‹ Rome ancienne et moderneChapitre 316 sur 428 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

mes pieds ont foulé? n’est-ce pas le nid où je fus nourri si mollement? n’est-cc pas la patrie si chère à mon amour et à mes espérances, la mère si tendre et si pieuse qui garde dans son sein ceux qui m’ont aimé!... Oh! puisse ma lamentation toucher votre cœur et l'attendrir en la mouillant des pleurs du peuple! Il gémit, ce peuple opprimé, et n’espère qu’en vous; compatissez à ses misères et vous le verrez courir aux armes et montrer sur le champ de bataille que la valeur n'est pas encore morte dans les cœurs italiens'. »

Son tiuompiie poétique au Capitole. — Après ces chants, paré de la magniGquc robe que lui avait donnée le roi de Naples, et entouré de six chefs de la noblesse ’, tous habillés de vert et portant des guirlandes de diverses couleurs , Pétrarque monta au Capitole. I-e chef du sénat venait ensuite, accompagné des principaux membres du conseil de la ville. Lorsqu'il eut pris place, Pétrarque, appelé par un héraut, fit une courte harangue , en prenant pour texte un vers de Virgile , puis il cria trois fois : vive le peuple romain 1 vive les sénateurs de Rome ! Dieu les maintienne en liberté! Et, après cette triple acclamation, il alla s'agenouiller devant le chef du sénat, qui prononça quelques paroles élogieuscs, et, ôtant de sa tète la couronne de laurier, en décora le front du poêle en disant : « Je couronne le mérite ! » Pétrarque lui répondit sur-le-champ par un sonnet en l'honneur des héros de Rome, qui excita le plus grand enthousiasme.

Le peuple manifestait sa joie par des battements de mains redoublés et par ces cris : o Vive Pétrarque ! vive le Capitole ? » Slefano Colonna se leva alors, et quand on vit qu’il voulait parler il se fit un profond silence. Ce grand vieillard, qu’on appelait la colonne de Rome, loua le poète, son ami, en ternies si nobles, que les partisans du lauréat pleuraient de joie et que Pétrarque , ainsi qu’il l’avoua lui-même plus tard, en rougissait de bonheur. Le discours de Stefano fini , on conduisit le lauréat en grande pompe à Saint-Pierre, où il rendit grâces à Dieu de l'honneur qu'il venait de recevoir et déposa sa couronne pour être suspetïdue avec les atitics offrandes aux voûtes de la basilique. Un repas splendide au palais des Colonna termina la fête, et le lendemain, 9 avril, se dérobant modestement aux hommages populaires , Pétrarque quittait Rome au point du jour, emportant avec la gloire do ce triomphe un brevet sur parchemin de poète et de prosateur, longuement libellé par le notaire de la ville*. A partir de ce moment, Pétrarque se considéra comme un fils adoptif de Rome et ne laissa échapper aucune occasion de lui témoigner sa reconnaissance. Dans ses vers et dans ses éplties , il ne cessa de supplier le pape de quitter Avignon, qu’il appelait l’avare Babylone, la Vénus impure, cl de reporter la chaire apostolique à Latran ; puis h la mort de Benoit XII , en 1343, lorsque les Romains envoyèrent deux députations h Clément VI, pour lui offrir la dignité de sénateur, l'engager à venir à Rome, et lui demander de fixer

i . Iialu mis, ben che I* parlar nia indarno... F. Petiurcba ( Cantoui. )

9 Un Coati, on SjtHIo, an Anuibaldo, nn Or&ino, on Papareie et an Monlencro.

3. De Sade , Ménoiret pour la Vie de Pétrarque , tlrta de if» CF. ti ret, tnruc ji, lü-4®, p. 5. ( Voir le» Œuvres de Pili arque, p. 1251, el la Itclalk» de Monaldeschi, Aunali, p. 4ML )

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COLA niENZO.

le jubilé à la cinquantième année, il seconda les députés avec chaleur et se joignit à eux quand ils furent présentés à la cour papale.

Cola Riexzo. — Parmi ces envoyés qui avaient été élus en nombre égal , dix pour chacune, par les trois classes de la population, la noblesse, les euvalierotti et le peuple, Pétrarque distingua promptement un de ces hommes vers lesquels on se sent attiré par un mystérieux, mais invincible aimant. Cola Itienzo, ainsi se nommait cet homme, était le fils d’un pauvre tavernier qui tenait sur les bords du Tibre , dans le Rionc de la Regola et auprès du pont des Quatro Capi , une modeste auberge fréquentée surtout par les étrangers. Sa mère , appelée Matalcna, vivait, dit l'auteur anonyme, de panni lavai e e d’aejua porlare, en lavant du linge et en portant de l’eau. D'une nature nerveuse , impressionnable et maladive, elle avait légué à son fils une imagination ardente, un cœur tendre, et cette faculté si douce et parfois si cruelle de sentir vivement. Enfant encore, lorsque les pauvres voyageurs étrangers , les pèlerins à demi nus , les ouvriers dépouillés aux portes mêmes de Rome, entraient dans le cabaret de son père, et racontaient les violences dont ils venaient d’étre l'objet, Cola écoulait ces récits avec l’avide curiosité de son Age , mais d’un air sombre et grave. Pas un jour ne s'écoulait il cette époque de désordre sans fuire éclore un attentat nouveau : personne ne s’opposant au mal, il débordait de toutes parts. On volait, on assassinait impunément à Rome. La débauché y marchait tête levée à côté du crime, et rien, lias même la plus tendre enfance , n’y protégeait la femme. Les nobles ne reconnaissaient d’autre droit que la force, et le peuple, outragé à chaque instant dans la personne de scs femmes et de ses filles et repoussé sans cesse dans l’opprobre et la douleur, éclatait en imprécations contre ce régime.

L’enfant écoutait tout en silence ; mais chaque protestation des opprimés, chaque cri de désespoir, chaque serment de vengeance tombait dans ce jeune cœur et s’y gravait profondément. En grandissant, il perdit sa mère et fut envoyé, dans l’es [voir que l’air des montagnes fortifierait sa constitution, chez un parent qui habitait les roches d’Anagni. Là , il vécut jusqu’à vingt ans de la vie active et dure des montagnards. Son père étant mort en 1333, il revint à Rome et s’y livra d’abord avec passion à l’étude de l'histoire romaine et de scs monuments. Il ne quittait Salluste, Cicéron, Titc-Live, Sénèque, Valère Maxime, Symmaque, Boèce, scs auteurs favoris , la Bible et les poètes que pour déchiffrer des inscriptions et aller méditer sur les ruines de l’ancienne Rome. Au milieu de ccs grands débris, on l’entendait souvent s’écrier : « Où sont maintenant ces vaillants Romains? Où est leur sublime justice?... Obi que n'ai-je vécu dans ces siècles d’or 1 » Doué d'une éloquence vive et hardie qui entraînait les cœurs, et dont sa taille élégante, et sa noble figure doublaient le charme, Cola Rienzo enflammait ses amis d’enthousiasme quand il évoquait devant eux l’image de la vieille Rome si différente de celle de 1340. Ce n’était pas sans dessein qu’il faisait ces comparaisons. L'homme n’avait rien oublié de cc que l’enfant écouta si souvent avec émotion dans la taverne

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