‹ Rome ancienne et moderneChapitre 352 sur 428 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

poème latin en trois chants , ayant pour sujet Y enfante ment île ta Vierge. Léon réservant toutes ses faveurs aux écrivains qui préféraient la langue de Virgile au nouvel idiome, il attendait probablement des récompenses qu'il n’obtint pas; car soufflant dans ses vers railleurs sur les flatteries des courtisans du pape, et jouant avec esprit sur sa vue basse , il avait dit hautement & la face de Rome que celui que ses adulateurs appelaient un lion, par une servile allusion au songe de sa mère, n’était en réalité qu’une taupe \

Léo» fonde des academies. — Malgré cette allusion arrachée au poète par le dépit, Léon X n’en continuait pas moins à réunir à grands frais des manuscrits et des livres, il fondait des collèges et des académies; il écrivait à Marc Musurus, le docte professeur de Padoue : « Comme j’ai le désir le plus ardent de favoriser l’élude de la langue et de la littérature grecques, négligées de nos jours, et d’encourager les arls libéraux , je vous prie de faire venir de Grèce dix professeurs capables et enclins à la vertu; ils formeront un collège où, sous la direction de Jean Lascaris, que ses qualités et ses talents me rendent extrêmement cher, les Italiens pourront s’instruire des règles de la prononciation de la langue grecque. » Il payait les cinq premiers livres des Annales de Tacite cinq cents sequins; il protégeait généreusement Aide Manuce , le pire de la typographie italienne ; il ne craignait pas de proclamer dans ses brefs l’utilité et la convenance des encouragements donnés aux lettres, sans lesquelles, disait-il souvent, il n’y aurait ni joies morales dans la vie , ni consolations dans l'adversité, ni honneur dans la fortune. Mais toutes ses sympathies, tous ses soins, tous ses efforts ne tendaient qu’à occuper l’esprit humain des idées du passé et à le parquer inflexiblement dans le cercle où l’humanité tournait en aveugle depuis trois mille ans.

Décret du concile os Lathas scr la liberté de PENSER. — Ainsi, en même temps qu’il amoncelait les manuscrits grecs et latins au Vatican , et qu’il distribuait les abbayes et les évêchés aux érudits qui bornaient leur ambition & l’intelligence des textes , et aux poètes assez dociles pour éteindre leur verve dans les sources classiques, il dévoilait toute sa pensée au concile de Latran, ouvert le 6 avril 1513. Un grand pouvoir venait d’être donné à l'homme. La découverte jde l’imprimerie, en attachant à la pensée ces ailes de feu dont parle le prophète, rendait l’émancipation de la raison moins difficile et plus prochaine. Loin de seconder ce mouvement des esprits, et de le diriger, Léon voulut l'arrêter brusquement, a Parmi les sollicitudes qui nous pressent, b dit-il en confirmant le cinquième article des canons romains relatif aux écrits imprimés, « une des plus vives et des plus constantes est de pouvoir ramener dans la voie de la vérité ceux qui s’en sont écartés; or, nous avons appris, par des plaintes élevées de toutes parts, que l’art de l’imprimerie, dont l'invention s’est toujours perfectionnée de nos jours, grftce à la

Snmere ma ternis liialos coin posset ab l’rsis Crculus faic nosler, maluil esse Léo.

Quid libi rom magao rommonp est , lalpa , Leone ?... ( Sanoazaro , Soi. )

LA RENAISSANCE

faveur divine, quoique très-propre, par le grand nombre de livres qu’il met à peu de frais à la disposition de tout le monde , à exercer les esprits dans les leltres et les sciences , et à former des érudits dans toutes sortes de langues , devient pourtant une sorte d’abus par la téméraire entreprise des maîtres de cet art; que, dans toutes les parties du monde, ces maîtres ne craignent pas d'imprimer, traduits en latin du grec , de l'hébreu , de l'arabe , du chaldéen , ou nouvellement composés en latin et en langue vulgaire, des livres contenant des erreurs même dans la foi , des dogmes pernicieux et contraires à la religion chrétienne , des attaques contre la réputation des personnes même les plus élevées en dignité , et que la lecture de tels livres, loin d’édifier, enfante les plus grands égarements dans la foi et les mœurs, fait naître une foule de scandales et menace le monde de plus grands encore.

«C'est pourquoi, afin qu'un art si heureusement inventé pour la gloire de Dieu et la propagation des sciences utiles ne soit pas perverti par un usage contraire, nous avons jugé qu’il fallait tourner notre sollicitude du côté de l’impression des livres, pour qu'à l’avenir les épines ne croissent pas avec le bon grain et que le poison ne vienne pas se mêler au remède. Voulant donc pourvoir à temps au mal, de l’avis du sacré collège, nous statuons et ordonnons que dans la suite et dans tous les temps futurs, personne n’ose imprimer ou faire imprimer un livre quelconque dans notre ville ou dans quelque diocèse que ce soit, qu’il n'ait été examiné avec soin , approuvé et signé à Home , sous peine d’excommunication '. a

Laos protecteur HE Raphaël. — Défendre à l'homme de penser autrement que l’Église romaine cl l'interdire pour toujours, tel était le but du décret de Léon X. En attendant qu’un frère augustin d’Allemagne, Luther, venu trois ans auparavant à Home, se chargeât de la réponse , le fils de Laurent le Magnifique se montra aussi libéral pour les arts que pour les leltres grecques et latines. Comme tous les Médicis, il aimait avec passion les antiques : à peine au Vatican, il y fit transporter le Laocoon, découvert, en 1508, dans les thermes de Titus, et nomma Felice de Fredis, qui avait trouvé ce beau groupe, notaire apostolique. L’urne de porphyre qui orna depuis à Latran le mausolée de Clément XII, fut placée par ses ordres au-dessus du frontispice du Panthéon , et s’il méconnut Michel- Ange, comme Ariosle, en l'éloignant pour aller bâtir une église à Florence, il accorda en revanche toute sa faveur à Raphaël. Aussi doux de caractère que de physionomie, et brillant de jeunesse, de gloire et de bonheur, Raphaël possédait au suprême degré ce charme particulier aux hommes à qui tout a souri. On était entraîné par une sympathie naturelle vers cet enfant gâté de la fortune, qui, souple d'ailleurs comme le roseau, se pliait avec grâce aux volontés du maître. C'était l'homme qu’il fallait au pape: repoussant le rude et sombre Michel-Ange, toujours dominé par ses pensées austères, toujours silencieux, toujours seul,

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