CHAPITRE XXIX
de Luther reculait avec effroi , comme s’il eût marché sur des serpents, à l’aspect des chefs-d'œuvre de lu sculpture antique. Hœc sunt idnta rrlerum, ce sont les idoles des païens! disait-il d’une voix aigre. Quant aux fêtes, aux amusements, aux spectacles dont le palais de Saint-Pierre avait retenti si longtemps, on n'en parla plus. Le luxe disparut également, et lit place à la simplicité cénobitique. Plus de festins, le pape mangeait seul comme un religieux; plus de magnificence; car n’oubliant pas qu'il avait été élevé par charité , Adrien VI donnait aux pauvres et non aux riches, line telle vie aurait dû lui valoir l’estime et le respect de tous, elle lui valut (tant les mœurs étaient corrompues!) l'exécration publique. On essaya de l'assassiner. Il échappa heureusement à ce péril , et ne fut pas écrasé par la chute d une voûte , minée peut-être à dessein , ce qui affligea tellement les cardinaux présents, qu’ils en marquèrent leur dépit par leurs gestes. Plus ardent encore dans sa haine, le peuple maudissait tout haut la Providence de lui avoir sauvé la vie.
Clément VU pape. — Les choses étant ainsi , Adrien VI ne pouvait vivre longtemps, dans ce pays surtout dont les Allemands disaient avec terreur : a Là on vous âte tous les sens par de secrets poisons, l’air même en est chargé. » Le 14 septembre 1523, il laissait le saint-siège vacant. Les cardinaux avaient tant de hile de voir recommencer le règne précédent, qu'ils élurent un bâtard de la maison de Médicis, le cardinal Jules, qui prit le nom de Clément VU. Alors le peuple applaudit et cessa de chanter son refrain satirique contre le pape allemand : o Toujours sous les papes qui ont le chiffre VI, Home est en peine '•■> Étrange aveuglement de l’homme, qui ne souhaite jamais rien avec plus d’ardeur que l’événement qui fait sa perte ! Ces chants allaient bientôt se changer en plaintes, les cris de joie qui saluaient l’élévation du Médicis en cris de désespoir, l'allégresse publique en deuil et en larmes, car à peine intronisé, Clément VU se jeta dans les intrigues politiques, à l’exemple de son prédécesseur, Léon X. Il y porta la même passion et la même duplicité, et y trouva les mêmes fortunes.
Il était d’abord entré dans la coalition de Charlcs-Quinl, du roi d'Angleterre et de l'archiduc d’Autriche contre la France ; trahissant les confédérés, il passa secrètement du côté des Français, parce qu’il voyait François I" à la tête d’une nombreuse armée sous les murs de Pavie. La funeste bataille du 24 février 1525 ruina ses espérances. Après de longues hésitations, il persista dans son premier plan, et renforça la ligue avec la France en y attirant Venise, Florence et le duc de Milan. Cette constance, par malheur, ne dura qu'une année. La victoire était sous les drapeaux de Charlcs-Quint; il crut plus utile à ses intérêts de l'y suivre, et traita sous main avec le vice-roi de Naples et les Colonna, qui étaient en campagne pour l'Euipereur. 11 pnya cher ce manque de foi. A peine eut-il licencié scs milices , que l'Espagnol et les Colonna oublièrent l'accord qu’ils venaient de conclure. Dans la nuit du 1 5 septembre 1 52<i, ils s’emparèrent par surprise de trois portes de Rome et marchèrent avec huit cents cavaliers et trois mille hommes de pied sur le Vati-