‹ Rome ancienne et moderneChapitre 355 sur 428 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

LUT IIEII.

Voiagc de Lulbér b Home. — LéHre de Luther b Léon X. — Bulle d'eieommuiocation. — Iléveil de l’eapril gibelin. — Mon de pape. — Adrien VI loi aaceède. — Clément VII. — Ses enl éprises politiques. — Home surprise pur les Espaqndls et les Coloma. — Le rtmnéiable de Bourbon. — Il marche sur Borne a la IPlc de rentrée impériale. — Discours de B <urbon sflr le Jaoicole. — Anxiété do pape. — Le 6 mai 15*7. - l. u-sutit.

— Mort de Boorltoo. — Brise de la ville. — Le dtileau Saiut-Aope. — Sac de Ilcnte. — Massacres. — Barbarie des lansquenets d'Allemagne. — Crurales des Espagnols et des rrltres. — Scènes horribles. - Sacrilèges.

— La lamine et la peste. Clément VII au ehâlean Satnt-Aege. — Pompée Odoona. — Le pape capitale. — Son évasion. - Béeoncillalion do pape et de UurieMHiinl. — Mort de Clément VII. — Paul 111.— Michel- Auçe charge de la ronslrnrtion de Sjinl-Plerre. — Pie V et Ccégoire XIII. — Progrès des idées de Luther.

Voyage be I.lther a Home. — Luther avait fait dans sa jeunesse un voyage à Rome. Accueilli avec indifférence et avec dédain , il en était revenu le coeur plein de colère. Tout avait souf fert chez lui , l’amour-propre , le sentiment religieux et l’orgueil national, si ardent dans les cerveaux tudesques. o Pas une ligure allemande, disait-il souvent , pas une tète à cheveux blonds parmi ces prélats en robes rouges : il n’y a des Allemands à Rome que parmi les porteurs d’eau et les palefreniers ! » Aussi , en quittant cette Rome de la Renaissance, trop occupée de sa vio de luxe, d’art et de plaisir, pour laisser tomber un regard sur le pauvre moine , Luther secoua ses sandales vers le Vatican et murmura ces mots comme adieu avant de tourner le Monte Mario : a 11 luira bie îtôt le jour où nous ferons expier à ces Italiens leurs dédains , où nous leur apprendrons si les Allemands sont des ignorants et des Barbares ! »

Ce jour avait lui depuis trois ans en 1520 : s'emparant, pour chasser du temple les marchands d’indulgences, de ce fouet de l’hérésie quo les Albigeois transmirent ii Arnold de Brescia, et qui des mains d’Arnold passa tour à tour dans celles de Jean lluss, de Jérôme de Prague cl de Savonarolu, Luther frappait à coups

LUTHER

redoublés, non plus Kck et Telzel, missionnaires «le Rome, mais Rome et l'Église elle-même. Dans cette voie où il marchait vite , plus rite qu'il n'eùt voulu peutêtre, car toute l’Allemagne était derrière lui et le poussait, le réformateur de Wittembcrg se trouva bientôt en face du pape. D'abord il se ht humble : «Que Votre Sainteté, écrivait-il au Vatican, daigne prêter une oreille miséricordieuse à une pauvre brebis du troupeau du Christ et comprendre ses bêlements.» Puis, comme au sortir de la diète impériale de Woruis, il releva la tête et parla ainsi à Léon X :

Lettre de Litheb a Léo* X. — « Depuis trois ans que je lutte contre tous les monstres du siècle , je suis forcé de tourner de temps en temps ma pensée vers toi , ô très-saint Père! La guerre qu’on me fait d'ailleurs et qui vient de toi seul snflirait pour te rappeler sans cesse à mon souvenir. Quoique tes flatteurs impies en m’attaquant avec fureur m'aient forcé d'en appeler au futur concile, je ne suis pas tellement loin de ta Rrntitudc, que je ne puisse encore faire des vœux et prier ardemment pour ton bonheur et pour la splendeur de ton siège. A la vérité, je commence à me rire de ceux qui voulaient me faire peur avec la majesté et l’autorité de ton nom. Mais il est une accusation que je repousse : on dit que j'ai eu la témérité d’attaquer ta personne. Cela est faux, cela est si contraire à ma conscience, que Payant fuit, je reconnaîtrais librement mon erreur et mon impiété. Non; j’ai été le premier à défendre la pureté de ta vie contre tes calomniateurs ! Non ! non ! je ne suis pas assez fou pour attaquer celui auquel tout le monde applaudit, moi qui ai toujours eu pour loi d'épargner ceux même que la voix publique condamne. Mais si je n'ai pas cherché la paille qui est dans ton œil en voyant trop clairement la poutre qui est dans le mien , il en a été autrement pour tout ce qtd t’entoure. Personne, en effet , ne peut nier, tu l’avouerais le premier toi-même, que la cour de Rome ne soit plus corrompue que Babylone et Sodome. Elle est livrée à une audacieuse et horrible impiété, elle donne la peste aux Ames, elle offre l'exemple de tous les genres d’iniquité. Il est clair comme la lumière, que l’Égliso romaine, jadis la plus sainte de toutes les Églises, est devenue une caverne de voleurs, le IheAtre de la plus honteuse prostitution , le royaume du péché, de la mort et de l'enfer.

a C’est pourquoi, Léon, tu es là comme l’agneau au milieu des loups , comme Ézécliiel au milieu des vipères. Mais qui opposer à ces monstres T Trois ou quatre cardinaux , joignant comme toi à lu science une vie pure. Helas ! que peuvent cinq hommes de bien en face de tant de pervers? Le poison vous aurait tous mis au tombeau avant que vous eussiez l’idée de remédier à ces désordres. C’en est fait de la cour de Rome. La colère de Dieu la poursuivra jusqu'à la tin. Elle abhorre les conciles, elle redoute ies réformes, elle ne veut point adoucir la fureur de son impiété. Dieu la condamne : on peut dire maintenant d'elle comme de son abominable mère : «Nous avons traité Babylone, elle n’est point guerie... abandonnons-la I »

« Je t’en conjure donc, Léon, mon père, ferme l'oreille à ces sirènes, qui von-

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