CHAPITRE XXXII
Clûext IX. Pas de skpotism. — Pour le bien de la paix, Alexandre Vil avait tout subi sans murmurer, et il était retourné à ses embellissements de la basilique de Saint-Pierre et de la grande place, qui l'occupaient tout entier. Par ses soins, Bcmini terminait l’escalier de la façade, et traçait les plans de la fameuse colonnade semi-circulaire. Il venait d'achever la seconde fontaine , lorsque la mort ferma les yeux du pape , qui aurait eu tous les mérites s’il n’avait pas eu de parents *. Instruit par son exemple, l’homme de bien qui lui succéda, en 1667, Clément IX ne voulut de Itospigliosi ni au Vatican ni dans les emplois. Il débuta comme un ami du peuple, en supprimant l'impôt des grains , et fut pleuré après son court passage comme un père par les pauvres de Rome. La bonne voie était tracée; par malheur, Clément X ne la suivit pas. Le népotisme releva la tète sous son pontificat , et les Alticri,ses neveux d’alliance, rappelèrent, par leur soif d’argent, leurs exactions fiscales et leur dureté, les plus mauvais jours des Barberini et des Chigi. Ce mal dura autant que la vie du pape. Il linit donc en 1676, avec la vie de Clément X; mais la querelle diplomatique , un moment réveillée par la maladresse du cardinal Altieri au sujet des privilèges des ambassadeurs, se ralluma sur ce terrain brûlant à l’avénement du vertueux Innocent XI. Si ce digne pontife eût pu se renfermer dans le cercle des devoirs du grand sacerdoce, rien ne serait venu troubler la sécurité de l’Église. Mais, entraîné malgré lui par la position de prince temporel dans le champ des débats politiques, il s’y heurta de même qu’Alexandre contre l'orgueil jaloux de Louis XIV.
IssocsNT XI, pape. — Dans un but d'ordre public, Innocent XI avait annulé les franchises des ambassadeurs. En vertu de ce droit , qui alors , à ce qu’il parait , dégénérait souvent en abus, le palais de l'envoyé d’une puissance était sacré et son circuit était inviolable. Tous les souverains protestèrent en conséquence contre la bulle du pape, et celui de France plus haut que personne. Il n’était pas dans la nature de Louis XIV de plier devant l’étranger. Résolu d'opposer la force il co qui prenait à ses yeux toutes les apparences d’un acte de représailles ou d’un empiétement sur le droit des gens , il nomma, en 1687, le marquis de Lavardin en remplacement de d'Estrées, et lui enjoignit d’en agir fièrement avec la cour papale. Lavardin forme sur-le-champ une maison militaire, l'embarque à Marseille, et, le 17 novembre , il entre à Rome à la tête de quatre cent cinquante gardes ou officiers d'élite, l'épée nue, et va prendre possession du palais Farnèse au son des trompettes. Le lendemain et les jours suivants, il se mit à parcourir triomphalement la ville avec une longue file de carrosses escortés par deux cent de ses officiels armés jusqu’aux dents. Trois cents autres, à cheval, stationnaient pendant ce temps sur la place Farnèse. Semant l’argent à profusion et tenant table ouverte, il gagna promptement l'amour du peuple et les sympathies de la noblesse. Retiré dans sou palais, dont, pour plus de sûreté, les portes étaient assujetties avec des
I . C’est des anciens abus du iif|K>tisine et du dépouillement de U chambre apostolique que vient surtout la fortoue des Aldobnndiui, Iktrghcsc, (ViuUlt, Barberini et autres. { Le president de Brosses, t'ilalte U y a ccnl une, t. n, p. 153.)
LE NÉPOTISME ET LES JÉSUITES
chaînes, le pontife, doucement résigné, se contentait de lever les mains au ciel, en répétant ce verset du psalmiste : « Es se confient en leurs chevaux et en leurs chars, et non dans le nom du Seigneur ! a
Ses imeferends avec Loris XIV. — Pendant deux ans , l'ambassadeur Lavardin lit trembler le pape, sa cour, sa milice et ses sbires. De guerre lasse , il en aurait tout obtenu ; mais le duc de Chaulnes le remplaça le 30 avril 1689, trois mois avant la mort d'innocent. Le pontife avait à peine eu le temps de célébrer les obsèques de Christine et d'ordonner qu'on élevât à cette illustre recrue du catholicisme un mausolée dans la basilique de Saint-Pierre, vis-à-vis de celui de Mathilde, que les fièvres d'août l'emportèrent. A sa dernière heure seulement, il permit d'introduire son neveu, qui sollicitait en vain cette grâce depuis cinquante jours, et qui sortit avec sa bénédiction et l’ordre de distribuer cent mille écus aux pauvres. Ce n'est pas sur ce noble exemple que prétendait se régler Alexandre VIII son successeur, ltessuscitant en grande hâte ( pretlolosamenle ) le népotisme, il n’eut rien de plus pressé que de créer son neveu généralissime du sainl-siége, l'un de ses petits-neveux cardinal et vice-chancelier, l’autre secrétaire d'Etat, et d'en marier un quatrième avec la princesse Allieri. Les Ottoboni triomphaient déjà, mais leur fortune passa aussi vite qu'elle était venue : le 12 juillet 1691 , les cardinaux élisaient à la place de ce vieillard, qui vécut quatre-vingts ans, le Napolitain Innocent XII.
Bulle coirraa le népotisme. — Lu nouvelle de son exaltation jeta la joie dans la famille Pignatelli, d'où il sortait; mais ces transports furent de peu de durée. Indigné des excès dont il avait été si longtemps témoin , le pape commença par marcher au monstre qui souillait le palais apostolique : une bulle des plus énergiques frappa le népotisme au coeur. Plus ferme qu’innocent, qui avait eu le même dessein, mais que l'opposition du sacrë-collége effraya , il força la main aux cardinaux , leur fit signer individuellement la bulle qui réformait cet abus déplorable et la publia le 28 juin 1692. Les scandales du népotisme avaient été si éclatants, que celle mesure , applaudie des protestants eux-mémes, suffisait à illustrer le pontificat d’innocent XII. Ce vertueux pasteur du troupeau de Dieu en prit beaucoup d'autres non moins louables. A la place des Pignatelli , il mit dans son cœur les pauvres de Rome : « Ce sont mes neveux, disait-il, traitons-ies en parenls chéris. » Et conformant ses actions à ses paroles , il leur ouvrit le palais de Latran , et consacra les revenus de ses vignes à leur entretien. Puis , afin que le travail ne manquât jamais aux malheureux, il fonda et dota de rentes suffisantes le magnifique atelier de charité de Saint-Michel. U terminait en même temps, pour y réunir les juges et les notaires, le palais de Monte Citorio, et faisait construire la douane de terre et celle de Ripa Grande.
C’est ainsi que le pape Innocent XII acheva le xru* siècle. Clément XI, son successeur, qui ouvrit le xvni", témoigna la même sollicitude pour les pauvres; mais quoique, selon l'abbé Polidori son historien, il ait donné en sa vie plus de deux cent mille scudi, il ne fit peut-être pas autant de bien que son illustre devancier.