‹ Rome ancienne et moderneChapitre 417 sur 428 · I. F. CJaté, Vk de Pie IX, p. fit · texte numérisé non relu

I. F. CJaté, Vk de Pie IX, p. fit

S. Nei giorol, ia cui ci commooreva oel profond» del oiore la pubblica letiiia |iCf U nostra e&altazione al itonliBcalo.*. ( BolUrio di Pio nono, die w Jalli amii «816. )

CH AFITKE XXXV.

Deux choses étaient il remarquer dans ce manifeste , l'une, qu'il s'appuyait sur des considérants énonçant le contraire de la vérité, car la nomination de Pic IX n’avait pas été accueillie avec joie , et l'autre , qu’il justifiait toutes les rigueurs politiques du précédent pontificat. Mais les masses ne réfléchissent pas : la foule ne vit que l'amnistie, et se précipita vers Monte Cavallo en criant : Vive Pie IX ! Trois fois, pendant cette soirée, le pape fut l'objet d'une ovation immense. Dix mille personnes le couvrirent de bravos & neuf heures quand il se montra sur la galerie ( loggia ) du Quirinal. line heure après il en revint vingt mille, à onze heures Rome entière recevait sa bénédiction. Alors commença cette apothéose enthousiaste qui devait le conduite à Gaëte sous des arcs de triomphe. Le 19 juillet, le 8 septembre et en octobre, à son retour de la villégiature de Tivoli, Pie IX trouva le Corso jonché de fleurs et monta au Quirinal sous une voûte de lauriers et de palmes.

CicuuACcmo et le père V Estera. — Deux hommes de bien, mais d’un orgueil naïf, le père Ventura et Angelo Brunetti , surnommé Ciciruacchio , étaient alors les coryphées de l'enthousiasme populaire. L’un , religieux de l'ordre des Théatins , se croyait un Massillon parce qu’il noyait dans un flux de paroles emphatiques un flux d'idées communes ; l’autre se croyait un Colè Rienzo parce que les popolani de Ripelta respectaient en lui l’artisan enrichi, l'honnéte homme et l'hercule. Ancien charretier, puis loueur de chevaux, et finalement marchand de foin , Ciciruacchio remplissait dans la rue (»r amour-propre le rôle que le père Ventura jouait dans la chaire par ambition; il louait Pie IX et servait volontairement de héraut à sa popularité. Conseiller intime du Quirinal , le père Ventura était l'Ame de ce gouvernement naissant, et Ciciruacchio, Lafayette de faubourg, tribun en manches de chemise, en était le bras. On ne saurait imaginer la peine que prit pendant trois ans pour maintenir l’ordre de bonno foi et le troubler à son insu, le capo Popolo Romano. Ciciruacchio imaginait les fêtes, organisait les souscriptions, payait les torches et les rafraîchissements et portait les drapeaux. Ridicule sans le savoir et avec dignité lorsqu'il fraternisait au Cercle avec les nobles et qu'il prenait gravement la droite que lui offraient les princes dans leurs carrosses, cet homme devenait sublime s’il s'agissait de dévouement ou de péril. Dans l'inondation du Tibre de décembre 1848, Ciciruacchio, les poches pleines d'argent et sa barque pleine de vivres, secourut tous les malheureux au cri de vive Pie IX. Il sauva les juifs du Ghetto, que les fanatiques du Trastévère et de la Regola voulaient égorger, parce que le pape les traitait en hommes , et le 17 juin 1847, jour anniversaire de l'amnistie, sa vigilance et sa résolution prévinrent une réaction sanglante préparée par les brigands du san-fédisme.

Une année s’était écoulée cependant depuis l’avénement de Pie IX, et comme l’écrivait Rossi , ambassadeur de France, à son gouvernement , rien n'avait encore été fait : les commissions traînaient les choses en longueur, sous prétexte de procéder avec mesure , mais en réalité dans le but d'éteindre l’ardeur delà populn-

LES TRIUMVIRS MODERNES

lion : elles ne réussirent qu'à l'irriter. Voyant alors qu’on ne pourrait calmer avec des promesses cette grande soif de liberté qui dévore Rome depuis tant de siècles, la papauté, samaritaine craintive , inclina l’iiruc constitutionnelle , et versa goutte à goutte : une loi sur la presse, la réforme des institutions municipales, l’admission des laïques aux emplois publics, cl la formation d'une garde nationale et d'une consulte : Voilà ce que Pie IX décréta successivement. Rome était dans l'ivresse, et trois millions d'hommes à genoux lui criaient comme les enthousiastes de Ripctta, quand il se munirait au balcon du Quirinal : a Marche, Saint Père, marche, le peuple est avec toi! a Pie IX attendait, troublé, hésitant encore, mais il avait beau écouter du haut de la chaire |>ontiticale, sur tous les points de l’Europe, il entendait éclater un seul cri : liberté! Un jour le chant de triomphe s'élevait de la Suisse, et Rome spontanément illuminée, fêtait la déroute du Sunderbund : le lendemain, il venait de la Sicile et de la Calabre; le 24 février 1848, Paris l'envoyait à toute l’Europe. Persuadé que l'heure du peuple était venue, Pie IX n’hésita plus, il brisa les sceaux sacerdotaux et sur une page blanche du vieux livre de la papauté, il écrivit, le 14 mars 1848, le statut fondamental pour le gouvernement temporel des Etats du saint-siège ’ . Quinze jour3 plus tard , il donnait sous l'anneau du pécheur, dignement employé, cette homélie plus belle encore que celle de l’évéqne d'Imola :

