‹ Rome ancienne et moderneChapitre 306 sur 428 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

leur vengeance. Traîne aussitôt en prison, tandis qu’on se hâtait de le remplacer par Manuello Maggi, un ami des nobles, il aurait perdu la vie sans la précaution qu'il avait prise avant d'entrer en charge de se faire donner des otages. Ces otages étaient gardés dans sa ville natale ; et la noblesse eut beau les redemander avec menaces, le pape eut beau suspendre l’interdit sur la ville rebelle, Bologne fut inébranlable , et par ce noble refus sauva son concitoyen '.

Gagner du temps est tout en politique. Sauvé du premier péril , Brancaleone était certain de prendre sa revanche. En voyant gouverner Manuello Maggi , le |ieuple ne tarda pas en effet il reconnaître qu'on l'avait trompé. Réparant alors sa faute aussi promptement qu'il l'avait commise, il court aux armes, arrache de la prison son ancien chef et le ramène en triomphe au Capitole. La justice sévère y rentra avec lui. Deux Annibaldeschi , fiers de l'illustration de leur famille, d'où étaient sortis des papes, du nombre de leurs vassaux et de leurs richesses, osèrent le braver. Il les fit pendre aux fourches publiques. Le pape, qui s'appelait en 1258 Alexandre IV, l'excommunia lui et ses adhérents. Mais bientôt, effrayés des menaces qui éclataient contre eux de toutes parts, le pape et ses cardinaux s'enfuirent à Viterbe. Ils n'y étaient pas anivés que Brancaleone, à la tète du peuple en armes, portait un coup mortel à la tyrannie de la noblesse en attaquant ces tours qui , selon l'expression de Mathieu Paris , étaient autant de cavernes de voleurs. Le vaillant capitaine en prit et en rasa cent quarante, et par ce moyen l'ordre et la paix furent encore une fois rétablis dans Rome *.

Malheureusement ce n’était pas pour longtemps. Comme tous les hommes utiles qui meurent jeunes, Brancaleone ne vit pas finir l’année de sa victoire. Pieusement reconnaissant, le peuple déposa sa télé dans une urne précieuse qui fut scellée au haut d’une colonne, et il choisit pour lui succéder son oncle Castellano, qu'il avait désigné en mourant. Mais la mémoire des morts s'efface aussi vite que celle des bienfaits reçus. Un an écoulé à peine, le peuple, séduit par l'or de la noblesse et les caresses du pape , avait oublié Brancaleone et assiégeait son oncle au Capitole. C’est ainsi qu’il retomba sous le joug des nobles et alla, sans le savoir, au-devant de celui que préparait la papauté. Celle-ci , comme on pense bien, ne so tenait pas pour battue. Suivant avec sa ténacité séculaire la plus chère de ses idées fixes, qui était de conquérir la souveraineté de Rome, elle tournait sans cesse autour de la démocratie du Capitole, sa grande pierre d'achoppement. Quoique le Sénateur n'en fût souvent qu’une expression bien infidèle, il la représentait. Délégué constitutionnel de l'aristocratie et du peuple, le Sénateur, qu'il penchât vers l’une ou l’autre de ces deux fractions de la nationalité romaine , exerçait le pouvoir

I. UalUfu Parti , Uistoria Angionun li insum 1352. xiala il CtrUc. tdem. Cailtitlh. Cbronlq. M. Brantjleon s'intitulait : Del gratii almac urbis Senalor cl Romani popoli capluueus. ( Vitale. Sierla DiglomaUca de' Senmtori di Roma, I. il, p. 4M.)

3. l’oscia per abatsare la poteau délia uoMiU Ronuua cbe colle case ridolte in forma dl foriexie. — Commetievaoo mille insolenze. feee dirorare da rente quarnntn loro Torri; e in qocsla maniera torno U quiete e la traoquillitt in Routa- l Muraluri, Annali d'IUlit, (. vil, p. 371.)

L'ÉGLISE, LA FÉODALITÉ ET LA RÉPUBLIQUE. tTJ

suprême, gouvernait et régnait à Rome. Si donc la papauté parvenait à s’emparer de cette magistrature républicaine, elle était sûre d'atteindre son but tôt ou tard. C'est de ce résultat si important que se préoccupa surtout Urbain IV : politique habile, il l’obtint en 1363. Cette même année, le peuple romain, au dire de Sabas de Malespine, se mit subitement en tête de prendre un grand prince pour Sénateur. Plusieurs candidats furent proposés. Les uns voulaient Manfred, roi de Sicile et de Naples; les autres le comte d’Anjou et de Provence, frère de saint Louis; quelques-uns Pierre, fils aîné du roi d'Aragon. De sa retraite d'Orviéto, Urbain IV manœuvra si adroitement qu'il fit élire Charles d'Anjou.

Charles d'Aiuou, vassal du pape. — Dans la pensée d'Urbain, ce choix valait une victoire. Charles d’Anjou avait déjà traité avec le Saint-Siège par l’entremise du cardinal Pignatelli. Il devait recevoir la couronne des Deux-Siciles à condition d’en faire hommage à l’Église. C'était donc son vassal que le pape avait eu l'art d’imposer au peuple romain. Charles d’Anjou étant, selon l’expression populaire du temps, comme la pierre à aiguiser sous la main des clercs , seconderait aveuglément ce plan si bien conçu, dont la réussite ne semblait pas douteuse. Mais les plus profondes combinaisons échouent quand elles n'ont pour hase que les passions des hommes. Charles d'Anjou vint à Rome en 1363; il y fut couronné l’année suivante roi des Deux-Siciles; il prêta serment de fidelité en qualité d'hommc-lige au Saint-Siège, et s’engagea, la main sur les saints Évangiles, à payer tous les ans, le jour de Saint-Pierre , huit mille onces d'or à l'Église , à faire hommage nu pape d’une belle haquenée en reconnaissance des royaumes qu’il tenait de sa main, et à lui envoyer, à sa première réquisition , trois cents chevaliers équipés à ses fiais. Quant à prêter à la papauté le vigoureux appui qu'elle en espérait pour soumettre Rome , il n'eut ni la volonté ni le temps même d’y songer. Manfred et Conradin l’occupaient trop sérieusement.

Gibelin d’inclination , le peuple romain ne pouvait supporter longtemps un prince guelfe. Il avait déposé Manuello Maggi parce qu'il était l’instrument des nobles; il déposa Charles d’Anjou parce qu’il était le vassal du pape, et chargea Augelo Capocci de nommer un autre sénateur. Celui-ci choisit Henri , frère du roi de Castille, qui se trouvait alors à Rome avec trois cents cavaliers espagnols. Attiré par les succès de Charles d’Anjou , il était venu dans l’espoir d'obtenir du Saint- Sicge, aux mêmes conditions, le royaume de Sardaigne. Or, le pa|>c Clément IV, successeur d’Urbain et vassal de Charles, l’avait joué; Charles d’Anjou refusait de lui rendre une forte somme d’argent qu’il lui avait empruntée, en sorte que dans sa colère il était prêt pour se venger à tout entreprendre contre le roi, le pape

I, Iuierea populos Romauus, «b orbe poienles

(Marcs e jeeil , prseJomlnanle cari’ ns

Untle peiii Douilnum eut trader?! jota sciuiûj. (Titaatco Vauoi ont. )

Le «liai, do mie, comme on le voit par les lellrc* do duc d’Aiijoo adressées au aèoal cl au peuple romain { Archiva délia Zerca, regno di Cari», U B IS7t, p. IM ) exbtail toujours de laiu

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