‹ Rome ancienne et moderneChapitre 41 sur 428 · GUERRES SERVILES · texte numérisé non relu

GUERRES SERVILES

chargés de partager la Numidie entre les deux compétiteurs. A la tête de cette commission était le bourreau de Calus : il se vendit en arrivant avec tous ses collègues. On envoya des consuls , qui ne furent pas plus incorruptibles ; quant aux princes du sénat, ils montrèrent plus de facilité encore. Pendant ce temps, combattant d'une main vaillante avec le fer, tandis qu'il semait l'or de l’autre, Jugurtha avait conquis toute l’Afrique arabe et kabyle, et la tête de son rival était exposée sur les tours de Cirtha, aujourd'hui Constanline. Le bruit de ces scandales retentit enfin au Forum. Le tribun Menenius osa dénoncer la corruption des nobles et formuler ce décret qu’on vota d’acclamation : a Jugurtha est cité au tribunal du peuple Romain pour rendre compte de scs actes, a

Il viext * Roua. — Un homme moins fortement trempé eût hésité sans doute devant la sommation : mais le Numide connaissait Rome, il comparut. Au jour fixé, on vit ce roi couvert d’un simple burnous comme le dernier de ses sujets se présenter devant le tribun. Menenius, prenant alors l'air sévère d'un juge et le langage d'un accusateur, lui reprocha sa noire ingratitude envers les enfants d'un prince qui l'avait comblé de bienfaits ; puis, après avoir éclaté, en termes amers , contre sa cruauté , son ambition, et sa désobéissance aux ordres du sénat : « Vous n’auriez jamais, lui dit-il, poussé si loin l'audace, sans l'appui d'une faction qui vous a vendu son indulgence. Nous la connaissons, cette faction orgueilleuse et vénale : nous savons les noms de ceux que vous avez gagnés , mais il faut que ces noms pervers sortent ici de votre bouche. Il faut qu'ils soient flétris par un aveu public. A cette seule condition le peuple Romain vous couvrira de sa clémence. Parlez donc, Jugurtha, parlez ! et que les coupables soient livrés au mépris de Rome ! »

Le Numide allait répondre, quand Ræbius, un des dix tribuns, s'élançant de son banc, s'écria d'un voix tonnante : « On vous ordonne de parler, Jugurtha ; moi, je vous le défends. » A cette opposition inattendue et inexplicable pour tous, excepté pour le trésorier du roi, une rumeur épouvantable étouffa la voix du tribun, des milliers de bras menaçants s'allongèrent vers lui ; mais inébranlable à son banc sous les clameurs et les menaces, il maintint son véto. L’assemblée se trouva dissoute légalement , et Jugurtha absous. L'Africain alors se crut tout permis , et pour montrer son mépris de la justice romaine, il fit assassiner aux portes mêmes du sénat un de ses cousins, nommé Massiva, qui venait réclamer l’héritage d’Adherbal. On ne put s'empêcher, en voyant ce sang , de lui ordonner de quitter Rome ; il obéit & cette sommation comme à la première. Seulement, quand il eut passé les portes transtibérines, ce fier enfant du désert se retourna, et haussant les épaules : « Ville à vendre, murmura -t- il, il ne lui manque qu'un marchand assez riche pour l’acheter 1 «

Il retobrxe ex Afrique. — Après avoir bravé les Romains dans leurs murs, il les écrasa et les humilia dans les défilés de l'Atlas. On le croyait à peine en Afrique lorsqu'on apprit qu'il avait fait passer quarante mille légionnaires sous le joug , et que le chef de cette malheureuse armée s'était engagé à évacuer la Numidie dans

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