CHAPITRE XXVII
d'être son complice, fut pendu h sa place. De mémoire d'homme on n'avait vu la répression suivre le crime ; aussi celle justice expéditive charma les Romains. Pour arriver plus vite au rétablissement de l’ordre il avait créé des visiteurs des prisons, quatre juges extraordinaires, un syndic, et consacré le mardi de chaque semaine à une audience publique où il écoutait tous les plaignants.
Lccaèci Boasu. — A ces premiers soins d’intérêt général succédèrent les soins de famille. N'étant encore que cardinal , Alexandre VI avait eu de Vanozzia, noble Romaine , trois fils et une fille 1 . Quand il se vit sur le trône pontifical il ne songea qu’à procurer à ces enfants un établissement digne de sa fortune. A force d’importunités il obtint du roi d’Espagne, pour l’ainé Giovanni Borgia, le titre de duc de Candie; le second, César, fut fait cardinal, et le troisième, JofTredo, marié, avant qu’il eût atteint quatorze ans, à Sancia, bâtarde du roi d’Aragon. La fille, appelée par une singulière ironie du hasard, Lucrèce, comme la chaste Romaine, était la femme d'un gentilhomme espagnol. Le pape annula ce mariage, paya trois mille ducats de dédommagement et donna sa Lucrèce bien-aimée au seigneur de Pésaro qui ne devait pas la garder longtemps. Il était tout entier à ces joies de famille, aux mutineries des Colonna, aux projets que son avance basait sur la rançon ou la mort de Djem, frère rival du sultan Bajazet, mis entre ses mains par les chevaliers de Rhodes, lorsqu’il apprit l’arrivée de Charles VIII. Dans ces plans ambitieux, qu'il jetait comme des réseaux sur les cours d'Europe , car nul ne fut plus adroit diplomate , il avait inspiré lui-même au jeune roi de France l’idée de réclamer les droits de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples. Ce leurre qu'il s’efforça de retirer plus tard, quand il eut uni ses iniquités à celles du roi d'Aragon, et que son fils Joffredo se trouva grand dignitaire de la couronne de Naples, venait d'attirer Charles VIII sur les terres de l'Eglise. Ce prince marchait vers Rome à la tête d’une forte armée, dans le but, disait-on, de déposer un pape indigne et de faire élire à sa place le cardinal délia Rovere.
Charles VIII , roi di France. — Ce dessein semblait si naturel qu’Alexandre n'en douta point. Se retirant par précaution au château Saint-Ange, il envoya, le 31 décembre f*9t, une députation au-devant du roi qui venait par le nord : cette députation , composée d’officiers subalternes de la cour papale et de la ville , devait tâcher de pénétrer les intentions des Français. Elle rencontra le roi deux milles plus loin que le ponte Molle, et là, le maître des cérémonies d'Alexandre, Burkhardl,qui en était l’orateur , ayant dit à Charles VIH qu’il venait pour lui demander comment il voulait être reçut... a Sans pompe,» répondit celui-ci avec son laconisme ordinaire. Burkhasdt tourna bride avec ses compagnons, et Charles le suivit de près. A trois heures de l'après-midi, l'avant-garde de l’armée française parut à la porte
I tlrbbe qoalro Ogliuoli ma«cM dut femlne. ( [lent étaient de Glutll 11 Btlli. ) Vuuocli Romane fu quelli che t|li Sit cl» il in oc amiue onde e per ta l».lena c per laarlrl eoaloml di lel e per esatr minbilmenle féconda rbebtw (Mil n tope dl UfUtma moflie. Un loi en donna le line «or son ionien ; l'inscription de ta pierre funèbre a Sainte- Karie-del-Popoio était ainsi conpoe : Jn'l» Vannoei» atalii Dnciaaarmn Fe-rar‘n> el Urbiai fiHornm Alexindri texii appa* vieil... { Onofrio Pantin» di V entra, Vite Sri Pmlrflci rl d‘Mfi*mdra 17, p. S'.r )
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du Peuple. Elle était composer de Suisses et d'Allemands qui marchaient par bataillons, tambour battant et enseignes déployées. Leurs habits étaient courts, étroits et de couleurs variées. Les chefs se distinguaient par les hauts plumets de leurs casques. Tous portaient des lances de bois de frêne de dix pieds de long dontie fer était étroit et acéré ressemblait à une hache tranchante surmontée d'une pointe & quatre angles. On maniait cette arme à deux mains en frappant également du tranchant et de la pointe. A chaque millier de soldats était attachée une compagnie de cent hommes armés de fusils à mèche. Le premier rang de chaque bataillon portait en tête des casques de fer et sur la poitrine des cuirasses. C'était aussi l'armure des capitaines, les autres n’avaient pas d'armes défensives. Après les Suisses marchaient cinq mille Gascons , presque tous arbalétriers : la promptitude avec laquelle ils tendaient et tiraient leurs arcs de fer était remarquable. Du reste, la petitesse de leur taille les faisait contraster étrangement avec les Suisses. Les Romains les jugèrent pauvres, car leurs habits étaient sans ornements.
