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surmonté d’une croix en s’écriant : « Sublime Tribun, reçois cet emblème impérial et continue à maintenir la justice, la paix et la liberté ! 1 a
Tandis que les chefs du clergé, d’un souffle complaisant, grossissaient les bulles de son orgueil, et que dans sa démence Rienzo se croyait parvenu au faite de la gloire, scs véritables amis gémissaient sur cet aveuglement. Voyant le plus sincère et le plus désintéressé d'entre eux, le saint frère fiuglielmo, fondre en larmes dans un coin de Sainte-Marie-Majeure, le chapelain de Rienzo court à lui et demande vivement qui fait couler ces pleurs?... « Ton maître, répondit l’homme de Dieu ! Ah ! malheur à nous tous I aujourd'hui il est tombé du ciel 1 Je ne l’aurais jamais cru à ce point présomptueux! Avec l’aide de l’Esprit-Saint, il avait vaincu sans tirer l’épée les tyrans de la ville , les cités et les princes d’Italie le reconnaissaient déjà pour chef : que voulait-il de plus?... Et pourquoi cette ambition?... Pourquoi cette ingratitude envers le Très-Haut?... Pourquoi demander à la terre, où tout passe et meurt, la récompense de sa grande entreprise ? Ab ! va dire à ton maître que les cendres et les sanglots de la pénitence peuvent seuls expier cet orgueil impie *, »
Redites à Rienzo, ces paroles l’émurent d’abord ; mais il les oublia bientôt dans l'ivresse des festins et des fêtes : comme tous les ambitieux à courte vue , qui une fois au pouvoir ne songent plus qu'à s’y maintenir en s’appuyant sur les ruines même qu'ils ont faites, il cherchait, pour les garder sous sa houlette, à concilier le loup et l’agneau. Insensé, qui ne savait pas qu’un ennemi vaincu ne pardonne jamais, et qu’il finit par étouffer dans ses embrassements ceux qui ne le caressent que pour conserver leur victoire! Dans l’éblouissement de son succès, le fils du tavernier oubliait qu’il n'avait été porté au Capitole que pour écraser la noblesse, et il essayait naïvement de la marier à table avec le peuple. Ce projet tourna autrement qu'il ne s'y attendait. Un jour qu’il avait réuni dans un banquet splendide l'élite des barons et les conjurés de l’Aventin, la vérité sortit du fond des coupes. Les fumées du vin ayant emporté la contrainte hypocrite que chacun s’imposait, les vieilles haines reprirent la parole. Peu à peu les convives plébéiens provoquèrent les nobles et leur reprochèrent amèrement leur tyrannie et leurs rapines. Ramassant aussitôt le gant, le vieux Stefano, surnommé la très-glorieuse Colonne de la ville, posa sans s'émouvoir cette question : Un représentant du peuple , doit-il être avare ou prodigue?... Un débat très-vif s'engagea sur ce texte; on disputa longtemps, et quand on eut assez agité le pour et le contre , Stefano, qui était à la droite de Rienzo , soulevant du bout des doigts un pan de sa soubreveste de soie à franges d’or : Est-ce là, dit-il, le costume d'un tribun?...
Ce coup si rude et si bien frappé, fut accueilli par de bruyants applaudissements du côté des nobles, par un silence grave et triste du côté des plébéiens. Comme illuminé par un éclair, Rienzo vit l'ablme où il courait. Un seul parti pouvait ie sauver,
I. Deuotaiio toronarom rccepiarau per Nicolaum Tt ibunam Lrbls. (Manuscrit de l'Univereilé de Turia déjà cité.)
S. Pa]xuicordl ( Cola Rie mo tt *o* temps, p. 03).