‹ Rome ancienne et moderneChapitre 328 sur 428 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

et des Barbares. Depuis deux mille ans la cité n'avait, au dire de Pétrarque, essuyé pareil ravage. La plupart des maisons croulèrent: les anciens édifices qui avaient résisté au temps et aux hommes, furent ébranlés par ces secousses souterraines. Le portique extérieur du Colisée, vers le Palatin , céda et couvrit le sol de ses ruines; le sommet de la tour des Conti, le clocher de Saint-Paul elles toits de Sainte-Marie-Majeure et de Latran , après avoir quelque temps chancelé, tombèrent avec fracas. Le jubilé fit oublier ces maux. Clément VI , comme nous l'avons dit déjà, venait, en considération de la brièveté de la vie, de diminuer de moitié le cycle séculaire de cette fête. Or cinquante ans s’étant écoulés depuis le jubilé centenaire de lioniface VIII, le 8 août 1349 le pape annonça solennellement à la chrétienté que tous ceux qui , à partir de Noël , visiteraient pendant trente jours les églises de Saint-Pierre, de Saint-Paul et de Saint-Jean -de-Latran , et confesseraient leurs péchés, en obtiendraient, avec l'indulgence, l’entière rémission.

Li Jiîhilk dk 1330. — Celte promesse attira de tous les points de l’Europe un concours plus grand encore que la première fois. Rome n’était plus qu'unp grande hôtellerie : les maisons manquant à la foule incessamment grossie des pèlerins, on campait dans les rues et les places. De Noël & Pâques il vint douze cent mille étrangers; â l’Ascension et â la Penlecôte, on en compta huit cent mille. L'affluence diminua un peu pendant l’été; mais, en moyenne, le chiffre des pécheurs qui arrivaient ou parlaient chaque jour ne tomba guère au-dessous de cinq mille. Par la multitude des pèlerins on peut juger de la masse d'argent qu’ils laissèrent à Rome. Ruinée auparavant et presque déserte , après la riche moisson du jubilé la ville refleurit. Elle aurait dit , ce semble , montrer quelque reconnaissance au pape. Ce fut le contraire qui arriva. Trois fois la population, dont les instincts violents n’étaient plus réprimés, faillit tuer le légat : la première, à cause d’un dromadaire qu’il avait dans ses écuries et que tout le monde voulait voir; la seconde, parce que dans l’intéiét des pèlerins il abrégea de moitié le mois fixé pour gagner l'indulgence; la troisième, parce qu'il avait condamné par contumace et excommunié Cola llicnzo.

Le passage subit de la misère à l’aisance amena un résultat non moins imprévu. Flétri par la pauvreté, l’homme ne sent plus le poids des chaînes. Mais qu'un rayon de pros|>ërité réchauffe son coeur, la haine de l'injustice et de l’oppression y renaît à l'instant. Quand la manne apostolique eut réconforté les Romains, ils rougirent de se voir une seconde fois sous les serres des vautours. Les nobles réparaient le temps perdu : l'anarchie était grande, et chaque parti voulant régner seul il n'y avait plus de. chef au Capitole. Un prompt retour au régime démocratique était le seul qui pût sauver la ville : les riches pupolani ou bourgeois, qui le comprirent, se réunirent le lendemain même de la fin du jubilé, 28 décembre 1331, dans l'église de Sninle-Maric-Mnjeure, et nommèrent capitaine du peuple et recteur souverain un honnête homme «le leur classe, nommé Giovanni Cerroni. Par ses mesures vigoureuses et son équité Cerroni rétablit l’ordre et le maintint dix mois.

COLA IUENZO.

Au bout de ce temps les nobles l'attaquèrent et le peuple le défendit mal. Condamné par cet sbandon, Cerroni suivit à l'instant l'exemple de Itienzo, et, se dépouillant des marques de sa dignité, il quitta le Capitole et s’exila volontairement dans les Abruzzes.

Les kom.es kemostekt au Capitolb — Sa retraite rendait encore une fois le pouvoir aux nobles : le vieil Orsini et Slefaneilo Colonna, un adolescent , remplacèrent Cerroni au palais sénatorial. Us n’y restèrent pas longtemps. Durs aux pauvres et avares , ils profitèrent de la cherté des grains pour les accaparer, les expédier secrètement à l'étranger, et après avoir épuisé de mille manières la patience de Rome, ils l'affamèrent. Le 15 février 1353, ne trouvant au marché que du blé hors de prix, et en très-petite quantité, le peuple devint furieux: son cri sinklre : popolo ! popolo ! retentit de toutes parts. Il court au Capitole. Des deux sénateurs, le jeune Slefaneilo Colonna s’enfuit par une porte de derrière, et, se laissant couler au moyen d’une corde le long du rempart donnant sur le Forum, il sauva sa vie; le vieux Bertold Orsini sortit armé de toutes pièces pour monter à cheval, et gagner le château Suint-Ange. Dès qu'on l’aperçut au haut de l'escalier, il s’éleva de la foule une immense rumeur, et bientôt une grêle de pierres fondit sur lui. Un témoin oculaire dit qu’elles volaient aussi épaisses que les feuilles d'automne. Blessé, éperdu au milieu de ce tourbillon, il eut à peine la force de descendre l'escalier, et vint tomber devant l'image de la Vierge. Là, chacun le lapidant à son tour, le cadavre disparut écrasé sous une pyramide de pierres \

Le lendemain, l'abondance régna datis la ville. Un autre Colonna, Pietro Seiarra, et un autre Orsini se glissèrent au Capitole , et l’anarchie féodale ramena la guerre civile. Les nobles se partageaient comme toujours ; les uns suivaient les bannières des deux factions rivales, les autres voulaient leur opposer le préfet Giovanni de Vico. En attendant, chacun s'etait barricadé comme au bon temps, et tous les jours Savelli, Orsini et Colonna se livraient bataille. Un tel état de choses ne pouvait durer. Le peuple , perdant patience , résolut de ne plus souffrir le gouvernement des nobles. U se leva en masse le 14 septembre 1353, et, revenant au bon Etat, créa tribun un ami de Rienzo. C'était un scribe du sénat nommé Francesco llaronceili, qui eût rétabli et consolidé le régime républicain, si un ennemi puissant et habile n'avait été intéressé à le détruire. Homme pratique, rompu aux affaires, et d'une vive intelligence , quoiqu’un noble historien l’appelle dédaigneusement un uomo di vile nazione e di poca scienza ’, Baroncelli prit le contrepied du premier tribun , s'entoura de conseillers sages et d’employés capables , paria peu , agit beaucoup, et atteignit en deux mois le but que Rienzo n’avait fait qu’entrevoir. Coudée à des mains probes , l'administration des deniers publics s’épura ; devant le glaive de la justice, qui s'abattait sans pitié sur les coupables , retlua toute cette écume que

I. Allora lo populo («du miscricordla ne leje in qoello ioco U compta II dit , allapldandolo corne cane, jc.iauuo •assl sopra lo capo, corne a tun Sicfano... (L'auicur anonyme des Fragment* dé FUuioire de Rome, liï. ui,ck. iv.)

t. ilatteo Yillam htona , liv. ui, p. 414.

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