CHAPITRE XXV
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de son père. Depuis son retour dc3 montagnes, une grande pensée l’occupait nuit et jour : changer la constitution de Rome, délivrer l'infortunée ville de la tyrannie des nobles, y rétablir la paix et la justice, voilà le triple but qu’il se proposait. L’assassinat de son frère, égorgé sous ses yeux sans qu’il pût obtenir le châtiment du meurtrier, l’attacha plus énergiquement encore à ce but patriotique vers lequel il se mit à marcher d’un pas ferme. Tous les opprimés trouvèrent dès lors en lui un protecteur, un avocat zélé et fidèle. Aussi Sun nom fpt bientôt sur toutes les lèvres : on le surnomma le consul des pauvres, et il n’eut qu’à se montrer pour être élu quand il s'agit d'envoyer des députés à Avignon.
Home envois des députes ai- pape a Avignon. — Devant le pape, il ne faillit pas à sa mission populaire. Dès la première audience, il charma Clément VI par la vigueur et la grâce de sa parole. Il fit une peinture si énergique et si touchante du misérable état de Rome , que le pape français, qui avait des entrailles, frémissait déjà de colère contre ces pervers, lorsque le cardinal Giovanni Colonna, employant avec sa finesse italienne le mensonge et la calomnie, eut l’art de l'apaiser et de rendre suspect l’orateur du peuple. La disgrâce de Rienzo toutefois ne dura pas longtemps. Au mois d’avril t ’i tt, Clément VI, qui ne lui avait jamais retiré son estime , le nomma notaire de la chambre municipale, poste qui valait cinq florins d’or par jour. Il revint donc dans la ville plus grand qu’il n’en était parti et en beau chemin do fortune , s’il eût préféré comme tant d’autres son intérêt propre à l'intérêt public; mais ce dernier seul le touchait. En remplissant les devoirs de sa charge en homme intègre, il ne tarda pas à découvrir l’infidélité et les malversations des administrateurs de la chose publique. L'immoralité de ces magistrats prévaricateurs le révolta : emporté un jour par l'indignation, il ne put s’empêcher de se lever en plein conseil et de leur dire ; a C'est une honte, concitoyens, de boire ainsi le sang des pauvres et de leur refuser du pain !» A ce reproche si juste, un des Colonna répondit sur-le-champ par un soufflet. Aiguillonné par cet outrage, Cola fit un pus de plus, et, pour arriver à son cœur, s'adressa d'abord aux yeux du peuple.
Le tableau allégorique. — lin jour de marché, la façade de la chambre municipale du Capitole apparut tout à coup couverte d’une toile immense. Celte toile représentait une vaste mer dont le vent semblait soulever les flots. Au milieu, on apercevait un vaisseau à moitié submergé, saus gouvernail, ni mâts, ni voiles. Sur le pont était une femmo à genoux, vêtue de noir, les cheveux épars, et tendant vers le ciel des mains suppliantes : on lisait à ses pieds cette inscription en gros caractères : Je suis Rome. Quatre navires fracassés flottaient un peu plus bas : on voyait une femme morte dans chacun d’eux avec ces quatre noms : Itubylone, Carthage, Troie, Jérusalem, et la légende suivante : l'injustice a détruit ces villes. De la bouche des quatre mortes sortait cet écriteau :
Tu iVs Hcvre au-Jessus de toutes les oittS du mon J*
Et nous voici ntaiuicnaul attendant U ruine *.
Prse oiuni duiuiuanlc .subliutis CXÜÜfli
Modo ticlc ruiuaui tuaui cXj<xia«uus.
COI. A RIENZO
La prrtie gauche du tableau offrait deux Iles : sur la première se lenail , d.ns l'attitude de la douleur, une veuve figurant l'Italie et portant ces vers en légende :
Tontes les villes étaient tes vassales Et tu ne donnais qo’à moi le nom de sœar
La seconde Ile était couverte par quatre femmes en deuil , qui symlxriisaicnt les quatre vertus cardinales: la Tempérance, la Justice, la Prudence et la Force, et avaient aux lèvres celte plainte :
Tontes les vertas étaient asirefols les compagnes .
Maintenant te voilà errante et seule au milieu des mers J.
A droite s’élevait une lie plus petite sur laquelle la Foi, habillée de blanc, montrait cette épitaphe :
O père tout-pnis^ani du monde, mon guide et mon Seigneur,
Si Rome péril , où vivrai-je ?... *
Un ciel, où Dieu le père, la bouche armée de deux glaives flamboyants, était assis entre saint Pierre et saint Paul, agenouillés et suppliants devant son trône , couronnait ce tableau allégorique qui jeta le peuple dans la stupeur *.
Rieszo siaiLE u folie i>K Brctcs. — Le coup avait porté, le peuple s'éveillait. En conspirateur habile, Rienzo, occupant fortement son attention, l'empécha de se rendormir : tantôt après l'abaissement de Rome il lui montrait son antique splendeur, en commentant publiquement à Latran , dans une fête théâtrale , l'inscription de la table de bronze où le sénat délégua ses pouvoirs à Vespasien; tantôt il couvrait les murs de l’église de Sant Angelo in Pescheria d’une autre peinture allégorique plus expressive encore et plus hardie que la première. Les nobles, le regardant comme un bouffon sans conséquence, raillaient sa folie et s’en amusaient; ils se plaisaient même à l’avoir à leur table et n’étaient jamais plus heureux que lorsqu'ils pouvaient l’engager & discourir. Couvrant alors, comme Brutus, scs profonds desseins du masque de l’idiotisme, Rienzo disait en regardant ses hôtes : « Un jour, qui n’est pas loin peut-être, je serai Patrice ou empereur, et tous ces barons sentiront le bras de ma justice; j’enverrai celui-ci aux fourches, je ferai couper la tête à celui-là; cet avare ne paiera que de sa fortune! » A mesure qu’il les désignait d’un ton moitié railleur, moitié menaçant, ses nobles hôtes éclataient de rire, et derrière ce voile de folie ils n’apercevaient pas la mort qui venait à grands pas.
Parmi le peuple aussi l’opinion était incertaine. Quelques-uns se moquaient de ces peintures dont ils ne voyaient pas la portée ; plusieurs, après les avoir longtemps