‹ Rome ancienne et moderneChapitre 351 sur 428 · I. A RENAISSANCE · texte numérisé non relu

I. A RENAISSANCE

un refuge à la cour d'L’rbin , où le poêle du Corlegi no, Bembo et d’autres fuvoris des Muses, ont adouci les rigueurs de son exil. Jean, lorsque les Médicis relevèrent la tête dans Florence, et qu'il alla recevoir la tiare à Rome, me conserva son amitié. Il m’a dit souvent , pendant qu’il était légat, qu'il ne faisait aucune différence entra son frère et moi. On pourrait donc trouver surprenant que, lorsque je me suis présenté devant lui, il ne m’ait accordé qu’un bref, qu’il fallut payer encore assez cher au secrétaire Bibiena. Cela devait être ainsi toutefois, cl vous serez de mon avis en jetant les yeux sur cet apologue, que vous aurez plus de peine à lire que je n'en ai eu à l’écrire :

o II fut un temps où la terre était tellement brûlée de sécheresse, qu'il semblait que Phébus eût abandonné ses coursiers à Phaéton : toutes les sources étaient taries ; on pouvait passer à pied sec tous les fleuves. Alors vivait un berger qu'enrichissaient, ou plutôt qu’embarrassaient en ce moment de nombreux troupeaux. Ayant longtemps cherché de l'eau , mais en vain , il se tourna vers celui qui n'abandonne jamais les hommes. Dieu eut en effet pitié de sa détresse et lui inspira l'idée de se diriger vers une vallée voisine. Il y courut sur-le-champ avec sa famille, ses amis et scs troupeaux. Son attente ne fut pas trompée : une source se trouvait effectivement dans ce lieu ; mais , comme elle ne consistait que dans un mince filet d'eau et que le berger n'avait apporté qu’un petit vase , il pria ses compagnons de lui permettre de boire le premier. La seconde fois, dit-il, je puiserai de l’eau pour ma femme, la troisième et la quatrième pour mes enfants; ceux qui m'ont aidé à creuser le puits auront leur tour ensuite. Les hommes , s'étant désaltérés , abreuvèrent les troupeaux. A la fin, un pauvre perroquet, fort aimé de son maître, s’écria : Helas ! je ne suis point de ses parents , je n’ai pas aidé à creuser le puits ; il y en a encore d’autres derrière moi , et certainement je mourrai de soif, si je ne puis me désaltérer ailleurs!

a Je vous invite , ajoute Arioste , et vous presse même , mon cousin , à raconter celte histoire à tous ceux qui pensent que le pape devrait me préférer aux Neri , aux Yanni, eux Lotti et aux Baci , ses neveux et ses parents. C’est pour eux d'abord qu’il doit puiser dans la source , puis pour ceux qui lui ont tissé le plus riche de tous les manteaux. Quand ces derniers seront désaltérés, il songera aux Florentins qui ont pris son parti contre le gonfalonirr Soderini. L'un dira : J’étais avec ton frère Pietro à Cosentino , et je faillis y laisser la vie ou la liberté. L’autre représentera qu’il lui a prêté de l’argent. Un troisième s'écriera : Il a vécu toute une année à mes dépens; je lui ai fourni des armes, des habits, des chevaux ! Si j’attends donc qu’ils soient tous désaltérés, je mourrai de soif ou je trouverai le puits è sec '. »

Ce grand Léon , dont Pope a célébré avec tant de feu l'âge d’or, et sous lequel , d’après le poète britannique, « l’antique génie de Rome, enseveli dans les débris et l’herbe, leva enfin sa tête blanche couronnée de lauriers s , ne traita pas mieux Sannazar. Le Napolitain Sannazar avait consacré vingt années à la composition d’un

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