‹ Rome ancienne et moderneChapitre 380 sur 428 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

outrages de l'inceste, Beatrix Cenci au désespoir ne put sauver son honneur de cet épouvantable opprobre qu'en laissant luer son père. Malgré l'éloquent plaidoyer de Farinaccio , le Cicéron du xvi* siècle, et les supplications de Rome entière, Clément VIII, qui n'ignorait aucun des crimes de Cenci, à la vérité l'un des nobles les plus riches de Rome, pour venger le légitime assassinat de ce misérable, livra trois victimes au bourreau. Le H septembre 1599 un échafaud fut dressé au milieu de la place du Pont, Béatrix et sa belle-mère eurent la tète tranchée : leur sang rejaillit sur le plus jeune fils de Cenci, enfant de quinze ans, reconnu innocent, mais qu'on avait traîné là pour l'exemple; quant au frère aîné, l’exécuteur l'assomma entre les deux cadavres avec une masse de plomb; c'est ainsi que les Aldobrandini protégeaient l'honneur des jeunes Romaines et la sainteté du toit paternel ' .

Las Borgbèsk. — Après ce jugement qui fait tache sur sa mémoire et la célébration du jubilé de 1600, Clément VIH descendit au tombeau , et les cinq neveux qu'il avait comblés d'honneurs l'y suivirent à la fin d'avril 1605. Un troisième Médicis le remplaça sur la chaire pontificale ; mais au bout de vingt-cinq jours il la laissait à Paul V. Celui-ci, qui était un Borghèse, y fit monter à ses côtés toute sa famille. Son neveu, selon l’usage, devint premier ministre sous le nom de cardinal-patron (padrone), et ses frères prirent les clefs du trésor ecclésiastique. Pendant seize ans, tous les Borghèse y puisèrent à pleines mains. Mais on leur doit cette justice, qu’ils rendirent noblement à Rome ce qu'ils prenaient à l’Église. L’ère monumentale de Sixte-Quint recommença avec éclat. Dans les seuls fondements du palais qui porte son nom, le cardinal Scipione jeta deux cent mille ducats : il fallut niveler une partie de l'ancien Champ-de-Mars , aplanir des collines et faire disparaître une multitude de maisons. La villa Borghèse s’élevait pour lui en même temps que le palais, et tandis que ses oncles édifiaient celle de Frascati, le pape Paul surpassait , par la magnificence et le nombre de ses constructions , son neveu et ses frères.

A l'imitation de Sixte-Quint, il ramena d'abord sur le Janicule l’eau Paola, dont les cinq nappes jaillissantes vont alimenter neuf fontaines. Cette eau Paola ou Pauline est l’ancienne eau Trajane ; mais depuis des siècles elle avait cessé de couler. Paul V fit restaurer l'aqueduc et le monument où elle s’épanche par Giovani Fontana et Carie Maderno. Ce travail utile coûta quatre cent mille acudi. Au palais apostolique du Quirinal il ajouta diverses fabriques, et à la basilique de Sainte- Marie-Majeure la chapelle Borghèse. Mêlant comme Sixte le sacré au profane, il eideva une superbe colonne de marbre de Paros, cannelée , de cinquante-huit pieds de haut, qui restait encore dans la basilique de Constantin, et la fit transporter sur la place de Sainte-Maric-Majcure, où elle servit de piédestal à une statue en bronze de la Vierge. Heureuse Rome, si la fureur d’édifier ne l'eût pas entraîné plus loin !

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