CHAPITRE XXXI
que c’est pour rendre compte du dernier ouvrage que j’ai publié ; car le père inquisiteur a donné l’ordre à mon libraire d'en envoyer un exemplaire au saint office, a Le commissaire alors lui demanda quel était ce livre.
Il est sus a la torture. — < C’est un ouvrage, répondit-il , en forme de dialogue, qui traite de la constitution du monde, c'est-à-dire des deux grands systèmes de l'ordre du ciel et des éléments. » On lui montra un livre qui était sur la table; il le reconnut, et soutint qu'il n'avait jamais approuvé l'opinion de Copernic ni cru à la mobilité de la terre ’ . Il prétendit même que son ouvrage avait pour but de démontrer le contraire. Jugeant, à cette déclaration , que la torture seule lui arracherait l’aveu qu'exigeait le fiscal, on l'y appliqua3. Détaché de l'instrument du supplice, qui avait disloqué les membres du vieillard septuagénaire, il fut pendant dix-huit jours en proie aux plus vives douleurs. Là, seul, mis au secret le plus rigoureux et entouré d'hommes qui , selon l'expression de Nicolini, ne parlaient ni ne répondaient (non parlano e non rixpondono) , il n’eut qu’une consolation, la lettre suivante, écrite par sa fille, Maric-Céleste , religieuse au couvent de San- Matteo d'Arcelri :
o J’apprends par le seigneur Père , lui disait cette fille chérie , que vous êtes enfermé dans les chambres du saint office, ce qui me fait un vif chagrin, dans la crainte que vous ne vous y trouviez mal de corps et d'esprit. D’un autre côté , considérant la nécessité d’en venir à cette conclusion, la bénignité avec laquelle il a été procédé jusqu’ici contre vous , et par-dessus tout la justice de votre cause et votre innocence, je me console et conçois l’espérance d'un prompt et heureux succès, avec l’aide de Dieu toujours béni , vers lequel mon cœur s’élève sans cesse pour vous recommander ardemment.
« Ce qui importe le plus maintenant, c'est que vous ayez bon courage, ne songeant qu’à ne pas nuire à votre santé par trop d'inquiétudes, et à placer tout votre espoir en Dieu , père plein de tendresse , dont on n'est jamais abandonné. Trèscher seigneur père, j’ai voulu vous écrire en ce moment pour que vous sachiez, si mon angoisse pouvait en alléger le poids, que je partage toutes vos peines. Personne ne sait que je vous écris , car je veux que ces amertumes soient pour moi seule. Nous attendons tous votre retour avec la plus grande impatience. Qu’il me tarde d entendre votre voix ! et qui sait! peut-être à l'heure où je trace ces lignes, Votre
*• t® 11011 a® to® Uetïo llbro ne tennla né di Sera l'oplulonc délia mohllli délia lerra c délia Habilita del sede anal sel ibro io mostro II eomrarlo di délia opintone e cbe le ragioni del Copeenieo sono Invalide e non eoncindenll. ( Artbives secrètes du Yatiean . proses ns. de Galilée, pièce v> 75. J
». Quelques écrivains modernes ont nid et certains antres ont douté qnc Galilée ail subi la torlore. Afin de poevoir eonlesler ce fait de nos jours el de prêter la doncenr de l'agnesu ans bomntes qui venaient de briller Giordano tlrono vivant el l'archetèque de Spalalro mort, les partisans du sainl olfiee ont retiré des plèrr* dn procès celles qoi contenaient la relation de la torture : beorcusement ponr la vérité on ne saurai! penser b lont. En enlevant ees pièces les partisans du saint olfiee ne s'aperçurent pas qu’elles partent tontes un numéro d'ordre et que la lacune laissée par celles qu'on a soustrailes constitue une présomption ri'aolant plos grave qu'elle vient d*èlre ofüclellemeot établie dans |J publication de muiisiguor Manno Marini, peefel des archives secrètes da saint-siège ICtliltc s /'/««iiia/one mtmnc Heritt-trUicit, ISWI. ’