Venait ensuite la cavalerie , composée de la fleur de la noblesse française. Elle brillait par ses manteaux de soin, ses casques et ses colliers dorés. On y comptait cinq mille deux cents cuirassiers et deux fois autant de cavalerie légère. Leurs chevaux étaient grands et robustes ; mais, selon l'usage français, on leur avait coupé la queue et les oreilles. Les Romains remarquèrent que ces chevaux n'étaient point couverts, comme ceux des gendarmes italiens , de caparaçons de cuir bouilli qui les missent à l'abri des coups. Chaque cuirassier était suivi de trois chevaux : le premier, monté par un page armé comme son maître; les deux autres, par des écuyers qu'on appelait auxiliaires latéraux, parce que dans les combats ils soutenaient leur maître à droite et à gauche. Les chevau-légcrs se reconnaissaient & leurs grands arcs de bois propres à lancer de longues flèches. Quelques-uns portaient une demi-pique pour percer à terre les ennemis renverses par le choc des chevaux. Leurs manteaux étaient ornés de plaques d’argent qui dessinaient les armoiries de leurs chefs.
Son «store â Rome. — Enfin, on vit s'avancer l'escorte du jeune roi. Quatre cents archers, parmi lesquels cent Écossais, bordaient la haie autour de Charles VIII. Deux cents chevaliers français, choisis dans les plus illustres familles, marchaient à pied h côté de ce prince. Leurs épaules étaient chargées de masses d’armes de fer semblables à de lourdes haches. Les mêmes, lorsqu'ils montaient à cheval, prenaient les armes offensives et défensives des hommes d’armes, mais on les distinguait à la beauté de leurs chevaux, h l’or et à la pourpre qui les couvraient. Tous les yeux cherchaient Charles VIII : il parut enfto. Les cardinaux Giuliano délia Rovcrc et Ascanio Sforza chevauchaient sur des mules A la droite et & la gauche du roi; les cardinaux Colonna et Savelli le suivaient immédiatement; une foule de seigneurs français venaient ensuite.
A peine le roi passé , un bruit sourd ébranla le pavé , et trente-six canons de bronze, traînés par de forts chevaux, roulèrent vers le palais de Venise. La longueur
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de ces canons était de huit pieds, leur poids de six milliers, et les boulets qu'ils lançaient gros comme la tête d'un homme. Après les canons venaient des couleuvrines longues de seize pieds, puis des fauconneaux qui lançaient des balles de la grosseur d’une noix. L’avant-garde avait commencé à passer la porte du Peuple h trois heures après midi, quand, vers les quatre heures et demie, la nuit fut venue, la marche continua à la lueur des torches et des flambeaux, qui, en éclairant les armes brillantes des soldats, leur donnaient cette contenance superbe et furieuse dont parle Brantôme ’, toutes les maisons étaient illuminées et l’air retentissait de ces acclamations : « France I France 1 Colonna ! La Rovère ! « L'armée française ne cessa de défiler qu'à neuf heures. Le jeune roi se logea, avec son artillerie, au palais de Venise.
