ce qu’il mérite’ ! »
Là-dessus, Arnaud de Villemur perce la foule , entre dans l’enceinte réservée et, sans s’effrayer des regards qui se fixent tous sur cet inconnu, articule ces fières paroles :
• Seigneurs, si j'avais su qu’il serait question de cette affaire et qu'on en ferait si grand bruit à la cour de Rome, je vous jure qu’on en verrait bien plus encore sans nez et sans oreilles de ces bandits de pèlerins !» — « Pardieu ! se dirent alors les barons l'un à l'autre, voilà un fou bien hardi ! » Mais le comte de Foix lui imposant silence, reprit ainsi d'un ton ferme, après avoir repoussé les reproches de l’évêque de Toulouse : « J’affirme, seigneurs, par le Dieu qui fut mis en croix, que jamais bon pèlerin ou Roaiain paisible, cheminant pieusement vers quelque saint lieu, ne fut par moi
1. Senber dreiu apostolis on loti lo mon ape n — c te T toc de Sant Peire el’ seo govemamen — e de us (tuer drerhara e paix e jul jsneu.... Si en eom lo l'bivrel qui ailal no me real , ja nolhs homno S. dm creirc e nulli Ue eovenent.... V. 3143. ( Williem de Tailela, Histoire ie U Croit ad e entre tf* Aiktgtoia.)
2. U uo don lenlr lerrrc* allais es so* meriiz. (I,c tuttiie, V. 3271.)