CHAPITRE XXIX
un cordon de soie rouge pour étrangler les cardinaux, il montrait Home et leur disait : « Souvenez-vous de la faim , des fatigues , des misères que vous avez endurées dans l’unique dessein de vous emparer de cette ville dont votre courage vous aura bientôt ouvert les portes. Vous allez entrer dans la Babylone papiste avec vos femmes et vos enfants, et y jouir tout à votre aise des richesses immenses de cette multitude de seigneurs, princes, évéques et cardinaux. » Partout où il voyait un groupe considérable de soldats il y courait pour les encourager à commencer l’assaut.
Le corps espagnol s’ébranla le premier à sa voix. Emporté par sa valeur accoutumée, il commença intrépidement l'attaque du côté de la rue Julia. Mais trouvant au haut des murs une division de la garde suisse du pape, et pris en flanc par le feu d’une batterie voisine , il fut repoussé et perdit deux drapeaux. Ce n'était pas un échec à rebuter ces vieilles bandes. Se ralliant au bord du fossé, elles se dirigèrent en silence vers le quartier Saint-Esprit, au-dessus du jardin du cardinal Ermellino, oii les murs étaient moins élevés. En cet endroit la ligne de l’enceinte fortifiée était interrompue par une petite maison dont on ne pouvait apercevoir le peu de solidité qu’en y donnant une attention particulière. Une meurtrière , plus grande qu’on ne les fait ordinairement, servait de fenêtre. Les fondations du mur étaient à fleur de sol. Au dehors on avait masqué avec de la terre un soupirail garni au dedans de barreaux de bois très-rapprochés. Ceux qui ne connaissaient pas cette ouverture ne pouvaient la découvrir, cachée et recouverte comme elle était. On ne peut nier cependant que, de la part du capitaine Renzo da Ceri et des autres olîtciers chargés d’examiner les fortifications , ce ne fût une négligence impardonnable de laisser les choses en cet état1.
Mort du coxxétable de Bocrbok. — Du fond des marécages s’élevait un brouillard épais , qui dès la pointe du jour enveloppa toute la rive droite et finit par intercepter tellement la lumière qu’on ne voyait plus à deux pas devant soi. L’artillerie du château Saint-Ange , non plus que celle des autres batteries , ne pouvait faire aucun mal aux assaillants et tirait au hasard; car dans ces ténèbres on était forcé de s’en rapporter à l’oreille plutôt qu'aux yeux, et de diriger ses coups sur le point d’où partait le bruit, au risque de blesser les siens. A la faveur de ce brouillard l'assaut se poursuivait avec ardeur. S’attachant, comme nous l’avons dit, à l’endroit le plus facile à escalader, Bourbon dirigeait en personne l’attaque principale auprès de la porte Turrioni. Située au bas de la pente du Janicule, cette porte, qu’on appela depuis Cavallegieri, consiste dans une simple voûte assez basse. Le mur, comme au quartier du Saint-Esprit, présentait peu d’élévation. C’est là que se tenait Bourbon à la tète des plus intrépides assaillants : la main gauche sur une échelle appliquée au mur, de la droite il faisait signe à ses soldats de suivre leurs camarades. Son vêtement blanc servit de point de mire dans l’obscurité aux
I Eravi ricoperta di foori con ima c letauie uns poea di fines ira pirrola qnalc gu servira alla raniitn di qoetT abitazlone ma serrata con alcune irarcrsc di légitime.... (Jacopo Bonaparte, Sacco éi Huma, p. 148. )
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LUTHER
tireurs du rempart. Un Romain nommé Francesco Valentini, du riono du Pont, ancien soldat, l’abattit d’un coup d'arquebuse. En tombant blessé S mort par une balle qui l'avait traversé de part en part, il eut encore la force de dire à ceux qui l'entouraient : « Cachez mon corps et marchez toujours en avant : la victoire est à vous, ma mort ne peut vous la ravir! » On couvrit le cadavre d'un manteau et on le porta dans une petite chapelle qui se trouvait à deux pas dans la vigne d’un cardinal '.
Prise de la ville. — Les chefs n’avaient rien dit , mais à leur consternation les soldats devinèrent tout. 11 y eut un moment d’hésitation et de stupeur , puis le sentiment de leur situation désespérée et la fureur les ramenèrent à la charge. Ils recommencèrent l'assaut avec plus d’impétuosité que la première fois. Le brouillard ne s’était point encore dissipé et continuait è les protéger contre l'artillerie, en sorte que malgré la défense la plus opiniâtre, les Romains ne pouvaient les faire reculer d’un pas ni obtenir sur eux le moindre avantage. On roulait sur eux d'énormes blocs de pierre , on leur lançait des torches enflammées , de la poix bouillante. Rien ne les arrêta. L’acharnement, qui était extrême de part et d’autre, se soutint une heure sans relâche. Au bout d’une heure les Impériaux gagnèrent du terrain. Ils étaient supérieurs en nombre et pouvaient sans cesse se relever. Les assiégés ne purent voir le nombre de leurs ennemis grossir continuellement sans que leur résolution s'affaiblit. La fureur toujours croissante des assaillants les ébranlait peu & peu et préparait leur défaite. Ils luttèrent pourtant encore; mais tout à coup, à treize heures*, le cri de sauve qui peut se fit entendre derrière eux. Ils se tournent et aperçoivent Renzo da Ceri fuyant à toutes jambes avec ses fantassins et ses tribus urbaines, du côté du pont Sixte. C’étaient les Espagnols, qui s’acharnant avec leur ténacité habituelle à l'attaque du quartier du Saint-Esprit, pénétraient enfin dans la ville par la meurtrière dont nous avons parlé. Les Romains, voyant fuir leur chef, abandonnèrent aussitôt leur poste. En ce moment un capitaine espagnol s’écria d’une voix forte : o Vive l’Espagne ! tuez ! tuez devant vous! » et le tumulte fut à son comble. Ce n’est qu’à grand'peine et après des détours sans fin que le généralissime Renzo, mêlé avec les fuyards, arriva au château Saint-Ange. Le pape Clément entendit des premiers les cris des soldats; il se sauva précipitamment par les corridors bâtis en forme d'aqueduc romain qui conduisent du Vatican au château Saint-Ange. Il pleurait et se lamentait d'avoir été trahi par tout le monde, et pouvait voir, & mesure qu’il avançait, ses soldats en fuite et poursuivis par des ennemis furieux qui les déchiraient à coups de hallebarde. Il n’y avait au château ni vivres ni munitions : le pape se fit apporter sur-le-champ, des maisons voisines, ce qu'on put se procurer au milieu d’une telle confusion *.
f . Benmuto Cellmi, dans ses Mémoires, s’attribue ce coup d’arquebuse. Son récit sent prouve le peu de fondement de celte vanterie. Cest Pompilio Tolli [Ritrailo di Borna moderna, 4038, p. 36< ) , qui nomme « Fr a tue tco Vulntfini ckr area tcrrito tolto U conunda di Luca Autonio, eapitano di Froiu/tco-Maria duc.i d'Vrbiao. •