CHAPITRE XXIX
Paul III, dont il avait immortalisé le règne en peignant le Jugement dernier, qui lui prit huit ans de travail , se hâta de l’appeler à Rome et de le nommer à la place de Sun Gallo. Il avait bien choisi. En quinze jours Michel-Ange improvisa le plan du monument tel qu'il existe aujourd'hui. On était dans l'hiver, et par extraordinaire une couche épaisse de neige couvrait le sol. Durant tout ce temps Michel-Ange , taciturne et seul comme d’habitude , se promenait lentement dans le Colisée : après avoir passé de longues heures à contempler ces arcs magnifiques, il remontait la voie Sacrée et allait mesurer de l’oeil les voûtes de la basilique de Constantin; puis on le retrouvait devant le Panthéon, plongé dans une sombre méditation et aussi immobile que son David ou son Moïse. Les quinze jours écoulés, le grand artiste porta au Vatican le plan de Saint-Pierre, dans lequel, par un vigoureux effort de génie , il était parvenu à fondre l’imposant caractère et le grandiose des trois plus lieaux monuments de l’antiquité. Les dernières dix-sept années de sa vieillesse furent consacrées à ce travail immortel. Il en pressa les travaux si vivement, afin que son successeur ne pût y rien changer, que lorsqu’il manqua aux vivants, en 156-1, les voûtes étaient faites et le tambour de la coupole avec tous scs ornements achevés. Avant d’aller retrouver celui dont il s’élait efforcé de peindre ici-bas les merveilles, il fit exécuter par un Français , dont le nom est resté inconnu, le modèle de celte basilique grande comme sa gloire.
Tandis que Michel-Ange élevait Saint-Pierre, les papes se succédaient au Vatican : Jules III, qui ne s'occupa que de son délicieux jardin de la porte du Peuple, dont les ares de triomphe, les fontaines, les fabriques, les statues, firent longtemps l’admiration de Rome, remplaça Paul III et fut remplacé par Paul IV. Trop indulgent pour les Carafli, ses neveux , trop rigoureux aux Colonna, et trop enclin aux entreprises aventureuses, celui-ci, en déclarant la guerre â l’Espagne, attira le duc d’Albc sous les murs de Rome, qui fut sur le point de revoir les jours néfastes de 1527. Il avait rajeuni, dans l’ardeur de son zèle, le vieux pouvoir de l’Inquisition, qu’il appelait l’antidote de l’hérésie , et l’avait rendu si violent, que lorsque la mort l’emporta, en 1539, le peuple soulevé brisa la porte des prisons, où languissaient quatre cents victimes, saccagea le palais des inquisiteurs, situé à Ripcttn, brûla leurs informations, et, après avoir renversé la statue du pape au Capitole en traîna la tète dans toutes les rues
Pie V et Grégoire XIII rxtts. — Quand la justice du peuple eut passé, on vil paraître celle du pape. Pie V, qui était monté sur le trûnc pontifical comme un agneau, y déploya la vigueur du lion. A peine au Vatican, il fit arrêter et juger les cinq neveux de son prédécesseur, qui avaient commis toute sorte d’excès et de crimes pendant le règne de leur oncle. La procédure dura neuf mois. Le 3 mars 1360, la cour criminelle rendit sa sentence, et les bourreaux l’exécutèrent la nuit suivante en étranglant dans sa prison le cardinal Carlo Carafia , et décapitant ,
4. Qaindi passa quel torrenic In Campidaglio, dove restô alimita e mita la statua ercila ivl in uoor dcl ponirfirc c uc fu straonato il ca|to per la ciltt. (Mliutoui, Anna h d'Ilaha, I. x, p. 3Î3.)
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LUTHER
dans les cachols de Tordinona , le due de Paliano, le comte d’OIife et Léonard de Cardinc. Dans ce châtiment rigoureux mais juste, on crut, en 1564, voir les racines du complot formé par le neveu du cardinal Accolti contre la vie du pape. Ces racines plongeaient plus loin et touchaient au sol luthérien. Ni l'inquisition, ni la sociétéde Jésus, ni le concile de Trente, qui employa vingt-cinq sessions à élever autour de l’Église catholique un rempart d'orthodoxie, ni les efforts incessants des papes et leurs bons exemples, car les moeurs de la cour pontificale s'étalent épurées comme l'or dans la fournaise ardente de la réforme, rien n’arrêtait le progrès du protestantisme. Le Turc et Luther, voilà les deux grands fantômes de la papauté pendant toute la dernière moitié du iyi* siècle. Rome avait beau lutter avec constance , chercher â précipiter une seconde fois l’Europe sur l'Asie, armer les princes chrétiens contre Constantinople , cl porter à la réformation des coups terribles, Aroudj Ltarbcrous.se n’en infestait pas moins, sous Pie V, le3 côtes d’Italie, et quoique Grégoire XIII eût célébré, le 8 septembre 1572, par une procession solennelle, le massacre de la Saint-Barthélemi , les idées dn moine saxon ne marchaient pas avec moins de rapidité dans le sang et sur les cadavres. A l'anathème de Rome papale Elisabeth d'Angleterre répondait en élevant plus haut encore le drapeau de Luther. Les fds des reilres qui avaient pris et saccagé le Vatican promenaient ce drapeau en France , et la Hollande abandonnait l’Espagne et le saint-siège à ce mot d’ordrede l’esprit humain en révolte : Luther!