‹ Rome ancienne et moderneChapitre 403 sur 428 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Maîtresse de Home par le départ de Masséna et la défaite des Trattslévérins, l'armée réclama la punition des concussionnaires. En conséquence , en attendant la réponse du Directoire auquel l’assemblée du Panthéon avait envoyé quatre délégués , le chef de bataillon Charrier, attaché à l’état-major du général Cervoni, condamné déjà par la voix publique, fut traduit devant une commission militaire, jugé coupable et fusillé le même jour. D’autres exemples montrèrent aux Romains que l’honneur était resté pur sous le drapeau de la France. Quelque dangereuse que lui parût pour l'avenir l’initiative de l’armée d’Italie, le Directoire comprit qu’il ne pouvait être sévère. Une proclamation du gouvernement engagea les soldats à l’observation de la discipline , mais elle autorisa en même temps les commissaires à poursuivre devant des cours martiales tous ceux qui s’étaient rendus coupables d’excès ou d’exactions'. Faypoult et Masséna furent rappelés, et un ordre parfait régna dans Rome jusqu'au mois de novembre.

Fihdinahd de Naples entre dans Ro»e. — A cette date la guerre recommença. Enhardi par le désastre d’Aboukir , les excitations secrètes de l’Autriche et la présence de Nelson qui venait de mouiller à Naples avec sa flotte victorieuse, le roi de Naples envahit les Etats Romains à l’improviste, à la tête de quatre-vingt mille hommes. Championnet , qui n’en avait pas dix mille à lui opposer, se vit donc forcé d’évacuer Rome et de concentrer ses sept régiments à Pérouse. Sûr dès lors de ne trouver aucune résistance, le 29 novembre 1798, le roi de Naples fit son entrée triomphale dans la ville des Césars. Le lendemain , les arbres de la liberté arrachés, le monument élevé sur le Capitole , à la mémoire de Duphot, abattu, les maisons des républicains démolies et les coups de poignard signalèrent le rétablissement du pouvoir monarchique. Le désordre devint si grand , que Ferdinand dut organiser une garde urbaine pour empêcher les assassinats et conférer l’autorité à un gouvernement provisoire , composé des princes Horghèse, Aldobrandini , Gabriclli, du marquis Massimi et du chevalier Ricci. La foule, qui aime le changement, avait accueill les Napolitains avec enthousiasme. En voyant qu’ils se montraient aussi rapaces que les voleurs du Directoire , et plus vandales , puisqu’ils détruisaient, pour le seul plaisir du mal , jusqu'aux fresques de Raphaël , elle ne tarda pas à les couvrir de malédictions.

Retour des Français. — Heureusement leur domination devait être courte. Devant les baïonnettes de Macdonald , cette terrible armée napolitaine fondit comme la neige aux rayons du soleil , et , dix-sept jours après l’avoir quittée , les Français rentrèrent à Rome avec le sénat et les consuls. Mais l’Italie était trop vivement agitée par les agents anglais pontificaux et autrichiens pour que la paix y fût durable. Le 26 mai 1799, Macdonald traversait Rome pour marcher contre les Toscans révoltés, et, le 25 septembre, attaqué par les Autrichiens, les Napolitains et les Anglais réunis, le général Garnier, pour sauver les républicains romains, traitait avec le capitaine Trowbridgc et ramenait en France la garnison de Rome et ceux

I. Saignes, Mémoires pour sertir i l’Hisloire de Fratue sons Neyelâo* B(mnpurle, lorae II, p. 133.

BONAPARTE ET PIB VI

qui voulurent la suivre. Quelques partisans de la République restèrent, et mal leur en prit. Lorsque le représentant du roi de Naples, don Diego Naselli ent institué une junte suprême, formée des anciens membres du gouvernement provisoire, Aldobrandini, Gabrielli, Massimi et Ricci, et une junte d'ftttt ou de justice, qui avait pour président le chevalier Giacomo Giustiniani , et pour Gscal ce Barberi , qui passa, le jour de la proclamation de la République, quatre heures au carcan, la réaction éclata avec toute la fureur des haines italiennes. Au mépris de la capitulation de Garnier , tous ceux qui avaient occupé des emplois sous le gouvernement populaire furent bannis : on conftsqua leurs propriétés , on jeta dans les fers, après leur avoir fait subir dans tout le Corso, liés sur des Anes, les outrages et les huées de la populace, le comte Torriglioni, ancien ministre de l'intérieur, homme d’un rare mérite et de mœurs irréprochables et les consuls Zaccaleoni et Dematlels puis les Napolitains se mirent à piller les magasins et les maisons et A tuer, sous les jeux mêmes de leurs chefs, ceux qui osaient se plaindre.

C’est pendant cette tyrannie qu’il arriva deux événements d’une importance capitale pour Rome , la mort de Pie VI, que le Directoire avait interné A Valence , et la révolution du 18 brumaire , qui A la tête du peuple français mit le général Bonaparte.

1, Carlo Doua, Stari* i’/taJia, tome IV, p. *21.

Page 1