‹ Rome ancienne et moderneChapitre 350 sur 428 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

qu'entourait toute la jeune aristocratie de Florence, chevauchait plus loin A quelque distance dps ambassadeurs; ceux-ci étaient suivis d'une mule blanche qui portait le saint-sacrement renfermé dans un tabernacle de drap d’or, de deux cent cinquante archevêques et évêques, des cardinaux montés sur des chevaux dont les housses de damas blanc pendaient jusqu’à terre, de la garde suisse, et enfin du pape. Assis sur sa haquenéo au-dessus de laquelle les conservateurs du Capitole soutenaient un dais somptueux , Léon, paré d’une mitre éclatante de pierreries et d'un pluvial d'or, bénissait à droite et à gauche les milliers de spectateurs agenouillés sur son passage et remplissant l’air de ces cris : Vive Léon ! Derrière le pape, le clerc de la chambre apostolique jetait à poignées l’argent au peuple , et quatre cents arbalétriers terminaient le cortège

Passion de Léon X four les lettres et les arts. — Voilà, selon l'expression d'un poêle contemporain , avec quelle magnificence Léon X épousa l'Église : l’éclat de ces noces papales, qui avaient couvert Rome d’arcs de triomphe, et la libéralité proverbiale des Médicis , firent battre de joie le cœur des lettrés et des nrlistes. Ils acceptèrent, comme la devise du nouveau règne, l’inscription dont le riche banquier Augustin Chigi avait décoré son palais : a Vénus et Mars ont régné assez longtemps . l’allas aujourd'hui leur succède » ; et ils se pressèrent tous avec enthousiasme autour du pape. Les premiers jours d’un grand pouvoir aveuglent : l'homme le plus fort est ébloui, il voit confusément et choisit mal. Ses regards ne tombent en effet, pendant ces jours-là, que sur les hommes médiocres, toujours en tête quand il s’agit d’intrigues ou de faveurs : le mérite, qui se tient à l’écart pour ne pas se mêler à la cohue vulgaire , ou n'est pas aperçu, ou vient trop tard. Léon X remplit de ducats les mains de Tebaldeo, un de ces poètes qu'on ne connaît, un siècle après leur mort, que par les récompenses qu’ils dérobèrent au talent; il donna à Bernard Accolti d'Arezzo, tout aussi justement oublié, bien qu'on le nommât alors l'unique (Punicol), l'emploi de secrétaire apostolique et le duché de Nepi ; il prit pour secrétaires Bemlio , un pâle et froid imitateur de Pétrarque, ctSadolet, un pédant latin; et lorsque le seul grand poète de l'époque, Arioste, vint tomber à ses pieds, il se contenta de l’embrasser et de lui faire délivrer un bref pour l’impression de son poème !

Son injustice envers l'Arioste. — On n’est jamais injuste impunément pour le génie. Déçu dans son espoir, l’auteur du Roland furieux se vengea par une fine et spirituelle satire, qui durera aussi longtemps que la mémoire de Léon, parce qu’elle laisse luire un rayon de vérité sur les mensonges de l'histoire vénale. « Quelques personnes disent, écrivnit-il à son cousin, que si je suis allé chercher des bénéfices à Rome, j'aurais pu en obtenir, ayant été l’un des meilleurs amis du pape avant que ses vertu Ait sa bonne fortune l’eussent élevé au rang suprême , avant que les Florentins lui eussent rouvert leurs portes, avant que Julien , son frère, eût trouvé

4. Le uk'hic, Ch r ou ica délie wagnifkhe ai honorait pompe faite m Hewa per la creasione ed tneorenezionc di papa Leone X.

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