‹ Rome ancienne et moderneChapitre 364 sur 428 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Chu a lté des Espagnols. — Les rues étaient jonchées des cadavres de ceux qui avaient péri en voulant résister au vainqueur. On y apercevait çà et là des blessés respirant encore, niais dont les plaintes s'élevaient en vain , car ils étaient destinés à mourir faute de secours. Sur ces morts et ces mourants tombaient de temps à autre un homme, une femme, un enfant, qui, se précipitant du haut de leur maison, aimaient mieux être écrasés sur le pavé et ne souffrir qu'un instant, que de rester aux mains de ces bandes féroces. Si quelque malheureux parvenait à s'enfuir, il était aussitôt poursuivi, atteint, égorgé. Ni les supplications, ni les pleurs, ni le désespoir des mères implorant la débauche à genoux ne pouvaient sauver l’honneur des femmes. Outragées par les soldats elles étaient massacrée ensuite sous les yeux des pères et des époux retenus là garrottés. Ceux-ci, frappés de stupeur à cet horrible spectacle, n’avaient plus ni larmes à verser sur leurs malheurs, ni voix pour le déplorer. Ils regardaient sans voir, d’un oeil immobile, et inanimés comme des statues. Des mères s’arrachèrent les yeux de rage; des pères, renouvelant le sacrifice de Virginius , poignardèrent leurs filles pour sauver leur pudeur; mais on frémit de le dire : la mort même ne les sauvait pas !

Les palais comme les maisons du pauvre, les églises et les couvents furent le théâtre de ces scènes abominables. Luther devait être content. Les malheureux Romains étaient brisés par la tempête sortie du vent que ses lèvres semèrent. Luther! Luther! voilà le grand coupable! A lui la responsabilité de ces jours sinistres. Sa violence avait tout fait : chacune de ses invectives enfantait un crime, chaque voeu formé autrefois dans la double ivresse de la colère et de la bière devenait une atroce réalité. Les retires de Georges Frundsberg comprenaient ainsi la réforme ! A peine avaient-ils mis le pied dans une église qu'ils portaient leurs mains ensanglantées sur les calices , croix ou vases précieux qui frappaient leurs regards. Ils s'empressaient de détacher des murs les tableaux pour les déchirer ou les brûler. Les fresques , ils les barbouillaient ou les mutilaient à coups de piques. Les restes vénérés des saints , ils les foulaient aux pieds quand ils s’étaient emparés des reliquaires. Puis, traînant dans les temples les religieuses éplorées et nues, tantôt ils souillaient le sanctuaire et l'autel des impiétés les plus révoltantes; tantôt ils promenaient dans les rues, pour les livrer aux risées de la soldatesque, les prélats romains revêtus des marques de leur dignité.

Scèses BomtiBLES. — Une compagnie de reitres, parodiant avec l’esprit germanique les cérémonies du culte romain , cloua dans une bière le cardinal Aracèle, et le promena ainsi de quartier en quartier en chantant l'office des morts ; puis ils le rapportèrent dans son palais et achevèrent la cérémonie sous ses yeux , selon leur coutume, par une orgie brutale. Les cardinaux connus pour leur dévouement aux intérêts de l’Empereur n'étaient pas mieux traités. Celui de Sienne, dont personne n’ignorait l’attachement héréditaire au parti gibelin , venait d’être durement rançonné par les Espagnols : en sortant de leurs mains il tomba dans celles des Allemands. Ceux-ci, se moquant de la sauvegarde accordée par les Espagnols,

LUTHER

pillèrent son palais, et, après l’avoir accablé de coups, ils l’enlralnèrent en chemise au Borgo, d’où il ne se tira qu’en leur payant un nouveau tribut de cinq mille écus. Ordinairement, on les portait en croupe, liés comme des criminels, de maison en maison, afin de leur permettre de réunir la somme exigée pour leur rançon. La cupidité insatiable de ces bandes n'avait d’égale que leur férocité. Les luthériens avaient fait prisonnier un prélat qui portait au doigt un diamant d'un grand prix. Un des soldats cherche aussitôt à le lui arracher; mais n’y pouvant parvenir assez vite au gré de son impatience, il s’irritait et jurait avec rage, lorsqu’un de ses compagnons le tira d'embarras : saisissant un couteau bien affilé, il coupe le doigt au prélat et le tend à son camarade qui en retire la bague, puis jette ce doigt sanglant au visage du cardinal

On eût dit que celte ville magnifique, siège du chef visible de l’Église, si souvent le théâtre des plus brillants triomphes, de la gloire la plus éclatante, était destinée depuis des siècles à devenir la proie de ces hordes sauvages. Combien de statues de marbre et de bronze sculptées avec un talent admirable, combien de médailles d’empereurs, de rois et de papes rassemblées à force de soins, remontant à la plus haute antiquité et d’un travail exquis, furent détruits en un moment ! A ne parler que des objets pris et emportés, on évaluait la perte à deux millions d'or et le total des rançons imposées au même chiffre.

S*c«ilé6ks. — Aussi , ces Allemands venus à la suite de Georges Frundsbcrg, avec des habits en lambeaux et pâles de misère et de faim , on les vit tout à coup superbement parés de draps de brocart et de soie. Montés sur les mules des prélats, ils se promenaient insolemment par les rues et s'amusaient à contrefaire le pape et les cardinaux. A côté d’eux chevauchaient leurs femmes et leurs vivandières en robes taillées dans les chasubles pontificales, et grotesquement couvertes de joyaux enlevés aux saintes madones. Les draps d’or des ostensoirs avaient servi à vêtir leurs palefreniers et leurs goujats, qui les suivaient en belle livrée, comme des pages. Les somptueux palais des cardinaux, les pompeux appartements des papes, les basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul, la chapelle Sixtine et tous les autres lieux saints avaient été transformés en écuries. Ces enceintes, consacrées par tant de prières, ne retentissaient plus du chant des psaumes : aux saints cantiques avaient succédé les blasphèmes; à la musique harmonieuse qui faisait résonner naguère ces voûtes les jurements des retires et les hennissements des chevaux. Tous les autels étaient souillés, tous les crucifix criblés de balles, toutes les images des saints enterrées sous la litière et le fumier '.

La famine et la peste. — Cette tyrannie bestiale ne dura pas seulement quelques jours, mais des mois entiers; et, comme si elle n’eût pas suffi pour châtier la mal-

4. Areu» in ollrc tbt uni squidn Si Te.itK.hi (alto oirndo pri|toniero on pieiato ehe porlava in dilo on diauuote chc poicva valcre scudi ire o quattrocento... on eaporale di delta compagnia rnesso mano ad un afflla'o pugnale gli tagliu /I dlto e lo diede in mano al compagno chc cavalo l’anello gettogli il dilo taglLato in tiso. (Jacopo Bonaparte , Satco di

Hobw, p. 200.)

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