‹ Rome ancienne et moderneChapitre 373 sur 428 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

voie Prénestinc, depuis le champ Culonna jusqu’à ce réservoir par un canal de vingtdeux milles de long, et il a voulu qu’elle s'appelât comme il s’appelait avant d’étre pape. a

Continuant ensuite , au point de vue chrétien , son oeuvre de restauration des monuments du paganisme, il fit mettre la statue de bronze de saiut Pierre sur la colonne Trajane , et celle de saint Paul sur la colonne Antonine. La vérité historique et la justice qu’on doit aux morts semblent , il faut le reconnaître , souffrir de cet anachronisme. Toutefois, ces places triomphales conviennent aux chefs des apôtres, les pères et les rois immortels de Rome moderne , et comme trophées de la victoire de l’idée nouvelle sur l’idée vieille , et comme témoignage du succès réservé aux faibles qui ont raison, dans leur lutte contre des puissants qui ont tort, il est beau de voir sur le socle d’airain des deux grands Césars le pauvre pécheur de Césarée et le tailleur de cuir de Tarse.

Parles soins du pape, dont l’activité dévorante allait toujours croissant, les deux chevaux et les colosses do marbre attribués, par erreur, à Praxitèle et à Phidias, furent restaurés et posés sur un autre piédestal ; puis, donnant toujours l’essor à ses vastes projets, Sixte-Quint montra ce que peut, même sur le trône papal, une volonté forte. Presque nu même instant Rome se trouva envahie par une armée d'ouvriers , livrée au marteau , et couverte de démolitions et de pierres. Moins de quatre ans après, des palais magnifiques s’élevaient sur les places de Latran et de Monte Cavallo. La belle chapelle de la Crèche et le tombeau de Pic V décoraient Sainte-Marie-Majeure : on achevait la loge ou galerie peinte de Saint-Jean, d’où le pape donne la bénédiction ; l’Échelle sainte était placée sous un portique d’une noble architecture ; de larges rues partaient de Saintc-Maric-Majcure et de Saintc- Croix-dc-Jérusalem, et, rattachant ces basiliques à la Trinité du Mont , à la porte Pia , au palais de Venise, rayonnaient dans la vieille ville, y répandant à Ilots l’air et la lumière. L’on voyait en même temps la bibliothèque du Vatican terminée , et le Vatican lui-même agrandi de façon à former le plus spacieux palais du monde.

Après avoir fait tout cela et rebâti trois églises , Sixte-Quint résolut d’achever Saint-Pierre. Les travaux du merveilleux édifice avaient langui depuis ht mort de Michel-Ange : Pic V destitua Ligorio, successeur de ce grand homme, qui s’efforcait d'altérer son plan : Vignolc se borna jusqu’à sa mort, arrivée en 1573, à revêtir de travertin l'extérieur de la basilique, en suivant fidèlement les dessins du Buonarotli. Giacomo délia Porta , choisi par Grégoire XIII, commença par la chapelle grégorienne à orner l’intérieur. Tout le corps du temple, tel que l’avait conçu Michel-Ange, était donc terminé en 1588, et depuis vingt-quatre ans, le tambour de la coupole attendait la voûte qu’il devait porter. Mais là était le mauvais pas. Devant ce travail d’IIercule, architectes et papes reculaient à Terni. Sixte, qui aimait l’impossible, adjoignit à Giacomo delta Porta Fontana, son architecte favori, et voulut que ce dôme , qui avait effrayé tous scs prédécesseurs, fût enfin jeté dans les airs.

SIXTE-QUINT

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Avant de placer le cintre, où il n’cntra pas moins de onze cents poutres, dont cent avaient cinq pieds de diamètre, les deux artistes tracèrent le dessin complet de la coupole, avec toutes ses proportions, dans la vaste basilique de Saint-Paul; puis ils se mirent à l’œuvre. Commencé le 15 juillet 1388, et poussé jour et nuit par six cents ouvriers qui avaient derrière eux le pape Sixte, en vingt-deux mois le dôme fut fini. Le 14 mai 1590, on en plaça la dernière pierre bénie par le pontife, au bruit de l'artillerie du château Saint-Ange. On avait employé cinq cent mille livres pesant de cordages pour élever les matériaux , trente milliers de fer pour lier la coupole qui est double et serrer l'intérieur par deux cercles, un million de livres de plomb pour le revêtement extérieur , et dépensé pour les seuls voûtes deux cent mille écus d’or'.

La construction de ces édifices n'empéchait pas Sixte de remplir fièrement le grand devoir au dehors comme au dedans. Au dehors il excommuniait Henri 111 et le roi de Navarre, agitait les cantons catholiques en Suisse, donnait les deux mains pleines d’indulgences et d’ur à la Ligue en France, bravait l’Espagne, essayait de faire nn roi en Pologne, savait intervenir en Allemagne, et, sentant bien que la papauté et la royauté sont solidaires, il se rangeait du côté des couronnes pour mieux lutter contre le protestantisme, et préparait par son habile politique l’abjuration ('c Henri IV. Au dedans il maintenait par des exemples rigoureux i’inllcxibilité et la terreur de son gouvernement. Un jour qu'il revenait de voir les tôles du pont Saint-Ange, il aperçut le bargello, ou chef des sbires de la campagne, se promenant tranquillement dans les rues. Il ordonna aussitôt qu’on le fit venir devant lui. Ce malheureux, qui avait pris la fuite en reconnaissant le pape, sentit le sang se glacer dans ses veines lorsqu'il s’entendit demander deux fois par Sixte, d’une voix terrible, qui il était... A peine eut-il la force de balbutier son nom en tremblant... a F.h quoi, misérable 1 lui répondit Sixte de ce ton qui faisait frémir les plus intrépides; tu as l'audace de mentir devant le pape? Comment est-il possible que tu sois le bargello de la campagne, puisque tu te promènes ainsi par la ville? » Il l'envoya ensuite en prison. Les assistants ne prisaient pas sa vie un quatrino, il la lui laissa cependant, mais à condition que dans huit jours il lui apporterait six têtes de bandits. Le bargello avait été si effrayé qu’avant l'expiration du terme il en apporta sept.

Rigueur isplexible du pape. — La sévérité était nécessaire pour réprimer le libertinage et le scandale qui s’étaient introduits sous le pontificat de Grégoire XIII, trop indulgent pour l’insolence de la noblesse et de la jeunesse romaine. Mais il poussa cette sévérité à l’excès. Sous le précédent pape, aucune femme honnête n’osait paraître dans les rues, de peur d’y être insultée. Sixte voulut que ces filles dont on ne sauvait l'honneur qu’en les cachant, y marchassent avec autant de sécurité à toute heure qu’une religieuse dans son couvent; et voici comment il s’y prit. La

1. Mémoira Je Trèteux , pour servir S l’Histoire des sciences et des beaux-arts, octobre 1760, p. asia.

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