‹ Rome ancienne et moderneChapitre 344 sur 428 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

comme ces reptiles qui épouvantent dans leurs jeux monslrueux quand ils roulent entrelacés sur le limon du Nil , ils font peur à l’histoire : l'histoire se tait comme se taisait Rome en 1302, mais non pour les mêmes motifs. Quant à l’honnête homme qui en était révolté et qui osait le dire, voici le sort qui l'attendait : un masque, profilant de la liberté du carnaval , laisse échapper un mot de vérité sur César Borgia, on lui coupe la main droite et la langue qui est attachée au petit doigt de celte main; un Vénitien traduit du grec une épigramme contre le pape et son fils, il est étranglé; tous ceux qu’on accuse du même crime, sont jetés au Tibre, une pierre au cou ; les cachots regorgeaient de prisonniers et les galères de forçais, saisis, mis à la torture et condamnés pour les causes les plus futiles '.

PiSouixo. — Environnés de délateurs et sachant bien qu'une parole imprudente était une condamnation à mort, les Romains pliaient sans résistance sous ce despotisme. Pasquin seul osait parler. On donna ce nom de Pasquino, qui fut, dit-on, celui d'un tailleur satirique du voisinage, à un torse découvert autrefois dans les fondements du palais Orsini. Ce torse antique, dans lequel les antiquaires ont vu tour à tour Ajax, Ménélas, un gladiateur, était devenu dès le xv* siècle le héraut de l'esprit public. Une main furtive collait, la nuit, un placard sur son piédestal, et le lendemain Rome entière répétait en riant ce que personne n’eût osé dire. Pasquin avait souvent flagellé les pontifes précédents : il n’épargna pas Alexandre. Toujours vives et ardentes, ses épigrammes s'élevèrent jusqu'à l’éloquence à la mort du cardinal de Saint-Chrysogone Giovanbattista, le ministre et l’iline damnée d’Alexandre , dont la dureté de cœur et l'avarice révoltaient tout le monde, a Me voilà mort, faisait dire Pasquin au cardinal; si mon médecin eût connu mon mal, et qu'il m’eût traité avec de l’or et non avec le suc des herbes, je vivrais encore !

— Que la terre lui soit légère, disait Pasquin un autre jour; ne répandez point de fleurs sur sa tombe, de l'or! de l'or! son ombre ne veut que de l’or! C'est une horrible odeur qui sort de ce tombeau, celle de ses crimes est plus fétide encore !

— Oui, il est moins honteux de supporter le joug d’un monstre que de travailler h sa grandeur’, » Mais, sans s'inquiéter des saillies de Pasquin, les Borgia, qui avaient tous deux d’éminentes qualités comme hommes d'État , développaient impassiblement leur sanglant système, l'un à Rome, l'autre au dehors.

Ainsi, tandis que César, & la tête de ses bandits, s'emparait de Sinigaglia et y faisait étrangler les quatre seigneurs les plus puissants du pays et le chef des Orsini, Alexandre se débarrassait de la même manière du cardinal Orsino, et mettait au

1. KiUletu dieqoidem masekentus terbia inhonesiis osas contra ducem Valentinora.. cui fuit abscissa n anti* ci anterior pars lingue que fait appensa parvo digito manu» abscisse... ( Nurkbardt, ouvrage cité rn Corpus llitlorù um Eccanli Ut du Æri, p. 2133. )

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