CHAPITRE XXX
« de Monl’AIlo que par une légère cloison, courage! nous sommes venus vous a annoncer une lionne nouvelle : nous voulons vous faire pape ! a
A ces mois, le viei lard fut pris d’un accès de toux si prolongé, que les cardinaux craignirent un moment qu'il ne rendit l'âme : recouvrant enfin la parole, il leur dit d’une voix mourante : que son règne serait de peu de jours, et, qu’outre la difficulté continuelle qu’il avait à respirer, il ne se sentait pas assez de force pour soutenir un si pesant fardeau; que son peu d’expérience des grandes affaires et son incapacité absolue lui interdisaient de se charger du gouvernement de l’Église. Les cardinaux lui ayant répondu que Dieu lui donnerait les lumières et la force dont il avait besoin, il leur déclara qu’il n'accepterait jamais le pontificat, dont il était indigne, s’ils ne lui promettaient auparavant de ne le point abandonner et de gouverner l’Église avec lui. # Eh bien, dit alors le cardinal de Mëdicis, nous vous aiderons. « — Si vous me faites pape, répondit Mont’Alto, c'est vous seuls que vous placez « sur le saint-siège : je ne veux du pontificat que l’honneur et la tiare. J’aurai le a nom de pape, mais vous en aurez le pouvoir ' . a
Le cardinal Mont' Alto élu pape. — Les cardinaux , qui ne demandaient pas mieux, sortirent ravis de cette abnégation. Croyant ne travailler que pour eux, ils redoublèrent d'ardeur, et manœuvrèrent avec tant d'habileté et de zèle, que les chefs des deux autres factions, les cardinaux Altemps et de Saint-Sixte se rangèrent de leur côté. Dès lors, ils se décidèrent à brusquer l’élection. Le mercredi 24 avril 1585, avant de passer au scrutin dans la chapelle Pauline, d'Este fit un signe de tête au cardinal Alessandrino, qui était placé vis-à-vis de lui. Celui-ci, qui le comprit, se leva et æ tint quelques minutes courbé sur sa table, comme s’il écrivait son suffrage, mais ce n’était qu’une ruse pour donner le temps au cardinal de Saint- Sixte, qu'il avait fait avertir, d'aller l'attendre hors de la chapelle. Là, il lui dit nettement que l'heure du vole était venue et que la majorité était résolue à élire sur-le-champ Mont’ Alto avec lui ou sans lui. Posée ainsi , la question fut résolue dans l’esprit de l'ambitieux cardinal à l’instant même. Ne voulant pas compromettre le prix de son concours, il se met à la tête de ses douze amis et rentre brusquement dans la chapelle. Ce mouvement lit changer de visage à plusieurs cardinaux. Sitôt que les absents eurent repris leurs places, on proposa d’ouvrir le scrutin, mais le cardinal de Saint-Sixte, soit par impatience, soit par l'envie d'avoir la plus grande part en cette affaire, prit par la main le cardinal Alessandrino et alla saluer avec lui et embrasser Mont'Alto, en criant : un pape! un pape! 1
La grande majorité des cardinaux ayant suivi leur exemple et s’étant rangée en répétant leur acclamation du côté de Mont-Alto, le cardinal-doyen procéda à l’opération du scrutin qui donna le même résultat. Pendant toute cette scène, l'homme
t. A ebi net conclave gli parlera Sel papato, cragerara la au InabiltU e qnantlo pore per mlracoto cift arreniase, gll srappava dettn di non potrr se nia buuni coadjotori portare quel peso... (Muratori, Annali d’Iiaha, U s. p. 401.)
2. Kntrall in eapella si propone lo serolinio, tt a san Sislo impatiente andô a levarc Alessandrino del suo laogo ed InMi'nn- jndarono poi tutti a Ile? ri ad ad<rarc cd abbracciare Muntalto grldando ad alu voce Papa! Papal... (Giegorio larll. Vitë di Sulo V, 1. 1. p. 317.)
