CHAPITRE XXIX
crier dans les rues : « Voici le châtiment de Bnhylone ! voici le fléau du Vatican 1 voici la ruine de Rome! » le gouverneur le fit mettre en prison. Huit jours plus tard, sa première prophétie était réalisée : le 5 mai 1527, à vingt et une heures', Bourbon arrivait sur le Janicule. II n’avait que deux jours de vivres, aussi envoya-t-il sur-le-champ un trompette demander au pape la permission de traverser la ville, afin de conduire, disait-il , son armée dans le royaume de Naples. Cette permission fut refusée. Il s'y attendait , et résolut de brusquer l’attaque, a Dans l'extrémité où nous sommes, dit-il aux chefs qui se pressaient autour de son cheval, il no convient pas de renvoyer l'assaut â demain ; c'est maintenant qu'il faut profiter de la surprise du peuple romain pour essayer de tomber au milieu de la ville. C'est le seul moyen de s’en emparer, ainsi que des richesses immenses qu'elle renferme. Si nous différions l’attaque, les habitants ne manqueraient pas de se préparer celte nuit , et nous opposeraient probablement une énergique résistance. Quand la fortune se présente, il faut se hâter de la saisir, ou elle s'enfuit sans retour. Je sais que l'armée est fatiguée, mais je sais aussi que la victoire est facile; un instant de retard peut la rendre au contraire incertaine ou coûteuse *. a
I.es chefs n'étaient pas de ce sentiment; ils gardèrent le silence. Bourbon renvoya donc è regret l’attaque au lendemain ; mais il ne voulut pas rentrer dans sa tente sans parler aux soldats. S’étant placé, avant le coucher du soleil, sur le plateau le plus élevé du Janicule, il adressa aux troupes une de ces allocutions brèves et fortes dont la chaleur militaire électrise les âmes, et qu'il termina en montrant cette Rome opulente qui se déroulait à leurs pieds. Au murmure d'heureux présage qui s’éleva de toutes parts, il comprit que pour cette foule empressée d’en venir aux mains, chaque heure de retard allait être un siècle d’attente, et il la congédia en pressant les soldats de prendre du repos pour se trouver aux remparts à la première aurore. Quant à lui, la plus grande partie de cette nuit, qui devait être sa dernière, il la passa sous sa tente à conférer avec les chefs supérieurs, sur le plan d’attaque. En les quittant, il leur recommanda instamment, à plusieurs reprises , de porter à leurs soldats la confiance dont il se sentait animé, et la certitude de la victoire.
Akiiétk dr Clrmext VII. — Tandis que des milliers de feux s'allumaient sur le Janicule et que le tumulte et le bruit des voix y tombaient peu â peu avec la nuit,