‹ Rome ancienne et moderneChapitre 392 sur 428 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

ordre de ne jamais tirer, le capitaine des gardes de l'ambassadeur cl tuèrent un de ses laquais. L'ambassadrice revenait des églises pendant cette fusillade. En arrivant devant Saint-Charles des Catinari, on arrêta son carrosse. Méprisant l'injonction des Corses , le cocher essayait d’avancer : aux premiers pas des chevaux , ces furieux, mettant un genou en terre, criblèrent le carrosse de balles et renversèrent raide mort un page de l’ambassadrice. La duchesse épouvantée rebroussa chemin et alla se réfugier chez le cardinal d'Este. Ce cardinal, homme de cœur, lui montra sur-le-champ qu’il ne craignait pas les balles. Se faisant porter dans une chaise découverte en avant du carrosse de l’ambassadrice et escorté de tous ses gens et de ceux que le duc avait envoyés A sa rencontre, il la ramena au palais Famèse, à la lueur de trois cents épées et d'une centaine de flambeaux1.

Us A«»Ass»Dica ns Lotus XTV. — Les ambassadeurs des diverses puissances avec l'ancienne reine de Suède, Christine, tombée par une abjuration et une abdication du Irène de Gustave-Adolphe au dernier rang de la cour du pape, tentèrent le lendemain de prévenir les suites de cette affaire , en assurant le représentant de la France que l'insulte n'avait point été préméditée et qu'on lui en donnerait toute sorte de satisfaction. Mais don Mario, triomphant, ne l’entendait pas ainsi. Tandis que le cardinal -patron et le pape proposaient des réparations dérisoires, il bloquait avec ses Corses la place Famèse , défendait aux marchands de vendre aux Français et réduisait à un certain nombre de rations de pain et de viande la consommation journalière de la maison de l’ambassadeur. Ce duc si altier dans les mémoires du xvu* siècle , et qui emportait les choses de haute lutte , supporta neuf jours ces avanies. Le 1" septembre enfin il se détermina à sortir d'une ville où il ne pouvait plus rester avec honneur, et se relira en Toscane. Les ministres français montrèrent alors une grande modération. On fit reconduire le nonce du pape aux frontières de France, mais il fallut deux ans de négociations pour tirer vengeance d’une insulte qui n'avait coûté que deux jours de préméditation aux Chigi. Il est vrai que le népotisme ne perdit rien pour avoir attendu. Les parents d’Alexandre VII payèrent avec usure l’intérêt de leur insolence et de leur orgueil dans le traité de Pise. Ce traité, signé le 12 février 1664, outre plusieurs autres concessions d'un intérêt purement politique, renfermait les conditions suivantes :

Amende honorable de la coca papale. — M. le cardinal Chigi ira, en qualité de légat , en France , et dans la première audience qu’il aura de Sa Majesté , il lui dira en propres termes : « Sire, Sa Sainteté a ressenti avec une très-grande douleur les malheureux accidents qui sont arrivés, et les sujets de mécontentement que Votre Majesté en a eus lui ont causé le plus sensible déplaisir qu’elle fût capable de recevoir, l’assurant que ce n'a jamais été l’intention de Sa Sainteté que Votre Majesté fût offensée dans la personne du duc de Créquy , son ambassadeur, sadite

4. L'abbclleguter Détourai», Uittaire det dimiUs de la Cour de Frénce arec la Cour de Hme, p. 46.

LE NEPOTISME'ET LES JÉSUITES

Sainteté désirant qu'à l'avenir règne la bonne et sincère concorde qui a toujours été de part et d’autre. En mon particulier, j'atteste & Votre Majesté , avec le plus profond respect qui m'est possible , la joie que j'éprouve de me voir celte entrée ouverte pour faire connaître à Votre Majesté les plus soumises et sincères preuves de mon obéissance. Si ma famille et moi avions eu la moindre part à des attentats que nous n'avons appris qu'avec la plus amère douleur, nous nous jugerions nous-métnes indignes d'en demander pardon à Votre Majesté, laquelle nous avons toujours eue en vénération singulière et parfaite dévotion. ■>

Le seigneur don Mario déclarera par écrit , en foi de cavalier, qu'il n’a eu aucune part à (out ce qui s’est passé le 20 août à Rome , et sa déclaration sera confirmée par un bref formel de Sa Sainteté; il sortira en outre de Rome, et n'y rentrera que lorsque le cardinal Chigi aura présenté des excuses à Sa Majesté , au nom de toute sa maison.

Le seigneur don Agostiuo ira au-devant de l’ambassadeur jusqu'à San Quirico, s'il vient par terre, ou jusqu'à Civita Vecchia, s'il revient par mer, et lui témoignera le déplaisir de Sa Sainteté touchant l’affaire du 20 août.

La signoradona Bérénice, semblablement le jour que madame l’ambassadrice arrivera à Rome, ira au-devant d'elle jusqu'à Ponte Molle, pour lui témoigner l'extrême déplaisir qu'a fait à toute sa maison l'accident du 20 août, et la joie qu’elle ressent du retour de Son Excellence.

Toute la nation corse sera déclarée incapable à jamais de servir, non-seulement dans Rome , mais encore dans les États ecclésiastiques.

Le bargcllo sera destitué et banni.

Il sera élevé une pyramide vis-à-vis l’ancien corps-de-garde des Corses avec une inscription qui contiendra en substance le décret rendu contre cette nation.

Toutes ces conditions furent exécutées à la lettre. Le cardinal Flavio Chigi vint humblement répéter mot à mot à Versailles le formulaire d’excuses arrêté à Pise , le 1H avril 1664; le superbe Mario attesta, foi de cavalier, qu'il n'avait pas eu la moindre part à l’attentat du 20 août, et qu'il aurait cru faire une action détestable s’il en avait conçu même la pensée. Le pape enregistra solennellement dans une bulle cet acte de contrition , et une pyramide fut élevée devant l’ancien corps de garde des Corses , qui portait cette inscription entre son sommet et sa base :

En exécration de l'abominable alternai Commis contre l'exccllentissiiue Doe de Créquy,

Orateur du llol uès-ehrétiea ,

Par U milice Corse,

Le XIII des kalendes de septembre, an MDCLX1I,

La nation Corse est déclarée inhabile et incapable De servir le Siège apostolique.

Par décret

Et de l'ordre de notre seigneur très-saint, Alexandre, souverain pontife.

Eu exécution du traité de PUe Et pour perpétrer le souvenir de l'acte criminel >.

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