CHAPITRE XXVIII
Leon ne vonlul entendre parler que du jeune el doux Raphaël. Les travaux commencés dans les salles du Valican furent poussés avec une nouvelle ardeur. Lo pinceau complaisant du peintre illustra glorieusement sur les murs l’orgueil de Léon X.
Les fresques du Vaticak. — Raphaël était habitué & ce mode de Oallerie, qui lui avait déjà fait pousser l'anachronisme jusqu'à rendre Jules II témoin du châtiment d’Héliodore; pour plaire au nouveau pape, il se surpassa. Les sujets de ses deux compositions principales, Léon I" arrêtant Attila et la Délivrance de saint Pierre, étaient deux allégories parlantes. Dans la première, en donnant à saint Léon les traits du pape régnant, et en groupant autour de lui les cardinaux de 151 5, Raphaël attribuait à Léon X l’expulsion des Français de Milan. Louis XII était l’Attila. La seconde composition rappelait la délivrance du pape, qui, n’étant encore que le cardinal Jean, fut fait prisonnier à la bataille de Ravenne. Ces fresques, dont le fds superbe des Mëdicis aima certainement l'intention autant que le mérite, doublèrent l'éclat du nom de Raphaël. Le banquier Agostino Chigi, presque aussi riche et aussi libéral que Léon, |>arvint à force d'or et de caresses à le rappeler dans sa villa qu'il avait commencé à décorer du temps de Jules. Située dans le Trastcverc, au bord du Tibre, cette délicieuse demeure, qu’on nomme aujourd’hui la Farnésine, était la casa aurea , la maison d'or du prince de la banque romaine. Dans cette salle où Raphaël avait peint Galatée, trônait alors la belle Imperia : des banquets splendides y réunissaient tous les jours l’élite des poêles, des artistes, des prélats de la cour papale; toutes les nobles dames de la ville et du Borgo se pressaient aux fêtes de Chigi , et dans la double ivresse de l'orgueil et de l’or, quand il lui naissait un enfant et qu'il voyait à sa table Raphaël et sa cour d’artistes, le sacré collège, les ambassadeurs étrangers et Léon X , le banquier du xvi* siècle, ressuscitant le luxe extravagant d'Héliogahalc, dépensait pour un seul mets des sommes immenses, et faisait jeter, à mesure qu'elle avait servi, la vaisselle d’argent dans le Tibre
Mont de Bramante. Raphaël architecte. — Raphaël ornait une nouvelle salle de ce palais d’une suite de tableaux représentant l’histoire de Psyché, lorsque Bramante mourut : Léon X alors adressa ce bref à son peintre bien-aimé :
a Outre l'art de la peinture, dans lequel chacun sait que vous excellez, vous possédez à un degré non moins éminent celui de l’architecture : Bramante, auquel votre mérite était bien connu, désira, en mouraut, vous avoir pour successeur dans l'œuvre de construction de Saint Pierre, et le plan que nous vous demandâmes à ce moment justifia pleinement son choix. Notre désir le plus ardent étant d’élever ce temple rapidement et de le décorer avec le plus de magnificence possible, nous vous créons surintendant de l'œuvre et vous accordons trois cents couronnes d’or d’honoraires. Acquittez-vous de cette tâche d'une manière digne de votre renommée, et qui réponde à nos espérances, à la bienveillance paternelle que nous vous témoignons et à l'importance de l’édifice le plus grand et le
4. Paul Jure, Uist. de Léo» X. — Bajle, Duthnnoire Mitotique, art. Chigi.
LA RENAISSANCE
plus saint du monde » Aidé de l’expérience du dominicain de Vérone Fra Giocondo et du talent de Giuliano de San Gallo, que le pape avait eu la précaution de lui donner pour adjoints, Raphaël se mit à l’oeuvre; il changea le plan primitif, décida que l'église , qui devait être bâtie en forme de croix grecque formerait une croix latine , et ordonna de renforcer les piliers de la coupole; puis il revint à ses fresques du Vatican et commença de peindre la troisième chambre et les loges.
Pendant ce temps, le pape voyait ses Suisses conduits par le fanatique cardinal de Sion, Mathieu Schinner, refoulés & coups de canon et de lances â Marignan, et, suivant la victoire, il allait mettre courtoisement dans celle de François l", à Bologne, cette main si hostile aux Français. De la légèreté du jeune roi et de la trahison du chancelier Duprat, qui vendit la liberté du clergé de France pour la pourpre, il obtint le concordat de 1518, c'est-à-dire l'abolition de l’élection en matière ecclésiastique. En vertu d’un droit aussi vieux que l’Eglise , droit confirmé solennellement le 13 juillet 1439, dans l’édit de la Pragmatique- Sanction qui était basé sur un décret du concile de Râle, les chapitres nommaient seuls leur évêque et les monastères leur abbé; ce droit auquel l'Eglise reviendra, si elle veut se retremper dans les fonts saints de son baptême , le pape et le roi se l'attribuèrent , l'un pour étendre la suprématie de Rome, sous prétexte de rétablir l’unité et pour rentrer en possession de la souveraineté religieuse de la France, et l’autre dans le seul but d’avoir plus de grâces à répandre et plus d'argent à recueillir.
Ce succès ne surprit personne. Aussi heureux qu’Alexandre VI, Léon faisait marcher de front, dans son esprit, l’intérêt de l'église de Rome, la construction de Saint-Pierre, l’embellissement du Vatican, la fondation du gymnase de la Sapience et l’agrandissement de sa famille, et il réussissait à tout. Fra Giocondo, l’habile architecte des ponts Saint-Michel et Notre-Dame de Paris, modifiait avec bonheur les plans de Bramante. Raphaël avait terminé dans les chambres valicanes : le Couronnement de Charlemagne par Léon III, la Victoire remportée par Léon IV à Ostie, l’Incendie du Borgo Vecchio, les tapisseries, et entrepris les loges : philologues, médecins et savants célèbres peuplaient son gymnase , et il venait enfin d’investir ses parents, déjà maîtres de Florence, du duché d’Urbin. S’abandonnant, les yeux fermés, au courant de cette bonne et facile fortune, il s’endormait au bruit des fêles, oubliait trop souvent à la chasse ou dans les festins la dignité du grand devoir, connaissait mieux la mythologie de la Grèce et les poètes latins que l’histoire de l’Église et la doctrine des Pères, et se plaisait beaucoup plus aux comédies libres de son siècle , telles que la Calandre de Bibiena et la Mandragore, qu’aux cérémonies et aux processions ’.
La Traksfigciutios. — La Renaissance grandissait cependant à Rome et déve-
4. Pol che oli/e l'art* délia piuora, iiella qoale latlo il momto sa quanio voi sicte eceellcuie, anche «laie «lato rrpotaio laie dall’ areliltetto Bramante in feuerc di fabbricare.... ( Lettere PUloricke, U t|, p. 44.)
t. Papa Leone che romiuando alti pensieri di glorla mondain e più che agli alTari délia religions agonlzanie in Gcrmania passando air injrandtmento temporale délia Chiesa... (Miratori, AhmIî. t. a, p 443.)
Admoto rristallo concavo (une loope) oculorum acdm his vcncrationlbus feliciiaie codcios anleibat... (Paul Jovg, Fi; de Uon X.)