CHAPITRE XXXIV
souvent servis de l'influence de l'un pour soutenir les prétentions de l’autre, et que par cette raison, les affaires spirituelles, qui de leur nature sont immuables, se trouvent confondues avec les affaires temporelles qui changent suivant les circonstances et la politique des temps ; considérant enfin que tout ce que nous avons proposé, pour concilier la sûreté de nos armées, la tranquillité et le bien-être de nos peuples, la dignité et l’intégrité de notre empire avec les prétentions temporelles des souverains pontifes, a été proposé en vain :
« Les Etats du pape sont réunis à l'empire français.
a La ville de Rome, premier siège du christianisme, et si célèbre par les souvenirs qu'elle rappelle et les monuments qu'elle conserve, est déclarée ville impériale libre.
a Les monuments de la grandeur romaine seront conservés et maintenus aux dépens de notre trésor.
o La dette publique est déclarée dette de l’empire.
a Les revenus actuels du pape seront portés jusqu'à deux millions de francs, exempts de toute charge et redevance.
« Une Consulte extraordinaire prendra, le 1" juin prochain, possession en notre nom des États du pape, et fera en sorte que le gouvernement constitutionnel y soit en vigueur le 1" janvier 1810 *. b
Nommée le même jour, la Consulte, qui se composait du général Miollis , président, Salicetli, de Gerando, Janet, Dalpozzo, et Balho, entra en fonction le 10 juin au bruit de l’artillerie du château Saint-Ange. A dix heures du matin on amena le pavillon pontifical, et salué par les canons du vieux fort, le drapeau tricolore, si glorieux alors en Europe, s'éleva majestueusement sur les deux mâts de la plateforme, et alla se déployer dans les mains de l'archange. On publiait en même temps à son de trompe duus tous les rioni le décret du 17 mai. Le pape, ainsi qu’on devait s’y attendre, répondit le jour même et le lendemain par une protestation énergique et une bulle d’excommunication que des mains fidèles placardèrent aux lieux accoutumés (Ittoghi soliti), c'est-à-dire aux portes des trois basiliques de Saint-Pierre, de Sainte-Marie- .Majeure et de Latran. Par une fâcheuse coïncidence, une flotte anglaise louvoyait en ce moment le long des eûtes en vue de Rome. Alin d’empêcher un débarquement, Miollis avait été forcé d’envoyer toutes les troupes disponibles sur les hauteurs de Velletri, et lorsque le pape songeait, disaiton, à descendre en habits pontificaux du Quirinal pour appeler le peuple aux armes. Le nouveau gouvernement ne pouvait disposer, dans une ville de cent cinquante mille âmes, que de cinq cents hommes d'infanterie et de cent gendarmes. Dans celte situation que chaque jour aggravait, car on était sans nouvelles de l'empereur occupé, à manœuvrer sur le Danube, la Consulte, en présence des flottes anglaises, de l'insurrection de la Bavière et du Tyrol , qui refluait jusque dans les légulions, et