‹ Rome ancienne et moderneChapitre 405 sur 428 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

N»fOLKOü pmpfrbir . — Depuis longtemps il préparait l’empire: le 18 mai suivant il le lit rétablir par le sénat , et aussitôt le pape fut invité à venir à Paris sacrer et couronner le nouveau Charlemagne. A cette proposition , Consalvi réunit vingt cardinaux des plus influents , leur confia sous le sceau de la confession la dépêche du cardinal Caprara , leur demandant ce que devait faire le pape. Deux des princes de I'Ëglise dirent que l’empereur des Français était illégalement et illégitimement élu , et que Sa Sainteté ne devait pas confirmer cette élection par le sacre , car les oraisons prononcées par lui consacreraient un droit usurpé et illégitime. Six cardinaux craignaient de voir la dignité du chef de la religion compromise s'il se portait à Paris pour une affaire purement humaine et inouïe depuis l’origine de l’Église. Six autres exposaient la crainte du scandale que les fidèles recevraient de la présence de Sa Sainteté en France si le gouvernement français ne voulait pas abroger les lois organiques du concordat. Quatre objectaient que Sa Sainteté se trouverait dans une position des plus fausses s’il arrivait qu'on la fit assister par des évêques constitutionnels, et deux demandaient les raisons qu’elle donnerait aux autres souverains qui voudraient être également sacrés et couronnés par elle 1 T

Les représentants de ces souverains disaient tout bas de leur côté à l’oreille du pape : « Épargnez un outrage de cet éclat à la majesté royale et aux principes sur lesquels reposent toutes les souverainetés modernes; n’abandonnez pas d’anciens amis pour vous jeter dans les bras d’un ami récent : ne sanctifiez point le despotisme militaire , ne légitimez point l’humiliation de l’Europe. La violence est sans durée, elle porte avec elle l’élément de sa ruine; le colosse abattu, vous aurez besoin de vos anciens appuis. Il ne s’agit plus de sauver la religion , la religion est sauvée ; préserver les trônes antiques, choisir entre la légitimité et l’usurpalion , le règne des lois et celui du soldat, voilà ce dont il s'agit aujourd’hui. Ne donnez pas cet exemple funeste qu’un pontife romain , que le chef de la chrétienté ait fait sers ir la religion à revêtir du pouvoir suprême celui pour qui la religion n'est qu’un moyen , la foi promise qu’une déception , la force qu'un instrument de ravage. Voyez l’Italie esclave, l’Allemagne épouvantée, la France asservie, et demandez-vous s’il vous est permis d’oublier à ce point la dignité du saint-siege et de couvrir d’une solennelle consécration des principes réprouvés par les lois divines et humaines *. »

Si le pape avait eu une volonté, il aurait répondu comme les vingt cardinaux , mais la négociation se poursuivait par-dessus sa tête par voie diplomatique : Tallcyrand , ministre des relations extérieures de France, et Consalvi, traitaient seuls sérieusement cette affaire derrière le cardinal Fesch et le cardinal Caprara. En trois mois ils furent d'accord; le Î9 septembre 1804, le général Caffarelli, envoyé extraordinaire, remettait au pape la lettre d'invitation de Napoléon , et le lendemain cette pièce était communiquée aux cardinaux. Napoléon s'exprimait en ces termes :

t. Archives du ministère des affaires éirangêres. Carious de Kome. Cntrespondanre du cardinal Frseb, 1804. S Chancellerie llemaini*, anuu 4B04.

ROME FRANÇAISE

« Très-saint Père,

o L'heureux effet qu'éprouvent la morale et le caractère de nion peuple par le rétablissement de la religion chrétienne, nie porte à prier Votre Sainteté de me donner une nouvelle preuve de l’intérêt qu’elle prend à ma destinée et à celle de cette grande nation dans une des circonstances les plus importantes qu'offrent les annales du monde. Je la prie de venir donner au plus éminent degré le caractère de la religion à la cérémonie du sacre et du couronnement du premier empereur des Français. Cette cérémonie acquerra un nouveau lustre lorsqu'elle sera faite par Votre Sainteté elle-même', elle attirera sur nous et nos peuples la bénédiction de Dieu dont les décrets règlent à sa volonté le sort des empires et des familles '. »

Pis VII a Paris. — Un mois après le pape sortait de Rome par la porte Angelica, laissant au cardinal Consalvi les pouvoirs les plus étendus pour gouverner la ville et l'Église, et le t7 décembre , sur les vingt-quatre heures 2, un ballon lancé la veille è Paris allait, comme si tout devait être extraordinaire dans la vie de Napoléon , tomber dans la campagne romaine et apprendre aux cardinaux que l'empereur était sacré. La politique de Consalvi , comme il le rappela bientêt à Talleyrand, avait décidé ce voyage, dont l'habile ministre se promettait les plus grands avantages. Au retour du saint Père il s'aperçut que dans cette joute diplomatique il venait de trouver son maître. De tout ce que la finesse de Talleyrand laissa espérer ou promit peut-être avant le sacre, Pic VII n'obtint rien. Il réclamait les Légations et Bénévent , redemandait Avignon et s'opposait, à cause do l'article du divorce, à la promulgation du Code Napoléon en Italie. On ne lui répondit que par des assurances de respect et des phrases évasives, et lorsque, le 27 juin 1805, il réunit les cardinaux en consistoire, ce fut seulement pour leur apprendre que les sociétés des pères de la Mission et des Filles de ta Charité étaient reconstituées, et que la munificence de l’empereur allait rendre sa splendeur antique è Saint-Jean-de-Latran.

Ce désappointement, bien que dissimulé avec adresse, cachait une vive irritation qui ramena dans le cœur du pape et de scs vénérables frères du sacré collège la vieille haine contre la France, et donna beau jeu aux ministres étrangers... Rome ayant été jusqu'alors une sorte de terrain neutre, devint le foyer des complots que la coalition tramait sans cesse contre l'empire. Madame de Staël y conspirait tout haut avec Kotzebue, et l’Autriche regagnait rapidement le terrain perdu. Avant la fin de l’été de 1805 une sourde fermentation commença de se manifester dans le peuple. Tout à coup on accusa les Français d’avoir assassiné deux marchands de cocomeri (concombres) sur la place Navonc, et pour prévenir quelque scène sauglante du genre de celles de la place Colonna ou de la porte Septimienne il fallut que le cardinal Fesch élevât la voix avec Consalvi. Ce prélat appelé la sirène de Rome, que la moindre allusion il l'assassinat de Duphnt rendait il l’instant le plus

t. Sirey, Recueil général des Lois et Arrtls, l. Il, sn x, 1801 et ISOS 8. Ciuq heures du soir.

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