Artaud de Munlor, Ire de Pie 17/, t. il
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conclave le mot d'ordre du cardinal Pacca monsignor délia Genga l'emporta , après vingt-trois jours d'intrigue , sur les candidats du parti modéré , dirigé par Consalvi. On rapporte que lorsque les cardinaux se prosternèrent à ses pieds , il leva sa longue robe de pourpre et leur montra scs jambes enflées , en disant qu'elles fléchissaient sous le fardeau dont ils l’avaient chargé. L’infirmité de ce vieillard, indice d'une mort prochaine, était l’image de son pontificat.
Confiant le gouvernail h un septuagénaire presque tombé en enfance, Délia Somaglia , il s’efforça , pendant six années , de pousser la barque de saint Pierre contre le courant de son siècle. C’était pitié de voir ces deux champions décrépits du passé, fermant les yeux aux lumières de la civilisation et raidissant leurs bras pour arrêter l’humanité. Ces projets heureusement étaient plus grands que leurs forces. Les idées rétrogrades de Léon XII n’exercèrent point d'influence sérieuse hors des Ivtals romains; mais elles portèrent le désordre, la terreur et le désespoir dans les légations et la ville ; ce qu'on aurait peine A croire si le fait n’était pas d’hier , le pape commença par appliquer aux Juifs les lois barbares du moyen âge. Il les enferma dans le Ghetto,' leur ôta le droit de propriété, ressuscita les avanies des temps d'ignorance, et les mit sous la main du Saint Office. Le san-fédisme eut ensuite libre carrière, et il répara le temps perdu sous l'administration modératrice de Consalvi. En un clin d'œil Rome et les provinces furent couvertes de gendarmes , de sbires délateurs et de moines prêchant publiquement contre les libéraux. Les cardinaux Palotta, Rivarola. Invernizzi, chefs furibonds des san-fédistes, répondaient A l'attente de leur parti. Dans le seul district de Ravenne monsignor Rivarola condamna cinq cent huit carbonari, le 31 août 18-2'i, à la potence, aux travaux forcés, à la prison perpétuelle ou & temps dans une forteresse, à l'internement et à la surveillance. Le pape, pendant ce temps, accordait des privilèges aux corporations religieuses, célébrait le jubilé, envoyait le chapeau et l'estoc ( berrelonc lo slocco) au duc d'Angouléme , restaurateur de l’absolutisme en Espagne, donnait la toge du juge à l'inquisiteur, la robe de l'inquisiteur au juge , et laissait le san-fédisme triomphant gouverner avec la police, le confessionalet la potence. Ce gouvernement, ditdu Sacré Cœur par les fanatiques san-fédistes , dura jusqu'au 3 février 1 829. Ce jour— lit, le bruit se répandit que Léon XII était attaqué d’une slranguric. A l'instant môme il fallut mettre une sentinelle devant la statue do Pasquin , qui recommençait à dire la vérité. Le 8 , le pape reçut le viatique , cl le 10 , lo sénateur fit sonner la grosse cloche du Cnpitole qui annonçait sa mort. Ses actes avaient soulevé tant de haine, qu’au moment où toutes lescloches de Rome répondirent à celle du Capitole , la joie si impie devant un cercueil, éclata de toutes parts. Ses serviteurs n’avaient pas attendu qu’il eût les yeux fermés pour abandonner , au dernier moment , ce vieillard, seul au monde , sans famille , sans amis et sans courtisans , car le pouvoir l’avait quitté avant la vie : le peuple romain le maudit jusque dans la tombe , et accueillit par des applaudissements unanimes l’élection de son successeur.
Testativr de dei’x BoN»r»nTE. — Ia*s cardinaux s’étaient assemblés au Quirinal
CIIAPITRR XXXV.
le 23 février 1829; il y avait dans le conclave trois partis bien formés : le parti ultra ou san-fédisle, conduit par le cardinal Pacca; le parti libéral, dont Bcmrlti était le chef; et le parti autrichien ou du centre , qui suivait le cardinal Galeffi : celui-ci l'emporta. Le 31 mars, il donna la majorité au vieux cardinal Castiglioni, qui se lit appeler Pie VIII et prit pour ministre un ami Sgé de prés de quatre-vingts ans, le cardinal Alhani. Ces deux vieillards se traînaient péniblement sur les traces de Léon XII, poursuivant le libéralisme et irritant de plus en plus les esprits par les inquisitions et les condamnations politiques nu moment oü éclata la révolution rie 1830. Ils en furent si effrayés que la faible santé de Pic VIII ne put résister à l’automne. Le 30 novembre , la grosse cloche du Capitole sonna pour lui , et les cardinaux rentrèrent dans les cellules de Monte Cavallo. La situation était grave, et il importait de ne pas laisser le saint-siège vacant. Mais chez les vieillards l'ambition est tenace et l’entêtement incurable. Deux mois s'écoulèrent sans qu’on pût faire un pa|>c. Alors les libéraux tentèrent de faire une révolution. Deux neveux de l’Empcrcur, Napoléon et Louis Bonaparte, réunissent quelques étudiants des provinces, quelques officiers et soldats pontificaux, et forment le projet dé s’emparer par surprise du chfltean Saint-Ange et de déployer le drapeau de l’indépendance italienne en criant : o Rome ! Italie 1 liberté ! > La police éventa le complot et arrêta une partie des conjurés: les plus braves prirent néanmoins les armes et attaquèrent la garnison sur la place Colonna, mais ils furent repoussés. Cette levée de boucliers n’amena donc que des arrestations, des proscriptions nouvelles, et l’élection de Grégoire XVI.