Charles VIII au Vatican. — Le pape, pendant ce temps, tenait un consistoire secret pour implorer le secours du Grand-Turc, et tremblait, car d’heure en heure il lui venait de mauvaises nouvelles. Le lendemain, la terreur gagna les cardinaux ; en allant visiter le roi, ils virent les Français qui se logeaient à leur manière, brûlant le bois, buvant le vin de leurs hôtes et pillant les maisons des juifs. Leurs chefs n’avaient qu’à dire un mot, et tout allait plier sous la volonté du roi de France : il pouvait, en remplaçant Borgia par un honnête homme , tel que le cardinal de la Rovère, purifier la chaire apostolique et rendre à la tiare, avec sa sainteté, le respect du monde chrétien. Voilà quel pouvait être le rôle de Charles VIII à la face de l’Europe : son oncle et ses conseillers lui en laissèrent jouer un moins élevé. Dans la première entrevue qu'il eut avec Alexandre, le roi se borna, de sa personne, à demander un chapeau de cardinal pour un de ses prélats; dans la seconde, il fut reçu en consistoire parle pape, et lorsque, après avoir fléchi le genou devant lui et baisé sa main, il eut pris place à sa gauche, le premier président du Parlement de Paris s’avança et dit que, avant de rendre ses devoirs à Sa Sainteté, le roi son maître sollicitait trois grâces : la confirmation des indulgences particulières accordées aux rois de France et à leurs femmes, l'investiture du royaume de Naples et la remise de Djem, frère du sultan.
Alexandre répondit aussitôt qu'en ce qui touchait le premier point, il confirmait pleiuement la concession de scs prédécesseurs, mais que pour les deux autres il ne pouvait rien dire avant d’en avoir conféré avec les cardinaux. Après cette réponse, sur un signe du président du Parlement de Paris, le roi se tourna vers le pape et lui adressa la parole : « Sainct Père , je suis venu pour rendre obédience et révérence à Vostre Saincteté comme sont solitz (habitués) à faire les miens prédécesseurs roys de France, a Le président, se levant, traduisit ces mots en latin et prononça le discours suivant dans la môme langue :
« Père bienheureux, de tous les princes, les rois très-chrétiens de France furent toujours ceux qui professèrent le plus grand respect pour le saint-siège. Ce respect
I. Paolo Giovio , Hèmirrt ae Lotit de La T r fournil e , p. 448.
LES BORGIA
dont il n’a cessé de vous donner des assurances par la bouche de ses envoyés , le roi très-chrétien vient aujourd’hui, dans son éclatante dévotion, vous le témoigner en personne. Il vous reconnaît, Saint Père, pour le véritable vicaire du Christ, le digne successeur des apôtres Pierre et Paul, et rend à Votre Sainteté et au saintsiège la révérence filiale et les hommages que ses prédécesseurs leur ont toujours rendus »
Le pape, sans quitter sa chaire et tenant de sa main gauche la main droite ilu roi, fit alors une réponse brève et amicale, puis il rentra dans ses appartements suivi de vingt cardinaux. Ce fut là tout le fruit du pompeux voyage de Charles VIII. Revenu de scs frayeurs, le pape exigea deux cent cinquante-deux ducats pour le chapeau qu'il lui avait accordé, et vingt mille ducats pour Djem, le frère du sultan, qu’il lui livrait. Seulement comme Bajazet lui en offrait sous main trois cent mille si ce rival redouté cessait de vivre, en voyant mourir Djem quelques jours plus tard, on pensa qu’Alexandre s’était arrangé pour ne rien perdre *. Il était impossible de se tirer plus heureusement d’un mauvais pas.
Pendant deux années encore ce bonheur merveilleux qui l’avait suivi dès le berceau lui resta fidèle. Se jouant des hommes comme de l’opinion , il signait un traité d’alliance avec Charles VIII, et formait le lendemain une ligue contre lui avec Venise et l’Empereur. Et cependant, malgré ses trahisons, son avarice, son mauvais gouvernement et ses désordres, il était entouré d’honneurs et de respects, et voyait sa famille traitée en fille bicn-aimée de Rome et de l’figlise. Toutes les fois qu’un de ses enfants rentrait dans la ville après une absence , deux cents gardes allaient à sa rencontre, tous les cardinaux et leurs familles passaient la porte pour le recevoir, et le fils du pape, ayant ordinairement à ses côtés la fameuse Lucrèce , chevauchant sur un cheval arabe tout couvert de soie noire , pour que son front parût plus blanc sous ses tresses blondes, et sa taille plus déliée avec sa basquine espagnole aux tresses d'argent , se rendait au Vatican entre les ambassadeurs d’Espagne et de Naples , suivi de tous les nobles Romains et de leurs dames. Arrivé au palais pontifical , le Borgia baisait le pied et la main de son père, qui le pressait avec tendresse dans ses bras, puis il allait baiser successivement les mains des cardinaux et recevoir leur accolade. Cela fait, il allait se placer dans le cercle des cardinaux, entre César Borgia, son frère, et le cardinal de San-Severido; Lucrèce s’asseyait à terre, sur un coussin, à la droite de son père, et sa belle-sœur Sancia s’asseyait à gauche *.