• Le pape Pie IX aux peuples d’Italie, salut et bénédiction apostolique.

# Les événements que nous venons de voir se succéder durant ces deux mois, avec une rapidité si merveilleuse, ne sont point l'œuvre des hommes. Malheur à qui n'entend point la voix du Seigneur dans ce vent qui tord, arrache et brise les cèdres et les chênes ! Malheur à l’orgueil humain, s’il attribue ces miraculeux changements aux fautes ou au génie des hommes, au lieu d’y reconnaître et d’adorer la main de cette Providence , qui couvre toute la terre ! Et nous à qui la parole a été donnée pour interpréter la muette éloquence des œuvres de Dieu , nous ne pouvons nous taire au milieu des désirs, des craintes et des espérances qui agitent les cœurs de nos enfants.

« Respectez la religion qui vous est déjà venue en aide et dont l'œuvre vous suit , et n'imitez pas les ingrats qui dans quelques pays ont insulté à ses ministres. Il est plus facile de vaincre que de bien savoir user de la victoire. Si le temps présent en rappelle un autre tout semblable dans votre histoire , n'oubliez pas que les erreurs des aïeux doivent éclairer leurs descendants ; n’oubliez pas que toute stabilité et tout bonheur ont pour fondement la concorde qui vient de Dieu. N'oubliez pas surtout que la justice seule édifie quand les passions renversent, et que celui qui prend le nom de Rois des rois s’appelle aussi le Souverain des peuples 1

< Puisse notre prière monter jusqu’aux pieds du Seigneur et faire descendre sur vous ce souffle de raison, de force et de sagesse dont le principe est la crainte de

I. Liube Raffoui, membre de la Consumante romaine, Rtrolmion i'Itahc, ehap. xxv, p. 344.

CHAPITKE XXXV.

Dieu , afin que vos yeux puissent voir la paix sur celte terre d’Italie que dans notre devoir de charité universelle pour tout le monde catholique nous ne pouvons appeler la plus chère, mais qui par la volonté divine, se trouve la plus rapprochée de notre cœur 1 .

Assassinat du «inistrï Rossi. — Jamais successeur des apôtres n’avait tenu un plus noble langage : mais bientôt accablé d’obsessions par la diplomatie et les cardinaux , Pic IX le démentit le 29 avril en déclarant dans le consistoire, qu'il s'opposait à la guerre contre l’Autriche. Toutefois il n’était plus en son pouvoir d’arrêter le mouvement : les conseils législatifs réunis le S juin et composés d'hommes modérés se mirent sérieusement à l'œuvre, et d’accord avec le ministère présidé par le comte Mammiani , commencèrent à jeter les bases du gouvernement constitutionnel. L’attention se trouva bientôt partagée entre les délibérations des députés, les motions ardentes des cercles et la polémique des journaux : peu à peu le pape était oublié au Quirinal : quand tout à coup , le IC septembre , il força les ministres constitutionnels à déposer leurs portefeuilles et chargea Pclegrino Rossi, l'ancien ambassadeur de France, de former un nouveau ministère. C’était un retour au passé, trop clair et trop brusque pour ne pas révolter le peuple : il sc crut trahi et ne cacha pas sa colère. Le parlement était convoqué pour le 1"> novembre. Dans la matinée , rien ne semblait présager la tempête. La ville avait l'air calme et indifférent. Mais à midi , la foule envahit tout h coup la place de la Chancellerie, et reOue jusque dans la cour du palais b&ti par Bramante oii les députés tenaient leurs séances. De la porte d’entrée jusqu’à l’escalier qui est à gauche, la haie était formée par les Réduci, volontaires que leur exaltation avait fait exclure de la milice civique. Les traits de ces hommes presque tous décorés de médailles d'honneur exprimaient une sombre colère; on les entendait par moments vociférer des imprécations. Les députés arrivaient lentement et en silence. Un cri perçant partit de la tribune du peuple : tandis qu’on cherchait inutilement à savoir qui l'avait poussé , le carrosse de Rossi parut à la porte. Dès qu'il fut aperçu , un hurlement de rage remplit la cour et alla retentir jusque dans la salle des séances. Ferme et la lèvre dédaigneuse, Rossi descend le premier, malgré les prières de son collègue Righetti , et veut traverser cette foule qui s’ouvre une minute et se referme aussitôt sur lui. A un mot outrageant qu’on lui jeta, il leva la tète avec un regard de mépris. On vit luire alors un poignard et le ministre s'affaisser sur lui-même. L'assassin lui avait traversé la gorge; et par une coupure large et béante, le sang coulait à flots. Relevé par Righetti, chancelant, sans parole, les yeux voilés par l'agonie, l'infortuné fut porté au premier, dans l'appartement du cardinal Gazzoli où il expira quelques instants après ’.

