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CHAPITRE XXXIII

de leur patrie, la lui apprit : se présentant tout & coup devant le vieillard : « Tyran , lui dit-il avec l'amertume que laisse au cœur l’exil, Ion règne est fini ! s Le pape octogénaire ne fléchit pas. Il répondit avec dédain aux injures de Vivaldi et avec dignité aux menaces de Cervoni, qui lui ordonnait au nom de la République française de renoncer à l'autorité temporelle et de se tenir désormais dans les limites du pouvoir spirituel.

Déchéance dc pape Pie VI. — Au point où en étaient les choses, l’opposition de Pie VI importait peu. On s’en débarrassa le 20 février en l’envoyant à Sienne, et quatre commissaires du Directoire, Faypoult, Florent, Daunou cl Monge, organisèrent l’État nouveau sur les ruines du pouvoir pontifical1. Ce travail ne fut pas heureux : faute d'intelligence politique ou & dessein, la constitution qu’ils élaborèrent ne fut qu'une copie réduite du gouvernement directorial. Le Directoire, le conseil des Anciens, celui des Cinq-Cents, le tribunal de Cassation et la Commission de comptabilité étaient servilement reproduits par le Consulat, le Sénat, le Tribunat, les Cours de haute préture et de haute questure. Quant à l'administration, elle était entièrement taillée sur le patron français. Les commissaires avaient divisé la République romaine en huit départements. Rome était le chef-lieu de celui du Tibre. Les premiers consuls furent Liberio Angelucci et Ennio Quirino Visconti de Rome, Giacomo Dematteis deFrosinone, Panazzi etRcppi d’Ancône, les premiers ministres Torriglioni, Camillo Corona, Mariotti et le Français Drémond. L'ancien conventionnel Bassal servait de secrétaire aux consuls.

A côté de ce gouvernement qui signala son inauguration par le vote d’une somme de 1 80, 000 francs offerte & la famille de Duphot9, il y avait le gouvernement militaire des Français. Celui-ci ne tarda pas à devenir insupportable. Les armées de la République, à cette époque, étaient infestées par une nuée de pillards dont l'imuioraiité et les rapines déshonoraient le drapeau français. Protégés par la complicité ou l’insouciance des corrompus du Directoire , ils formaient avec les généraux une ligue infâme et pillaient le pays conquis et les peuples amis avec la rapacité des bandits des Abruzzes. Le malheur voulut que la plus altérée de ces sangsues, le Suisse Haller, et le plus avare des généraux, Masséna, se trouvassent ensemble i Rome. Alors propriétés publiques ou privées, palais, villas, jardins, monuments , églises, tout lut mis au pillage.

«. Le Dl/Moife JBtronça tn «•&«■«!» as corp* ItgMallf le «3 nstdx an u, Sans an message plein de rirnlence ci de colère qui te terminait ainsi : • A peine les troupes françaises s'ètaicut-eUes retirées de l’£ut ecclesiastique, que la théocratie avait recommence a assassiner. L’on de nos meilleurs généraux, le brave Dupbot, victime désignée, tombe sjos leur» coup». C’en en trop, citojens représentants, la tneaure a’est vu comblée. C’était à la Repcblique française à sccber les larmes de l'humanité. Le pape a quitté Rome. Des monuments augustes vont être élevés sur les places où forent massacré» Duidtot et Bassevilie. Une fête d’un caractère antique et noble va avoir Ueu au Forum en l'honneur de U République française, sous les ara de triomphe de Septimc Sévère et de Titus. U est beau de voir un grand peuple cteiudre pour Jamais les foudres du Vatican de la même main qui relève au Capitole les autels de la liberté 1 « ( Honneur du 44 ventôse an vi.)

