CHAPITRE XXXII
inaltrndue de l’exaltation de son parent Fabio Ctiigi. Sans même attendre qu’on lui eût fait un costume convenable, don Mario, frère aîné du pape, se jette sur un cheval et pique des deux vers Rome. Il bâtissait des châteaux en l’air si magnifiques qu'il ressemblait à un homme en extase. Malheureusement pour lui, à quelques lieues de Sienne, un courrier de son frère chassa tous ses rêves d’un mot. « Gardez-vous de bouger de votre maison jusqu’à nouvel ordre. » Voilà ce que le pape écrivait à don Mario. Celui-ci retourna donc sur scs pas si triste et si confus qu’il n'osa rentrer à Sienne que de nuit. C’étaient de beaux commencements, mais la suite n’y répondit guère. Entraîné, comme tous ses prédécesseurs, par cet attrait si doux des affections de famille, Alexandre Vil se relâcha bientôt de sa rigueur, lin casuiste complaisant l'assura qu’il ne violerait pas sou serment s’il recevait ses parents hors de Rome. Il se laissa persuader, les reçut à Castel- Gandolfo, et les ramena bientôt avec lui comme en triomphe au Vatican.
Las Chici. — Ils étaient six qui accoururent avec empressement à la curée ponlilicalc : don Mario et Flavio, son fils aîné; don Agostino et don Sigismondo, fils d’un second frère d’Alexandre, et deux autres neveux en ligne féminine des Richi. Mario fut créé préfet de Rome, gouverneur, gonfalonier et généralissime du saint-siège ; le jeune Flavio eut la pourpre et le poste de cardinal-patron; Agostino, créé prince de Farnèse, l’emporta sur l’héritier des Colonna, son rival, et obtint la main de la princesse Uorghèse, le plus riche parti de Rome ; trois abbayes consolèrent Sigismondo, et des deux frères Richi l’un devint coup sur coup évêque d'Osmo et cardinal, et l'autre chevalier de Malte et général des galères. Il n’en fallait pas davantage pour réveiller Pasquin. Faisant allusion aux armoiries des Chigi, deux montagnes, deux arbres et deux étoiles, il disait que la montagne était le calvaire sur lequel on déshonorait et l’on dépouillait Rome, l’arbre la croix du mauvais larron, et l'étoile une comète qui prédisait la ruine de la ville, i laquelle il fallait s'attendre avec d’autant plus de certitude que sous trois Alexandre Rome avait été prise et saccagée par l'ennemi.
Aussi vivement hostiles à la famille Chigi que Pasquin , les écrivains du temps ne flattaient pas don Mario, a II était, disent-ils, fort petit, gras, ignorant, avare, et ne songeait qu'à entasser l’or dans ses coffres, sans se soucier des gémissements du peuple qui allait criant mille fois plus contre lui qu’il n’avait jamais fait contre Taddèo ou contre Olympia elle-même. Il avait inventé des moyens si ingénieux pour tirer de l’argent de tous les offices qu’il faisait regretter les Barberini euxmêmes’. Il eût été odieux à tout le monde, si l’esprit et les grâces de dona Bérénice, sa femme, n’eussent voilé et racheté une partie de ses défauts. Tel était l'homme qui gouvernait arbitrairement la capitale de l’Église, et qui, en 166u, osa de dessein prémédité traiter insolemment la France. Le pape, lorsqu'il s’appelait encore Fabio Chigi, avait eu à se plaindre de son compatriote Mazarin. Exclu par