I. Borkbirdt, D itiritm Carte Remarnar, p. 8003 aie 11 Collceliaan d'Eekirdl.
8. Cujus «aliter ad lostiutliiu Misai Tardmlssnm ut qal piupter ei raltpaim pecunlaram sommai dlrllur perscnistc. Uurkbirdl , Diariur* Curia Rmtnæ, Ib Ecbardteas, Cerpsr hUtoricuM Mriii Æti, Alexawiro 17 papal, l. Il, p- 8006.
8. Deinde dominais Joffredos id singulos nrdiuilcs accessit al lins alarma minus deoscaiilus ul al ennui) Ipsum t,l orls osrulaai racapcraat scruta est domina Sauna qur sàmilller minus slugulorum rardioiliom daosculala eu— Huis ûclls, dominus JoffrednssleUlinler cardinales Ssncli Scterini et Valentinl fralrissni cl Lucre ia sedil super ctninum in terri l détins Pontideis el Sanrii super ilium b slntslris... I Snrtbirdl, Ccrrmmiarum magixlri Diurium Curia Itomuua and Alcrtudru 17. p. 3009 du L H de 11 collet lion d’Rcksrdl.
C1IAPITI1E XXVII.
Assassinat du duc du Gandik. — Alexandre VI n'avait pour racheter ses vices que cette seule qualité qui chez lui par malheur était un nouveau crime, l'amour paternel, Comme on est toujours puni par ses fautes, c'est & ce côté faible du coeur que la main invisible le frappa. Le 15 juin 1497, les serviteurs du duc de Gandie, son fils aîné, qu'il avait attendu toute la nuit , vinrent le prévenir avec émotion que leur maître n'était pas rentré. Le pape, qui savait que le duc avait sotipé la veille avec son frère César et son cousin à la vigne de Vanozzia , fait appeler à l'instant son cslafter, l'interroge, et ce qu’il en apprend augmente son trouble et ses tristes pressentiments. Après avoir soupé avec leur mère, le duc et le cardinal étaient partis ensemble pour le Vatican au pas tranquille de leurs mules. Auprès du palais du cardinal Ascanio, situé vers le quartier juif, le duc prit congé de son frère et rétrograda jusqu'à la place des Israélites; là, il dit à son estafier de l'attendre une heure et de $c retirer s’il tardait plus longtemps. Il s'était éloigné ensuite accompagné d’un homme masqué et personne ne l'avait revu. Alexandre attendit toute la journée dans les angoisses les plus vives; mais vers le soir quand on lui annonça que la mule de son fils venait d’ètre retrouvée errant à l'abandon dans la rue du Peuple, il reconnut la main de Caïn et se tourna avec désespoir vers le Tibre.
Sous l’hôpital de Saint-Jérôme-des-Esclavons était amarré le bateau d’un vieillard qui passait sur l'eau les jours et les nuits. On pensa avec raison que le fleuve avait peu de secrets pour cet homme : il fut interrogé, et voici ce qu’il répoudit lorsqu’on lui demanda s'il n'avait rien vu jeter au Tibre dans la nuit du mercredi ? Celte nuit-là j’ai vu deux hommes sortir avec précaution de la ruelle ( vicolo) de l'hôpital et regarder de tous côtés, comme pour s'assurer s'ils étaient seuls. N'apercevant personne ils se retirèrent ; puis au bout d'un instant il en vint deux autres qui examinèrent aussi les rives et firent signe à leurs compagnons d'approcher. Du fond de mon bateau où j’étais couché j'aperçus alors un autre homme monté sur un cheval blauc; il maintenait sur la selle un cadavre dont la tète pendait d'un côté et les jambes de l’autre. Cet homme descendit au bord du Tibre : ils saisirent le cadavre tous ensemble et le lancèrent dans le fleuve. On lui demanda pourquoi il n'avait pas révélé ce fait au gouverneur de la ville ; il répondit qu'il avait été témoin plus de cent fois de scènes semblables , sans que jamais la justice sc fut inquiétée des victimes.