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SIXTE-QUINT. 5^9
qu’elle devait le plus émouvoir n était pas sorti en apparence do son insensibilité. Immobile sur son siège et comme étranger à la vive agitation de ses collègues, il écoulait, la tête penchée sur sa poitrine et les yeux fermés, la lecture des bulletins. Pendant le dépouillement et le recensement du vote , l’œil le plus exercé n’eùl pu surprendre un signe d’émotion sur son visage, mais lorsqn’après avoir tiré le dernier suffrage du calice d'or, le doyen déclara que l’élection était confirmée par le scrutin, tous les cardinaux se crurent le jouet d’un songe en voyant la transformation subite du cardinal Mont'Alto. Le vieillard débile s’était redressé, le moribond avait la vigueur d’un jeune homme. Jetant au milieu de la salle le bâton sur lequel il s’était courbé si longtemps, il quitta son siège, marcha vers l'autel d un pied ferme, et entonna le Te Deum d’une voix si forte et si éclatante, que toute la voûte de la chapelle en retentit
h prend lb nom DK Sixte-Quint. — Les cardinaux étaient pétrifiés de surprise. L’un de ses plus chauds parüsans, qui le voyait pendant la cérémonie de l’habillement étendre et ramener ses bras avec une élasticité et une force mervilleuses, et qui ne comprenait rien à une telle métamorphose, ne put s’empêcher de lui dire ; « Il parait, très-saint Père que le pontificat est un remède souverain» puisqu’il rend jeunesse et santé aux cardinaux vieux et malades, d — a J’en suis convaincu , répondit sèchement Mont’Alto , par l’expérience que je viens d’en faire. » On annonça ensuite au peuple, avec le cérémonial ordinaire, que l'Église avait pour chef le cardinal Mont’Alto, sous le nom de Sixte-Quint , et le même jour, à la quinzième heure, il fut porté sur la chaise ( geslatoria) dans la basilique de Saint-Pierre, et reçu à 1 entrée par les chanoines, qui l'attendaient en chantant l’antienne : Ecce sacerdos magnus, voici le grand prêtre î — Il donnait la bénédiction en sortant du conclave avec tant de vivacité que le peuple, accouru en foule, ne le reconnut pas. Est-ce lit, disait-on de toutes parts, ce cardinal Mont'Alto que nous avons vu tant de fois tomber de faiblesse dans les rues?... Mais non, il chancelait à chaque pas, il avait la tête toujours penchée sur une épaule : non, non, ce n’est pas là Mont’Alto!
Stupéfait de l’agilité avec laquelle il montait à cheval pour retourner au Vatican, un des chefs des factions du conclave lui dit en regardant ses amis : a Votre Sain-
l. Intonando egli medesimo il Te Deum eon tma voce cosl sonore ed Mita che il ri boni ho eaminava per tutu la sala
(Gregorio Leti, 1. 1, p. 403 )
App«-na cbiariii I toii e r onfennata l’elexlone sua giuO via il Imstoncello, so etd sa’ppoggbva e si alxd rilto. (Muralori, Annali d'Ualia, I. r, p. 401. )
Il y a aujourd'hui une èrole qui pour meure la m ajestt dans l'histoire en culot b tons moments la vérité. Léopold Ranke ( Histoire de la Papauté pendant le* xvi« et xvit* siècle* ) n’admet pas ces faits; et, comme il u't rien à opposer aux hommes graves on aux contemporains qui noos les ont transmis, voici comment il détroit une vérité eotiQnuce par le témoignage de trois siècles : • Tout homme qui regarde sérieusement au fond des choses juge d'avance combien sont • fausses et ridicules ces imputation*. Ce n'est pomt par de semblable* moyen» que s'acquièrent le* k'.ntes dignité*. •
{ Tome n de l'ouvrage précite, p. 262.) On pourrait ajouter que ce n'est point par de semblables raisons que l’école historique d’Allemagne convaincra les Lrtcurs serieux. M. Itanke a‘a pas ose citer, et il a bien fait, l’ouvrage qui lui a inspire «es doutes. C’est une histoire manuscrite attribuée h tort au père MalTei, comme mou-eigneur le cardinal Mal nous a fait l'honneur de nous le dire dernièrement. Ranke, du reste, se réfute vertement lii-méme quelques pages plus loin : S'élever, dit-il (L n. p. 345). obttnlr de l'avancement, dépendait des faveurs personnelles : dans celle mobilité excessive de toute influence individuelle l'ambition calculatrice detail prendre une forme particulière et satire de» routes sautent Irèt-tingnlUreo.