LE SAINT OFFICE
Seigneurie n'est plus en souci? Plaise à Dieu qu’il en soit ainsi ! C'est avec lui que je vous laisse, afin qu’il vous console •
Trois ou quatre jours après avoir reçu cette lettre, Galilée quitta son lit de douleur pour comparaître de nouveau devant ses juges. L'examen rigoureux avait produit l’effet désiré, et le grand homme cette fois répondit catholiquement. Il désavoua tous ses écrits, promit de les réfuter publiquement, et demanda grâce nu saint tribunal avec cette humilité que les justiciables de l'inquisition ne puisaient que dans les supplices 2. Le lendemain, t" mai, attendu la gravité de son état , on le fit porter à la nuit au palais de l'ambassadeur de Toscane, mais avec ordre de ne le laisser communiquer avec personne du dehors. Rappelé le 1 1 devant le saint office, il y subit un nouvel interrogatoire dans lequel se dévoila pour la première fois l'un des motifs secrets du procès. Avant d’imprimer ce dialogue sur les deux systèmes de Ptolémée et de Copernic, où l'on prétendit qu'il avait introduit Urbain Vlll sous le nom de Simplice, Galilée soumit le manuscrit au pape lui-même, qui changea quelques mots du titre de sa propre main , et le fit examiner par le maître du sacré palais. Celui-ci l'ayant lu, et n'y comprenant rien probablement, délivra l'approbation. Or, il existait une de ces haines irréconciliables de couvent (odio fratino) entre le père Fiorenzuola, commissaire général du saint office, et le père Mostro, maître du sacré palais. Fiorenzuola n'interrogea donc Galilée le 11 mai que sur l'approbation du Dialogue , et d'après ses réponses il s'empressa d'inculper son ennemi. Cité à l'instant, le père Mostro déclara qu'il avait reçu l’ordre d'approuver le livre de la bouche même de Sa Sainteté. Trouvant le pape derrière le père Mostro, l’inquisition s'en prit au pape, qui nia avec emportement. Mostro invoqua le témoignage de Ciampoli, secrétaire apostolique. Urbain ne voulut pas qu'on l'entendit. Alors, poussé à bout, le maître du palais exhiba l’ordre écrit, que dans sa prudence monastique il avait tenu en réserve. Voyant qu'il ne pouvait frapper son eunemi par-dessus la tête de Galilée, Fiorenzuola s'adoucil un peu et donna huit jours A l'accusé pour préparer sa défense *.
Amende honorable de Galilée. — Enfin, le 21 juin, les officiers de l'inquisition lui firent subir le dernier interrogatoire. 11 s’agissait de savoir depuis combien de temps il professait l’opinion de Copernic. Galilée répondit que bien avant 161(1 il flottait incertain entre les deux systèmes astronomiques, les étudiant l’un et l'autre avec indifférence et par pure curiosité; mais qu’à partir du décret de l’index, s’inclinant devant la sagesse de ses supérieurs, il n’hésita plus, et tint pour seule vraie et indubitable l'opinion de Ptolémée, c’est-à-dire la stabilité de la terre et la mobilité du soleil. Satisfaits cette fois, les officiers de la sainte congrégation remirent
4. Cas! ptarcia al Signore il qoaie sla quello die to consuli e cou U quale lo lascio... ( Lettres autographe* de Cahlèe, pari, i, t. iv. }
8. Io promedo di riplgliare glt argonienii gft recaii a favori* délia délia oplnione fa Isa e dannala e confutarli... K<*go d inique qoesio sanio tribunale che voglia concorm lueto lo quesia buona reioluiione e concéderai facolii di poierla metiere in effeito el Uerum te tuhtcnpsil. ( Pièce 73 dn procès déposé aujourd’hui au Vatican. Ce précieux manuscrit éiait en France, où Napoléon le fil porter en 4»n», arec lotîtes les archives de l'inquisition. Il a été rendu il y a trois ans.
t. Kelaikme iulorno alla procossura coniro Galileo di Giov Francesco Boonareici.