2. Le 23 février tes obsèques furent célébrées avec pompe sur la place de Saint-Pierre. Un somptueux caufatqoe dont la chambre sépulcrale était éclairée par vingt-quatre flambeaux s'appuyait b l'obélisque. Le propie remplissait la eoloaua<lc et le Vatican. Le père Kausüoo GagliufQ, des écoles pies, prononça l'oraison funèbre. On porta ensuite l’orne cinéraire au Capitole, qui y fut déposée au sommet d'uuc colonne aulique. I Jfmulcw du S7 ventôse an vi, 43 mars 1798. )

BONAPARTE ET PIE VI

Les voleurs du Directoire. — Protestation de l'armée. — Instrument passif du ce brigandage , et laissée sans habits , sans souliers, presque sans pain , l'année frémissait d'indignation . Le général Saiiit-Cyr, qui avait protesté avec l’émotion de l’honnête homme, venait d'étre rappelé par le Directoire; les officiers, plus sensibles à l'honneur que leurs chefs , ne voulurent pas souffrir plus longtemps ces infamies. Ils réclamèrent auprès de Masséna, et ne furent point écoutés. Exaspérés par ce refus et la misère des troupes, ils prirent un parti extrême. Le 27 février, tous les officiers et sous -officiers des corps composant l'armée de Rome, se réunirent au Panthéon pour aviser aux moyens de sauver l’honneur du drapeau. Masséna, furieux, envoie aussitôt un adjudant général pour sommer la réunion do se dissoudre et la menacer de ses canons, c Nous attendrons tranquillement la mort, répondirent les chefs de l’assemblée : car nous aimons mieux mourir que de survivre à la honte dont l’armée et la patrie sont menacées, et dans ce temple oii nous sommes réunis, nous prenons l’Être suprême à témoin de la pureté de nos vues '. «

Sans s'arrêter aux menaces de Masséna, l'assemblée députa un officier de chaque corps pour lui remettre une adresse dans laquelle l'année protestait contre les vols commis par quelques misérables qui la déshonoraient et provoquaient la juste indignation des Romains. Le général reçut les députés comme des séditieux : il ne voulut ni faire droit à leurs justes réclamations, ni même lire l'adresse. De leur côté, les officiers foulèrent aux pieds sa proclamation et refusèrent d'obéir à un ordre qui eftt donné le signal de nouvelles Vêpres Italiennes; car, pour briser l’opposition des officiers , Masséna comptait ne laisser que trois mille hommes dans la ville. Ce débat avait fait grand bruit. Persuadés que ce relâchement apparent des liens de la discipline, leur livrait les Français, les fanatiques courent tout à coup aux armes. Conduits par un prêtre qui portait comme signe de ralliement la bannière de la Vierge , ils débouchent en masse du côté de Saint-Pierre, surprennent un poste français, l'égorgent et descendent le Transtévère aux cris de Vivn Maria! Maria evviva vers le château Saint-Ange. Au premier bruit de l’insurrection, le général Dallemagnc était accouru avec quelques braves : son bataillon improvisé contint les Transtévérins et forma un point d'appui où vinrent se réunir au pas de course tous les soldats que l'émeute n'avait pu cerner. Bientôt on entendit les tambours de la garde civique qui attaquait les insurgés du côté du pont Sixte. Ce fut le glas funèbre des Transtévérius. Chargés à la baïonnette par l’intrépide Vial , qui se jeta daus celle foule avec une poignée de grenadiers, l'enfonça, la refoula jusqu’à la porte Scptimieune et teignit la Longara de sang; ils prirent la fuite. Dallcmagno en fit fusiller vingt des plus coupables, et enjoignit aux cardinaux, accusés d’avoir préparé le mouvement , de déposer la pourpre. Antici et Alfieri obéirent ; les autres, parmi lesquels se trouvaient l’ancien secrétaire d'Etat Panlili lioria et le cardinal émigré Maury, préférèrent la prison et l'exil.

4. Histoire ci rite, politique et religieuse de Pie VI. ( L’abbé Aimé Guillou, Martyrs de le Foi, lomc IV. p. 303.)

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