‹ Rome ancienne et moderneChapitre 32 sur 428 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'Etat, ne cessaient d'immoler des victimes aux dieux pour les remercier de la splendeur dont la victoire et le pillage de Corinthe et des cites étrusques venaient de revêtir leurs temples ; enfin les nobles matrones étaient dans l’ivresse de pouvoir se parer comme les femmes des satrapes, et d’avoir obtenu la révocation de la loi Oppia. malgré l’opposition opiniâtre de Caton, ce charlatan de vertu antique, qui marchait pieds nus en public et prêtait à cent pour cent, ce censeur austère sortant avec pudeur du théâtre, de peur de voir les jeux de Flore , et courant dans le triclinium le plus secret de sa maison forcer de malheureuses esclaves de se prostituer à scs cheveux blancs; ce type d'impuissance hargneuse et envieuse, qui trahissait tous les bas instincts de son âme en supprimant, sous prétexte d’économie, le cheval donné par la République au vainqueur de Carthage, et en obligeant , par de lâches tracasseries, celui qui avait sauvé Rome & s’eu exiler à quarante ans!

MÉcoxTïSTEmntT bu peuplr. — Dans cette allégresse universelle il n'y avait de mécontent que le peuple. En posant les armes le lendemain des longues guerres , il se retrouva , lui qui avait tout conquis , encore plus pauvre que sous la tente. Ceux qui revenaient avec une gratification de cent vingt-cinq as quand on versait au trésor, c’est-à-dire dans les mains des nobles, cent vingt-cinq livres d'or on lingots , trouvèrent ceux qui n’avaient pas quitté la ville , et surtout leurs femmes et leurs enfants , battus jusqu'au sang par les verges de la misère. Pas de travail , les patriciens l'accaparaient entièrement au moyen de leurs esclaves ; pas d'industrie , elle était concentrée dans les ateliers serviles des patriciens ; pas de capitaux , les patriciens avaient tout l’argent dans leurs arches et n’en laissaient tomber une faible partie que dans la balance de l’usure. Que faire pour échapper à la faim ? Cultiver la terre : impossible ! De quelque côté que regardât le peuple, la terre appartenait aux patriciens. Usurpant de force ou envahissant peu & peu par l'usure les fonds ruraux provenant de la conquête et formant le domaine public que l'État abandonnait à chaque citoyen moyennant la dlme des moissons , le cinquième des fruits, et une redevance en argent ou on menu et gros bétail pour les pâturages, ils en étaient venus à s'emparer de tout le sol et à se constituer d'immenses propriétés sur lesquelles on ne voyait que des troupeaux et des esclaves. Exempts du service militaire , ces esclaves s’y multiplièrent avec une telle rapidité, que suffisant bientôt aux travaux agricoles et aux soins des troupeaux, ils chassèrent de la campagne les hommes libres. Ceux-ci ne trouvant plus à employer leurs bras que lorsqu’il fallait acquérir dans de rudes guerres de nouveaux domaines et de nouveaux trésors aux patriciens , ou bien réprimer à leur profit , comme en 133 , les révoltes de ces mêmes esclaves poussés au désespoir, finirent par perdre patience.

— Il n’est pas juste , disait-on tous les jours dans ces groupes d’hommes pâles , maigres et afTamés, qui se formaient au Capitole au pied des statues d’argent et d'or apportées de Syracuse et de Corinthe , non , il n’est pas juste que les riches possèdent

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