‹ Rome ancienne et moderneChapitre 354 sur 428 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

loppait scs formes jeunes, mais parfaites comme celles des statues antiques : l'école romaine venait de naître dans les loges du Vatican, à la voix de Raphaël ; sous ses yeux Marc-Antoine perfectionnait la gravure, son burin apprenait & reproduire sur le cuivre, pour les multiplier, les merveilles du pinceau du maître. Jules Romain, Jean d'Udine, il Fallore, Barthelemi Bagnacavallo, Pellcgrino de Modène, Vincenzo de San Geminiano, Garofolo, ses élèves chéris, travaillaient avec ardeur à propager sa gloire ; il venait de finir le tableau qu'on regarde comme son chef-d’œuvre, la Transfiguration, et s’occupait, comme préfet des antiquités, d’un vaste plan qui aurait retracé l’aspect monumental de Rome ancienne, lorsqu'il tomba d’épuisement au milieu de sa carrière éclataute.

Mort sx Raphaël. — Le vendredi saint de 1 520 , jour anniversaire de sa naissance , mourut à trois heures de l’après-midi , dans son palais du Borgo , ce noble et gracieux Raphaël dont le nom ne périra plus. Il n'avait que trente-sept ans et pouvait peindre longtemps encore. Sa mort fut un deuil public et un malheur irréparable pour l’art; mais si Rome y perdit quelques chefs-d'œuvre, la gloire du peintre de la Transfiguration se compléta par cette fin prématurée. Arrivé à l'ftge où il ne pouvait que déchoir, car son éclectisme en peinture, lorsque sa main se serait affaiblie, l’eût conduit droit à l’imitation des autres écoles, il quitta la vie assez tôt pour rester toujours jeune dans le souvenir des hommes : Raphaël en cheveux blancs aurait obtenu l’admiration et le respect de la postérité; mais il n’aurait pas eu son amour, et il ne nous apparaîtrait pas aujourd’hui, entouré de ses madones, comme le plus brillant idéal de l’art et le type le plus gracieux de la beauté humaine.

On exposa son cadavre devant le tableau de la Transfiguration qui était encore sur le chevalet, puis on le porta, comme il l’avait souhaité en mourant, dans le vieux Panthéon. Là une simple plaque de marbre encastrée dans le mur de l’une des niches du côté gauche et ornée de deux inscriptions latines du pédant Bembo, fut son seul monument sous cette voûte immense , nue et déserte. Léon X le pleura amèrement : il allait le suivre au milieu des soucis, car depuis trois ans sa vie si douce s’était troublée. La construction de Saint-Pierre, à laquelle il tenait plus que jamais et qu'il venait de confier, après la mort de Raphaël, à Baldassarre Perruzzi , allait appeler de l’Allemagne un orage sinistre. Pour se procurer de l'argent, Léon X, mal conseillé, employa, en 1515, un moyen dont les papes abusaient depuis cinquante ans. Il y avait en effet un demi-siècle que, sous prétexte de faire la guerre aux Turcs, ils levaient des décimes sur les fidèles.

Marti* Lnaia. — On commençait donc à ôtro fortement prévenu contre cct expédient financier du saint-siège , lorsque Léon X eut la malheureuse idée de le reprendre et d’y ajouter, pour en raviver l'effet, la vente publique des indulgences. L'Allemagne, où le vent gibelin soufflait encore, fut la première à s’émouvoir cl à parler de résistance. «Ne donne pas l’obole qu'on mendie; n’écoute pas, je t’en conjure, ces légats que Rome envoie dans les quatre parties du monde pour

LA RENAISSANCE

demander l'aumône ; c’est le lait des nations qu’elle veut tarir ; c’est à la mamelle des rois qu’elle veut s’enivrer!» Ainsi parlait un homme de guerre, le vaillant Hutten. Une voix plus hardie encore s’éleva bientôt dans l’Église môme, et jeta ces rudes paroles du haut d’une chaire saxonne :

« As-tu de l’argent de reste’ donne & celui qui a faim , cela vaudra mieux que de donner pour élever des pierres. Je te dis que l’indulgence n’est ni de précepte ni de conseil divin. Que les Ames soient délivrées du purgatoire par la vertu de l'indulgence , c’est ce que je ne sais pas, c’est ce que je ne crois pas. Ce que je te dis fera tort à leur boutique; mais que m’importent leurs bourdonnements? Cerveaux creux qui n’ont jamais ouvert la Bible , qui n’entendent rien aux doctrines du Christ , ne se comprennent pas eux-mémes et s'abîment dans leurs ténèbres1. »

Celui qui prêchait ces choses au peuple et qui affichait sur l’un des piliers de l’église de Tous-les-Saints à Wittemberg, que le pape n’a pas d’autres pouvoirs que le simple curé de village ; que les prédicateurs empochaient la pièce à mesure qu’elle tombait dans le bassin, et que le trésor des indulgences était un filet propre A |>ècher les richesses des fidèles , portait un froc de moine et s’appelait Martin Luther.

I. (JEuirtt de Luther, l. vu, p. 4SI, el l. XV, p. hU, iraUucliou d'Audin. Vie de Leon X, l. II.

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