Grégoire XVI , pape. — Troublés par le brait des armes et par la crainte d'un mal plus grand, le 2 février 1831, les cardinaux l’adorèrent. Il était temps : la haine qui couvait depuis quinze ans dans les cœurs contre le gouvernement pontifical éclata, le lendemain de l'élection, à Bologne. Bientôt, par la voix de Giovanni Vicini, président du gouvernement provisoire bolonais, la Homsgne protesta avec énergie contre la souveraineté temporelle du pape, et déclara que le seul but de l'insurrection était d’affranchir la patrie du servage des prêtres. Les Autrichiens, ces vieux bourreaux de l'Italie, replacèrent les Romagnols sous le joug ecclésiastique à coups de baïonnettes; mais quoique la diplomatie eût approuvé leur brutale intervention, elle ne put s’empêcher de reconnaître que les plaintes des Romains étaient justes : aussi, afin de prévenir, dans l'intérêt de la paix de l’Europe, un nouveau mouvement , les représentants des cinq grandes puissances remirent au cardinal Bernetti, secrétaire ri’État. le mémorandum suivant •
a II semble à propos aux cinq puissances , disaient les ambassadeurs dans cette pièce délibérée en commun, que pour l’avantage général de l’Europe, le gouvernement de cet État repose sur des bases neuves et consolidées par des améliorations dont le temps est venu. Rendre une déclaration organique pour que ces améliorations politiques soient appliquées non-seulement dans les provinces où a commencé l'insurrection, mais encore dans celles qui sont restées fidèles et dans la capitale, et
LES TRIUMVIRS MODERNES
ouvrir aux lulqties 1rs fondions administratives et judiciaires : voilà les deux principes fondamentaux de la constitution qu’il parait nécessaire d’accorder. Les améliorations doivent porter sur l'organisation judiciaire et l’administration municipale et provinciale. Il semble indispensable de rétablir l’élection et les franchises des communes, de former une cour suprême de comptabilité à Home (stabilimrnto centrale) pour contrôler les finances, et une junte ou consulte administrative. Cette junte choisirait un conseil d’Llat parmi les hommes les plus remarquables par la naissance, la fortune et le talent, a
Lu c.iRDix.u. Bsasrrn. — Sans ouvrir la porte à la démagogie Bernctti pouvait accepter ce pâle fac-similé des institutions constitutionnelles; il ne le voulut pas et promulgua, le 5 juillet, un édit dérisoire, où, en paraissant céder quelque chose aux représentations de la France et de l’Angleterre, l’autocratie pontificale ne faisait en réalité aucune concession. Il en résulta que les Autrichiens qui avaient évacué les légations y furent rappelés par l'insurrection l’année suivante, que la France occupa Ancône, et que pour contenir ces populations esclaves mais frémissantes, il fallut armer le san-fédisme , et joindre aux baïonnettes étrangères les poignards des centurions. Alors s'organisa secrètement cette milice de l’assassinat politique dont les sicaires prêtaient serment de répandre le sang devant l'image de la Vierge et du pape. Ces bandits, sans foi ni loi, car ils avaient été recrutés parmi les gens perdus et les brigands, eurent dès lors la liberté de frapper, tuer, voler impunément tant que dura le règne de Grégoire XVI : les prêtres, les moines et les évéques ne cessaient en chaire d’échaufTer leur zèle , et le gouvernement , jetant sur leurs vols et leurs crimes le manteau pontifical, leur prodiguait les éloges, les grades et les décorations. C’est ainsi que l’ancien camaldulc entendait sa mission de pasteur de l'Église universelle. Le sang de ses sujets était versé à flots par les centurions, il ne voulait pas voir; les plaintes des proscrits s’élevaient sans cesse de l’exil, il ne voulait pas entendre : la Pologne expirante sous le joug de la Russie, tendait en vain des mains suppliantes vers le pape, il ne lui envoyait pas même une prière; mais que dont Miguel lui arrivât souillé de crimes, que don Carlos implorât son intervention , il les pressait avec effusion dans ses bras et les appelait ses fils bienaimés.
Quoique la patience des peuples soit grande, un tel régime et de telles idées devaient porter leurs fruits. Déjà deux fois depuis l’intervention autrichienne le drapeau de l’insurrection avait reparu. Malgré les échecs de 1813 et de 1815, la jeune Italie se préparait à le déployer encore; les jésuites avaient été chassés de France, la Suisse républicaine les attaquait au delà des Alpes; l’empereur de Russie détruisait dans ses vastes États l'autorité de Rome ; si bien que menacée partout et lardant du terrain sur tous les points , la papauté reculait effrayée avec l'absolutisme , lorsque le 1" juin 1840 Grégoire XVI fut appelé au tribunal de Dieu.
Il y avait alors dans le sacré collège un cardinal nommé Mastal Ferretti , qui , dans sa jeunesse, avait voulu entrer dans la garde noble , et qui , par dépit de ne