Dkssspoib du papb. — Sur le récit du vieux marinier on fit sonder la rivière par des pécheurs, et le lendemain vers le soir le corps du duc fut retrouvé : il était percé de neuf coups de poignard et avait encore ses habits et sa bourse. On le porta dans une nacelle au château Saint-Ange et de là dans l'église de Sainte-Mari e-du-Peuple. Lavé avec soin et revêtu de son costume de gonfalonier de l'église, le jeune duc semblait dormir : deux cent vingt torches brillèrent autour de son catafalque , toute la maison du saint-père et la cour papale pleurèrent à scs funérailles. Quant au pape, enfermé dans sou appartement, il pleurait seul, fou de désespoir et de rage, car il connaissait l'assassin et ne pouvait le frapper sans devenir parricide. La lutte qui se livrait dans
LES BOHGIA.
son cœur onlreses plus chères affections était si vivo et si poignante que, malgré les exhortations et les prières des cardinaux, il resta trois jours et trois nuits sans nourriture et sans sommeil L’éloquence persuasive des prélats finit par mettre un frein h sa douleur : il comprit, dit avec une étrange naïveté le confident de ses pensées intimes, qu’il pourrait lui arriver un malheur plus grand encore en altérant à ce point sa santé, et son égoïsme reprit le dessus. Pour se consoler, il annula le second mariage do Lucrèce, l’unit en troisièmes noces à un enfant de dix-sept ans, Alfonse, prince de Saleme , bâtard du roi de Naples , et fit brûler Savonarola.
Sxvouarol». — Jérôme Savonarola de Ferrarc était un moine austère de l'ordre de saint Dominique. Il habitait Florence et y prêchait: vu de mauvais œil par les Médicis, parce qu’il avait refusé au lit de mort l'absolution à Laurent le Magnifique, à moins qu’il ne rendit la liberté à sa patrie, il devint odieux au pape dont il censurait indirectement les scandales, ne cessant de dire en chaire que l’Église de Dieu avait besoin d’être réformée et purgée. A l’instigation d’Alexandre, les Florentins étouffèrent sa voix dans les flammes le 23 mai 4VJ8. Au mois d'août de la même année, l'assassin du duc de Gandie commençait à dévoiler le but de son crime. Dans le consistoire secret du 13, César Borgia prenant tout â coup la parole, représenta aux cardinaux que son inclinatiun ne l’avait jamais porté vers l’état ecclésiastique : le monde l'attirait invinciblement, dit-il , et il sollicitait l’autorisation d’y rentrer. Le sacré collège s'en rapporta tout d'une voix au bon plaisir d’Alexandre, qui, brisant b s nœuds sacrés de son fils avec l'Église , comme il brisait les noeuds conjugaux de Lucrèce , entreprit de lui donner pour femme la princesse royale de Naples.
Ce projet manqua: plus difficile ou plus scrupuleux qu' Alphonse II , Frédéric d’Aragon repoussa le bâtard du pape : Alexandre alors se tourna vers la France , et sûr d’être plus heureux auprès de Louis XII, qui avait besoin des Borgia pour son divorce , il lui adressa son fils César avec cette lettre écrite de sa propre main 1 :
■ Jésus et Marie :
« Alexandre VI, pape, à notre très-cher fils en Jésus-Christ salut et bénédiction npostolique.
a Désirant satisfaire à la fois à ta volonté et à la nôtre, nous adressons a Ta Majesté notre cœur, c'est-à-dire notre fils chéri , H Valenlino , ce que nous avons de plus cher, afin que ce soit un signe très-certain et très-précieux de notre affection pour Ta Certitude à qui nous ne le recommandons pas autrement. Nous te prions seulement de vouloir traiter celui qui est ainsi confié à ta foi royale de telle façon , que tous même pour notre satisfaction comprennent qu’il a été accueilli comme sien par Ta Majesté, a
Ni le bon roi ni son grand ministre d'Amlnése ne furent les dupes de ces