CHAPITRE XXIX
tcrvention do Colonna, ils furent transférés le 13, sous la garde de mille Espagnols. Lo reste de l’armée, pour échapper à la rage du fléau qui avait déjà moissonné les deux tiers des pillards, sortit de Home et alla prendre ses quartiers d’été à Terni, Nanti et Spolète. C'est ainsi que se passa l’automne. Toujours plus étroitement resserré au château Saint-Ange, où on l’avait reconduit avec ses treize cardinaux, le pape se décida enfin aux derniers sacrifices pour recouvrer la liberté : il aliéna ses droits ecclésiastiques sur le royaume de Naples, et parvint, en réunissant la plus grande partie de la somme exigée et en livrant comme otages cinq membres du sacré collège, à satisfaire les soldats et le prince d’Orange.
Soa évasion ne chatkau Saint-Ange. — Après sept mois de captivité, il devait élre libre le 9 décembre : mais se défiant de la parole des Espagnols et de la foi des rrltres, le G, à minuit, il mit en défaut la vigilance de ses geôliers et s'échappa. Couvert du grossier manteau (labarro) des campagnards, et portant un panier au bras, et sur le dos une hotte et des sacs vides, il dit aux sentinelles que le pape devant aller à Vilcrbe avec les cardinaux il prenait, lui, les devants pour préparer les logements sur la route. Trompés par ce déguisement, les Espagnols le prirent pour un aide du mailre d’hôtel et le laissèrent passer. Il gagna le jardin du Belvédère et sortit par une porte secrète pratiquée dans l’angle du mur. Louis de Gonzague, dont il venait de nommer cardinal le frère cadet, l’attendait dans les prés de Néron. Montant sur un geuet d’Espagne qu'il lui avait amené, et suivi d'un seul paysan, Clément VU traversa à la hâte Celano, le luis de liaccano, se rafraîchit en tremblant à Capranica, et ne respira qne lorsqu'il fut arrivé, par un chemin taillé dans le roc, à Orviéto, ville aussi forte que le château Saint-Ange.
Il coimoNN* Charles-Qbint. — Telle fut la fin du sac et de l’occupation de Rome. Deux mois après la fuite du |>ape , ceux des Impériaux que la peste avait épargnés partirent chargés de butin, laissant derrière eux vingt-sept mille des leurs morts ou malades. Ceux-là ne guérirent pas. Dès que le prince d'Orange eut pris la route de Naples, l’abbé de Farfa, Napoléon Orsini, accourut avec ses vassaux et les égorgea tous. Le ressentiment du pape , non moins vif d'abord , fut moins long. Deux ans ne s'étaient pas écoulés, que le déclin de la fortune des Français en Italie, le désir de se venger des Florentins, et l’amour de sa famille, qu’il voulait élever à tout prix, lui avaient fait oublier et ses longues angoisses, et l’humiliation du saint-siège, et les malheurs de Rome. Le 39 juin 1539, il signait la ligue de Barcelone, et le 33 février de l'année suivante, couronnait Charles-Quiut à Bologne : trois ans plus tard, il revint aux Français pour marier Catherine de Médicis, sa nièce, au dauphin. Ce fut son dernier revirement politique. Le 35 septembre 1531, Dieu le relira de ce monde : il avait un terrible compte à lui demander. Outre les Ilots de sang qu'il avait fait répandre à Florence, dans le seul but d’y écraser la liberté, et les cris de cette multitude de victimes qui portaient témoignage contre son ambition en lui reprochant le sac de Rome, Clément Vil avait contre lui la défection d'une autre nation catholique. Four plaire à l’Autriche, en effet, et
LUTHER
s'avancer dans la faveur de Charles-Quint à l’aide des moyens religieux , il avau négligé la vieille prudence du saint-siège , heurté sans ménagement un prince dont les passions violentes ne souffraient aucun frein, et jeté l'Angleterre, à la suite de Henri VIII, dans le camp de Luther.
Paul III succède a Clément VII. — Alexandre Farnèse lui succéda sous ie nom de Paul III, & la grande joie des Romains. Leur espoir ne fut pas trompé. Deux années d'une abondance extrordinaire , la paix et son bon gouvernement cicatrisèrent les blessures de la malheureuse cité : elle portait encore cependant les marques de la barbarie de ses vainqueurs, lorsque l'auteur de tous ses maux vint la visiter en 1536. Le clergé , ami facile du pouvoir , et la noblesse , l’actrice empressée de toutes ces pompes, attendaient Charles-Quint h la porte de Saint-Sébastien, et le conduisirent en triomphe à travers l'ancien Forum , dont on avait abattu deux cents maisons pour laisser libre passage à son cortège jusqu’il la basilique vaticane. Le pape l'y reçut, selon la coutume, sur les degrés que ses reltres avaient teints de sang, puis il le logea au Vatican , dans les anciens appartements d’Alexandre. Le peuple setd l’accueillit par un silence glacial ; aussi, trois jours après, Charles-Quint était sur la route de Sienne '.
Trois événements importants : l’excommunication lancée contre Henri VIII et la séparation definitive de l’Angleterre de l'Église romaine , l'établissement de l'ordre des Jésuites, approuvé en 1540 par une bulle spéciale, et la convocation du fameux concile de Trente, destiné à réformer les abus du catholicisme, marquèrent le pontificat de Paul 111. Scs contemporains ont blâmé avec amertume son népotisme. Il avait des neveux qu’il éleva aux premières dignités de l’Église, les établissant , dit un vieil auteur, avec des frais immenses, aux dépens du saint-siège, possesseurs de divers États. «Ce qui donna occasion aux hérétiques, qui multipliaient alors partout comme des mouches, de réfuter l’autorité du pape, et de se faire tout blancs de ce nouvel argument. > Cette faiblesse, que nous allons retrouver chez la plupart des papes, et qui nous semble excusable puisqu'elle fut souvent la seule joie de ces vieillards sur le bord du tombeau , n’empécha nullement Paul III de tenir d’une main ferme les clefs de saint Pierre. En même temps qu’il s'efforçait de rétablir la paix toujours troublée en Europe , il reprit la construction de la grande basilique, suspendue depuis seize ans. Il y en avait quarante que le nouveau monument était commencé. Les architectes se succédaient, critiquant et changeant sans cesse les plans de leurs prédécesseurs; mais bien qu’elle absorblit des sommes immenses, l’œuvre n’avançait point. On eût dit qu’elle attendait, pour s'élancer dans les airs, le génie de Michel-Ange.
Michel- Ange chabgé de la construction de Saint-Pierre. — Ce grand homme était à Florence lorsque le dernier architecte, San Gallo, mourut, en 1546.
1. Yi fù da cardinal), da vesrovi, e dagli altri prêtai! e dalla nobilU Romain eon trlonfal pompa rlecviito... nè it popoto molto lieto ae ne mœirava rieordandoti de! aaceo poetai anal iimanii paillo... (OKormo Pauvikio, êtlle rite df /' ntt (Ici , Paololtl, p. S7S.)