I. Gli aweniincnil cbe qoesli due mesi biano veduio tou si rapida vicenda succéderai e incalzarsi non sono opéra omana. Guai a cto ia qucsio veoto cite agita Mltlanla e spczta i cedrl e le roTeri non ode la roee del Slgiiore !... ( Boilario di l'io nono, xxx Marti! 1*48. )

3. Obi io bo aneora dinanzi agi' occhi la farda livida di laie cite ia tredermi gridù : Coti fl nitcono i tradiiori tUl fopolo! { Farini , lo Stuto Rormxo. t. Il, p. 370.)

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Fcits mt pape * Gaete. — Ce crime, car l'assassinat politique ne portera jamais d’autre nom, devint le signal d’une insurrection formidable. Dans la soirée du une centaine de ces misérables prêts pour tous les excès, qui forment dans les mauvais jours l’avant-garde des partis, avaient parcouru le Corso avec des torches en hurlant des chants horribles et glorifiant l’assassin jusque sous les fenêtres de la maison où une famille au désespoir pleurait la victime. Le lendemain, un rassemblement immense se porta sur le Quirinal : ce n’était pas Ciciruacchio cette fois qui devait parler pour le peuple, c’était le canon. Menacé par tout le monde et abandonné de scs troupes, Pie IX céda en frémissant et nomma le ministère démocratique qui était ainsi composé : Rosmini d'abord, puis le cardinal Muzzarelli, à l'instruction publique; Mammiani, aux affaires étrangères ; Gallelti , à l’extérieur; Sereni , au ministère de grâce et justice ; Sterbini , aux travaux publics; Campello , à la guerre; Lunati, aux finances. Neuf jours plus tard, il s'échappait déguisé du Quirinal et allait il Gaête dans le carrosse armorié de la belle comtesse de Spaur, femme du ministre de Ravièrc. Le parlement, c’est-à-dire le haut conseil (consiijlin alto ) et le conseil des députés où le parti modéré dominait encore , députa par deux fois scs membres les plus honorables au pontife, pour solliciter son retour, il refusa. Force fut, dès lors, de constituer une junte d'État représentant le pouvoir exécutif. Dans la séance du il décembre 1 8 18, les deux conseils choisirent au scrutin pour la composer , le prince Corsini , sénateur de Rome , Zncchini , sénateur de Bologne, et le comte Filippo Camerata, gonfalonier d’Ancône. De la nomination d'une junte d'État à l’appel au peuple il n’y avait qu’un pas. D’accord avec le ministère, celte junte provoqua l’élection d’une assemblée constituante qui se réunit le S février I8t9, au palais de la chancellerie.

Mazzcii. — Dans les circonstances où se trouvait l’Italie, lorsque la révolution défendue avec courage, mais sans succès, pliait partout devant les armes de l’Autriche, et que le général Cavaignac s’apprêtait à renverser à Rome cette république qui l’avait tiré en France de l’obscurité, convoquer une Constituante était un acte insensé, car on ne la conviait qu’à des funérailles. Gioberti, le chef sage et habile du libéralisme italien, l’avait bien prévu : mais la voix de celui qu’on portait en triomphe quelques mois avant au Capitole ne fut pas écoutée quand elle avertit. L’ne influence, plus puissante sur les jeunes cerveaux, détruisait la sienne. Mazzini avait parlé, et ses ardents séides, orateurs des circoli ou clubs romains, les Boni, Vannucci, Ongaro, enfants dont l’inexpérience égalait l’aveugle confiance, croyaient naïvement, comme le prince de Canino, que tout serait gagné en proclamant la république.

Elle fut proclamée le 9 février, du haut du Capitole, et le 6 mars, Mazzini, accouru en toute hâte, prononçait ce discours au sein de la Constituante :

a Si nous faisions les parts égales, ces marques d’affection que vous me donnez, ces applaudissements qui m’ont accueilli, c’est vous, ô collègues, qui les auriez reçus de moi. Car le peu de bien que j’ai fait ou tenté de faire, m’est venu de

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