CHAPITRE XXX
SIXTE-QIJINT.
Le gardeur de puuréeuux (tel Grotte*. — Félix l'entui. — Le eanliiul Séoul’ Allô. — Courber de IMS. — Six fertion* el quxtorté rxndidals. — Souper du Vatiran. - l’asquinn. — Sixte-Quint. — La juslire du Pape. — Lee léles de taudil». — Lee délateurs. - EmMiixsrneuls de Route. — L'obétis<|ue de Vatlrea. — Craudi iraeaux puWies. — Palais de Laine, dr MonlMbiillo. du Valirau. — La roupole de Saial-Pierr*. — It uueiir ludclllile du Pape - La [(cor du Pape.— Les trois Jules. - Le cousent des Salnls-Apôtre». - Mort de Sitlé-Ouiul. - Le peuple brise sa statue. — Décret do Sénateur et des tonsereafeers du Capitole.
Pour guider la barque de saint Pierre sur l’orageuse mer du in* siècle, l’Église avait besoin plus que jamais d’un rameur vigoureux. Plus que jamais, en 1584, il fallait à la tète de Rome un homme énergique, car les brigands la tenaient à la gorge et n’y souffraient d’autre loi que la violence, d’autre gouvernement que celui du pistolet ou du couteau. Grégoire XIII , par sa bonté et sa faiblesse de caractère, avait encore laissé empirer le mal. Au milieu des périls du dehors et de l’affreux désordre où Rome était plongée , il ne s’était occupé, dans les cinq dernières années de sa vie, qu’à fonder le Collège anglais et celui des Jésuites (collegio Rotnano), à faire dessiner sur les murs de la grande galerie du Vatican les cartes des pays dont la papauté fut ou se crut souveraine, et à réformer le calendrier, d'après le plan de Luigi Lilio, médecin de Vérone. Lorsque, le 10 avril 1585, la mort renversa d’un souffle ce vieillard presque centenaire, il y avait donc urgence à le remplacer par un homme ferme : or, des quarante-deux cardinaux qui entrèrent le jour de Pâques au conclave, quarante et un voulaient , pour continuer & être les maîtres, un homme aussi débile de volonté et de vieillesse que le pape défunt.
La cARDBra de focrckaox. — Nul en ce moment ne semblait mieux réunir ces deux conditions que le cardinal Mont’ Alto. Tout Je monde le croyait octogénaire el il paraissait moribond. Ce cardinal était arrivé de loin à la seconde dignité de
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l'Eglise. Fils d'un pauvre paysan du village des Grades de Caste! di Fermo, A neuf ans il gardait encore les pourceaux. Fendant le carême de 1529, le hasard ou plutôt la Providence mit cet enfant sur le chemin d’un religieux de saint François, qui allait prêcher & Asculi. Le moine s’était égaré et cherchait un guide. Le jeune Félix Ferretli s’ofTrit avec empressement, et lui parla, en traversant les bois de la Marche, avec tant de vivacité et d’esprit naturel, que lorsqu'il reconnut sa route, le bon religieux éprouva du regret d'abandonner A sa misérable condition un enfant doué de dispositions si heureuses. Il voulait le renvoyer : mais, comme s’il eût lu dans son cœur, l’enfant marchait toujours sans faire semblant de l'entendre. Lui ayant alors demandé s'il avait envie de le suivre jusqu’A la ville, o Je vous suivrais, répondit Félix, jusqu'au bout du monde. » Le religieux réfléchit quelque temps, et, frappé de la fermeté du petit pAtre, il résolut de l’emmener, lui dit d’aller reconduire son troupeau chez son maître et de venir le rejoindre au couvent Saint-François d'Ascoli. Mais l’enfant , qui tremblait de le perdre de vue, lui répondit que ses bêtes avaient coutume de s'en retourner elles-mêmes A l'entrée de la nuit, et il continua son chemin. Ils arrivèrent ensemble sur la fin du jour au monastère des franciscains. Ce fut IA que le pâtre des Grottes fit ses études et prit l’habit de l’ordre sous le nom de frère Félix.
Pendant dix-huit ans , frère Félix travailla upiniAtrément A conquérir le grade de bachelier en théologie. Il y parvint en 1548, après avoir recueilli miette A miette toute la science scolastique et religieuse que renfermaient les couvents d’Ascoli, de Fermo. de Maeerata, de Recanati, d’Osmo, d'Ancône et d’I’rbin. C’était à cette époque un rude joûteur dans les disputes philosophiques. Les (tètes de Fermo, fiers des progrès de leur élève, s'empressèrent, pour s’en faire honneur, de le conduire au chapitre général de l'ordre, qui se tenait cette année-IA dans la ville d'Assisc. On mit le jeune Félix aux prises avec un vieux frère, premier lecteur de philosophie A Pérouse, qui avait blanchi dnns l’école et en connaissait toutes les subtilités; il le terrassa. Ce tournoi théologique avait été si brillant et le vainqueur y recueillit tant de gloire que le cardinal-président, protecteur de l'ordre de saint François le prit en affection et le fit nommer successivement régent de Maeerata, prédicateur A Sienne, A Cainerino et A Rome. Dans cette dernière ville, où, en 155â, son éloquence attirait la foule A l'église des Saints-Apôtres, il gagna l’estime et l'affection d'un commissaire du saint office, qui depuis devint pape sous le nom de Pie V. Grâce A cette liaison, il obtint, trois ans plus lard, le poste d’inquisiteur A Venise. Là, le zèle rigoureux qu'il déploya dans ses nouvelles fonctions augmenta l’attachement du commissaire de l'inquisition , devenu l'un des princes les plus influents de l’Église. Par son crédit, il s'éleva aux premières dignités dans la sombre et redoutable congrégation du saint-office, puis il fut fait procureur-général de son ordre, et enfin cardinal en 1570, avec le titre de Mont' Alto.
La cvanixAi. Moxt’ Alto. — Félix Perretti avait mis quarante et un ans A venir du bois des Grottes au sacré collège.’ Mont’ Alto en mit quinze pour passer du sacré