I. Six francs fingt-cioq centime
LES GRACQUES. 63
tous les champs, toutes les maisons, toutes les forêts, ei que nous ne possédions rien, nous qui avons conquis ces choses! — La loi Licinia défend, sous peine de confiscation et de parjure , d’avoir plus de cinq cents arpents, d'envoyer aux pâturages publics plus de cent têtes de gros bétail et plus de cinq cents de petit : elle exige que chaque maître conserve sur scs terres un certain nombre de colons de condition libre : eh bien , voyez si depuis deux cent cinquante ans ils ne violent pas à plaisir la loi Licinia!
Tibémcs Gracchcs. — Voilà ce qu'on disait tout haut : tout bas , les plébéiens parlaient avec plus d’amertume encore et il ne se passait pas de nuit où l’on n'écrivit à la craie sur les murs des temples, les colonnes des portiques et les tombeaux : «Tibérius, souviens-toi de la loi Licinia. » Tibérius Gracchus était petit-fils par sa mère Cornélie du Scipion qui battit Hannibal , et beau-frère du Scipion qui détruisit Carthage. Mais, fidèle au sang plébéien de son père, le plus illustre rejeton de la famille Sempronia se tenait, depuis qu'il avait pris la robe prétexte, du côté du peuple. Au siège de N'umance , il avait sauvé dix mille hommes déjà sous le couteau espagnol : en toute occasion on le voyait prendre avec chaleur la défense du pauvre contre le riche, et si le peuple qui l’avait fait tribun par acclamation crayonnait la nuit cet appel sur les tombes , c’est qu'il savait que sur cette question agraire son magistrat pensait comme lui. Tibérius allant en effet à cette héroïque Numance dont les défenseurs aimèrent mieux se brûler vifs que de se rendre , vit en Toscane une étendue immense de pays inculte et remarqua , non sans indignation , que sur les propriétés qui n'étaient pas en friche, il n’y avait pour laboureurs et pour bergers que des esclaves et des barbares. Indigné de cette expulsion de la propriété des citoyens de Rome au profit du Barbare et des classes serviles , il ne songea plus, dès ce jour, qu’à rendre au peuple le droit au travail agricole. Pendant que dans leur irritation les pauvres l'accusaient d'oubli, car la faim est impatiente, il s'occupait de démontrer l’opportunité de la mesure au souverain pontife, à Scævola, le premier jurisconsulte du temps, et à Claudius Appius son beau-père, l'un des princes du sénat. Quand ces hommes illustres l'eurent approuvé, il réunit le peuple au Forum, et montant enfin à la tribune , s'exprima en ces termes :
Il uahascub lk peuple au Foui:». — a Les bêtes sauvages qui errent dans nos montagnes et nos forêts ont toutes pour asile le creux d'un rocher ou une tanière, et les citoyens romains, toujours prêts à combattre et à braver la mort pour la défense de la patrie , ne jouissent sur ce sol sauvé par leurs bras et baigné de leur sang que de la lumière et de l'air qu’on ne peut leur ravir. Sans toit , sans travail, sans refuge , ils traînent leur misère dans la campagne avec leurs femmes et leurs enfants. Ils mentent donc nos consuls , quand dans les combats ils vont criant devant le front des légions : Songez qu'il s'agit des tombes des aïeux , et de vos dieux domestiques ! Ils mentent, car de ces milliers de légionnaires , il n’en est pas un seul qui ait un autel paternel ni une pierre couvrant la cendre des ancêtres. Vous ne faites la guerre, Romains, et vous ne mourez que pour entretenir et agrandir