‹ Rome ancienne et moderneChapitre 304 sur 428 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

maltraité, dépouillé ou tué, ni arrêté dans son chemin par mes hommes. Quant à ces brigands, & ces traîtres sans honneur et sans foi, portant la croix qui nous a écrasés, il est vrai qu'aucun n’a été pris par les miens ou par moi qu’il n'ait perdu les yeux, les pieds ou les mains. De ceux que j’ai tués ou détruits, il m'en vient joie au cœur; il m’en vient mal de ceux qui me sont échappés. Et cet évêque qui parle si haut, je vous dis, moi, qu'il nous a tous trahis, Dieu et nous; car il a, autour de Toulouse, allumé un tel feu, qu’il n'y a plus d’eau qui puisse l'éteindre. A plus de dix mille chrétiens, petits ou grands, il fait perdre la vie, le corps et l'âme, et, par la foi que je vous dois, il ressemble plus à l’Antéchrist qu'à un légat de Rome *. »

« Comte, dit alors le pape , tu as noblement discouru en faveur de ton droit , mais en amoindrissant un peu le nôtre. Je saurai ce qui t'est dit et ce que tu mérites, et quand je me serai convaincu que tu as raison, tu recouvreras ton château. Tout pécheur, si pervers et perdu fût-il, l’Eglise doit le recevoir pourvu qu’il se repente et se soumette de bon cœur. > S'adressant ensuite aux membres du concile : s Frères, leur dit-il, écoutez ce que Jésus a lui-même dicté : Je veux que mes disciples marchent au grand jour, qu'ils portent l'eau avec le feu, le pardon avec la lumière, et que l'indulgence, la douceur et l’humilité suivent leurs pas. »

« S’il en est ainsi , s’écria aussitôt le vieux Raimond de Roquefeuille, seigneur vrai pape, merci pour un enfant qui n’a pas péché ! merci pour le (ils du noble comte de Foix, assassiné par Simon de Montfort! Rends leurs fiefs aux déshérités à jour fixe et prochain , sinon moi qui louche à la tombe je te demanderai terre, héritage et droit au tribunal de Dieu, le jour où tout sera jugé 1 ! »

Un peu plus de huit mois après l'ajournement du vieillard , Innocent III comparut à ce tribunal redoutable, les mains teintes du sang versé par l'ordre de ses légats. Sa mort raviva presque immédiatement les discordes du peuple et du Saint-Siège. Honorius III, qui lui avait succédé, quittait Rome en 1218, ne pouvant, dit le chroniqueur Richard de San-Germano, supporter les avanies (molcstia<) dont on l’accablait , et allait habiter Viterbc, Ramené au bout de deux ans à Saint-Pierre par Frédéric II, qui venait chercher la couronne impériale, en I22i, il recommençait la lutte conlre le sénat, et succombait comme la première fois’. Plus habile et aussi énergique, malgré son grand âge, Grégoire IX, qui prit en main après sa mort le gouvernail de l'Église, eut encore moins de bonheur. La force du sénat grandissait avec ses succès : Grégoire ayant commis la faute de se mettre Frédéric II

1. Que à pins de D. M. que de frans qne petit — l fe perdre las tidas e ls cors e Is esperiu, per la fe qu‘ ica us del a seu faiii et al dits — ci à la capieneosa sembla mieibs Aniécrits — que mes&atgcs de Roiua. { Wilbctn de Todela, V. 3381. )

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