‹ Rome ancienne et moderneChapitre 320 sur 428 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

stance. Le vieux Colonna fit seul exception : en apprenant ce qui s’était passé le 30 mai, il revint promptement à Rome et, à peine descendu de cheval, se mit à déblatérer contre le Tribun au milieu de la place de San Marcello. Ses menaces furent rapportés & Rienzo , qui , sans s’émouvoir , lui envoya l'ordre de sortir immédiatement de la ville. Le superbe vieillard prit le papier, le déchira, et après en avoir jeté les morceaux au vent : a Allez dire 6 ce fou, répondit-il, que s’il m'échauffe encore la bile, je vais le faire sortir lui-même du Capitole par les fenêtres'. » Le défi était clair; il fut relevé sur-le-champ. Lancée à toute volée, la grosse cloche du Capitole appela les citoyens aux armes; ils accoururent aussitôt en si grand nombre que le vieux Colonna, à la vue de cette foule immense et courroucée, perdit la tête, et n’eut que le temps de gagner à toute bride son fort de Palestrine. Le même jour Rienzo chassa tous les autres nobles, s'empara de leurs châteaux, des tours et des ponts, et livra les plus criminels d'entre eux aux bourreaux.

Stupeur des nobles romains. — Alors sous la terreur toute cette indomptable féodalité plia. Voulant donner au peuple le spectacle de son humiliation , Rienzo exigea qu’elle vint au Capitole prêter serment de fidélité au bon état; elle obéit. Les Colonna, les Orsini, les Savelli même dont il était le vassal, vinrent jurer aux pieds du fils de la lavandière de rendre la sécurité aux routes, de ne plus dépouiller les marchands, protéger les bandits, sauver les assassins, et de répondre, armés ou sans armes , au premier appel de la République. Assis sur son tribunal qu’entourait la foule, Rienzo avait l’Évangile ouvert devant lui , et chaque baron , baissant la tête , venait prêter serment sous la fermeté de son regard. Avant de quitter sa robe de pourpre, afin de montrer à ces grands coupables que la justice n’épargnait plus personne, il jugea et fit exécuter un moine du couvent de Sainte- Anastasie, fameux il Rome par ses désordres. A ces mesures le Tribun en ajouta d’autres qui, en quelques semaines, du 20 mai au 7 juillet, lièrent le clergé à la cause du peuple, complétèrent l'abaissement des nobles et rétablirent l'ordre comme par miracle. Pour atteindre ce but, poursuivi en vain depuis tant de siècles par les magistrats et les papes, il n’avait eu qu'à forcer les barons d’arracher les palissades qui hérissaient leurs châteaux et leurs bourgs, et à constituer le tribunal de paix et de justice.

Composé d'hommes de bien qui s’appelaient hommes de paix (pacieri), ce tribunal siégeait au Capitole, sous la bannière blanche de saint Paul. Sa mission était d’étouffer dans les cœurs la vengeance et les passions sanglantes, et il la remplit si heureusement qu'un grand nombre d’ennemis mortels furent réconciliés par son intervention. Il semblait qu’à la voix du Tribun la concorde eût quitté les deux et qu'elle habitât désormais le palais civique sous la forme de cette mystérieuse colombe qui planait parfois dans les airs au-dessus de sa tête. 11 s’était fait dans les esprits

4. Per poco cbe quel pauo mi siuuicht, lo fart» gelure délie fluestre del Campitloglio. ( Vie de Col a Rieuto, eti. vu.)

COLA RIENZO

un changement si salutaire , que les blessés renonçaient d'eux-mémes au terrible droit de la loi du talion inflexiblement appliquée par Rienzo. Un homme qui , dans une querelle, avait crevé un ceil à son adversaire, attendait un jour à genoux sur l’escalier du Capitole l’exécution du jugement des hommes de paix : en apercevant l’offensé qui venait assister à son supplice, il lui demanda pardon, les larmes aux yeux, elle conjura, maudissant sa brutalité, de se venger de sa propre main. Mais le blessé, jetant le fer qu'ou lui avait remis, fit relever le coupable et pardonna l’offense et la blessure*.

L* JcsTicx du tribus. — A côté de la conciliation , Rienzo qui n’ignorait pas que des hommes de violence ne peuvent être corrigés que par la force , établit une justice inexorable. Attentats à la pudeur, séductions, adultères, rapts, tout fut puni de mort. Le vice eut peur et se cacha; la débauche s'enfuit; le jeu, rigoureusement poursuivi , disparut des places publiques et des tavernes; les mœurs s'épurèrent aux rayons d'une administration républicaine où brillait avec tant d'éclat l’honneur du foyer domestique, et la femme , que sa faiblesse dévouait en naissant aux brutalités féodales, s’étonna d'étre respectée comme au temps de Virginie. Il n’y eut aucune résistance, parce qu'il n'y avait aucune exception : les grands payaient comme les petits, les forts comme les faibles. A l’embouchure du Tibre , un bandit nommé Martin , occupait le château du port , l’ancienne citadelle de Trajan et de Bélisaire , et dépouillait sans pitié tous les marchands que la tempête jetait de son côté ou du côté d’Ostie. Neveu de deux cardinaux, parent des Orsini et tenant par sa femme aux Alberteschi, Martin du Port avait méprisé les ordonnances de Rienzo et continuait ses déprédations. Un jour que l'hydropisie, compagne fidèle de la débauche, venait de le livrer aux médecins, les soldats de la ville le surprirent dans son repaire. Traîné à Rome, son jugement ne fut pas long : il était arrivé à la huitième heure, à la neuvième le peuple, accourant en foule aux sons lugubres de la cloche, vit son cadavre se balançant au haut d’un mât dans la plaine du Capitole.

A ce spectacle les nobles murmurèrent : alors le tribun, frappant plus fort, fit décapiter un Annibaldi, jeta dans les fers Pietro Frangipani et Luca Savelli , consigna au Capitole Giordano Orsini et Stefano Colonna, et nettoya le palais de ce dernier avec la bâche, en mettant à mort tous les bandits auxquels il servait de refuge. Tous ceux qui avaient été sénateurs furent condamnés à cent florins d'or d’amende. Un muletier, qu’on avait volé sur les terres du comte d’Anguillara, étant venu se plaindre au Capitole, Rienzo força le comte à donner une indemnité de trente florins d’or è ce malheureux pour la mule et l'huile qu’on lui avait pris et d’en verser quatre cents comme punition dans le trésor commun. Non moins rigoureux pour les fonctionnaires quand il les prenait en flagrant délit de corruption, il leur infligeait une punition éclatante. De pauvres veuves lui ayant un jour signalé

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