‹ Rome ancienne et moderneChapitre 329 sur 428 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

la réaction nobiliaire avait rapportée. Aussi la paix succéda immédiatement aux violentes agitations du passé.

Politique os la pafautb — Ce n’était pas ce que voulaient les ennemis du bon État. La liberté, & Rome , se trouvait sans cesse entre deux adversaires: l'élément féodal et le Saint-Siège. Quand elle avait repoussé l’un , il fallait qu’elle luttât contre l’autre. Malgré leurs efforts , depuis qu’ils habitaient Avignon les papes n’exerçaient plus qu’une ombre d'influence dans la cité des grands apôtres. Non qu'ils eussent renoncé à l’idée de l’asservir un jour; mais leur éloignement, l’état anarchique de Rome, l’esprit d’indépendance du peuple et les prétentions ambitieuses des nobles avaient rendu vaines toutes leurs tentatives. Le pape de <352, Étienne d’Albert, de Limoges, qu’on nommait Innocent VI, reprit la trame tant de foisbrisée, à l’ avènement du second tribun. La politique des papes visant à rester seuls maîtres de Rome , avait consisté jusque là dans un jeu de bascule assez ingénieux : lorsque la balance penchait du côté du peuple , ils étaient avec le peuple , et l’aidaient à écraser les nobles; si le peuple devenait trop fort, ils se retournaient à l’instant contre lui , et l'empêchaient, en semant habilement l’or et multipliant les obstacles sous ses pas, de fonder un gouvernement durable. Cette manœuvre , qui réussit tant que les deux partis s’équilibrèrent, ne fut plus praticable le jour où la république se trouva assez forte |>our vaincre les nobles et le pontife réunis. Innocent VI changea donc de système, et il employa pour renverser Baroncelli , dont le gouvernement se fortifiait de jour en jour, un de ces moyens audacieux et habiles dont les politiques de génie ont seuls le secret.

La pape paît reparaître Hieszo. — Après une série d’aventures marquées au cachet de son imagination romanesque et mystique à la fois, Cola Rienzo qui, du fond de l’Apennin où il fut trois ans ermite, était passé à Prague , et de Prague à la cour de l’empereur Charles IV qui le livra au pape , expiait en ce moment ses fautes dans la grosse tour d’Avignon. Lié par une chaîne qui, pendant de la voûte de son cachot, était rivée à sa ceinture, il pouvait aller jusqu’à la fenêtre grillée, d’où l’on voyait le Rhône , et ne se plaignait pas dans sa résignation religieuse , car il savait, disait-il , que l’orgueil a besoin de châtiment. Co fut l’instrument qu'innocent VI eut l’idée d’employer pour écarter Baroncelli et ruiner indirectement la république. Au printemps de 1334, il brisa sa chaîne, lui rendit son titre vain de chevalier, et, le nommant sénateur de Rome, l’envoya en Italie sous la surveillance du cardinal Albornoz. Mais, avec la dignité nominale de sénateur, il ne lui avait donné que sa bénédiction apostolique. L’ancien tribun cherchait donc partout de l’argent. Le hasard lui en fit trouver à Pérouse : un jeune Provençal, frère d’Arnaud de Montréal sous Narbonne, le plus célèbre capitaine d’aventure de l’époque, séduit par ses chaleureuses oraisons sur les temps antiques, lui prêta quatre mille florins. On lui conseilla ensuite de prendre à sa solde une troupe de ces routiers ou mercenaires qui vendaient leur sang au plus offant, et de marcher sur Rome. Ce fut à la tête de seize compagnies de ces malandrins, la terreur et le fléau

COLA RIENZO

(les populations, que l'ancien fondateur du Bon État rentra dans sa patrie.

Rktour triomphal di Kiiazo. — Après la bataille de Zania , Scipion y reçut un accueil moins enthousiaste. Toute la population s'était portée à sa rencontre jusqu’au Monte Mario avec les bannières. Il arriva le I" août 1354, et monta au Capitole au milieu des acclamations, sous une pluie de fleurs et de couronnes. Mais Rienzo n’avait pas eu ce bonheur, qui arrive quelquefois A ceux que de grandes fautes ont précipités du pouvoir, d'étre corrigé par l’adversité : la leçon avait été dure et longue. On devait espérer que ce ridicule et fol orgueil des derniers temps s'était évaporé dans les solitudes de l'Apennin et la tour du palais des papes. Il n'en fut rien. Au lieu de guérir, le mal avait empiré. Le calcul du papo avait été juste: le peuple, lâchant aussitôt la proie pour l’ombre , abandonna le sage pour le fou. Baroncelli resté seul, sortit du palais sénatorial, et y laissa remonter la démence et l'orgueil, en désespérant à coup sûr dans son cœur de la liberté. Tandis que le tribun véritablement digne de ce nom quittait le pouvoir, à la grande surprise de ses amis , Rienzo le prenait au nom du pape. Toujours empressé à discourir, il se compara dans une harangue cicéronienne au roi Nabuchodonosor, que Dieu châtia pendant sept ans et remit glorieusement sur le trône, puis il s'applaudit de l'honneur que le pape lui avait fait en le nommant sénateur, et se pavana si longtemps de cette gloire, qu'il dissipa les illusions de ses partisans les plus dévoués, et parut ce jour-là aux yeux de tous ce qu'il était réellement, norvplus l’ancien tribun du peuple, mais un délégué du Saint-Siège.

Cette transformation le perdit : sentant qu'il n'avait plus devant lui le conspirateur de l'Avontin, à mesure que Rienzo déroulait ses élégantes périodes, le peuple, dont le cœur était froid et désabusé, se mit à l’examiner curieusement. Mais Rienzo n’était plus le fier et beau jeune homme du Ferragotlo de 1347. Vieilli avant l'âge, alourdi par ses excès de table, il ressemblait, sous les oripeaux dont il s'empressa de s'affubler comme avant sa chute, avec sa face rubiconde et luisante, et son embonpoint énorme, à un prieur de Sainl-Jean-de-Latran. C'est un abbé d’Afrique (abbate Asiano), disait le peuple, ce n’est pas Cola. Ce n’était plus lui effectivement, le peuple avait raison : tous ses actes prouvèrent qu'on n'avait ramené au Capitole que son fantôme. La vengeance, seule passion qui jetait encore un éclair dans cet esprit obscurci par les fumées de la malvoisie et du flajano, lui inspira trois mesures impolitiques et odieuses, et sous le poids desquelles il succomba. Il faisait la guerre aux Colonna : ne sachant comment payer les mercenaires qui l’avaient reconduit à Rome et formaient seuls son armée, il fit décapiter, afin de s’emparer de ses trésors, Arnaud de Montréal , le fameux capitaine d'aventure , et paya son frère, le prêteur des quatre mille florins , en le livrant au légat chargé de chaînes. Bientôt, cette ressource no suffisant pas, il rétablit l'impôt sur les objets de consommation, qu'il avait autrefois supprimé lui-même, et comme le peuple murmurait, il lui jeta, pour l’apaiser, la tête d'un citoyen aimé et honoré de tous, qu'on appelait Pandolfuccio di Guido.

MO

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