CHAPITRE V
lésions, cl le hasard, toujours de son côté , faisait tomber dans scs mains Jugurtha , que lui livra son gendre, le chef des Berbers. Cet Abd-el-Kador de l'antiquité orna donc le triomphe de Mnrius. Le 1" janvier de l'année tOi avant la Croix, le peuple de Rome revit l'acheteur de ses nobles, marchant à pied, entre ses deux fils, comme lui chargés de chaînes , devant le char du vainqueur. Il était suivi de son trésor, consistant en trois mille sept cents livres d’or en lingots, cinq mille sept cent soixante-quinze livres d’argent en barres, et deux cent quatre-vingt-sept mille drachmes de ce dernier métal en espèces. Si tout cela avait été encore dans la citadelle de Malucha , sous la garde de ses fidèles Numides , ses amis du sénat lui auraient certainement épargné l’ignominie de ce jour : mais voyant qu’il n'avait plus rien à donner, ils l’abandonnèrent à la soldatesque des légions, qui lui arracha les dernières parcelles d’or qu’il portait aux oreilles , et alla le précipiter, au milieu des huées, dans le Tullianum. C’était un souterrain de vingt pieds de profondeur, creusé sous la prison de Tullus Hostilius, dont la voûte humide et les murailles sonores , formées de pierres énormes , inspiraient l’horreur. I-e héros d’Afrique y lutta six jours contre la faim et ne prononça qu'un seul mot pendant cette affreuse agonie : « Par Hercule ! que leurs étuves sont froides I a Mabiüs défait lbs Tectoxs. — Ce pillage 'en grand des nations, ce dédain de l’humanité foulée sans cesse , sur la voie Capitoline , aux pieds de l’orgueil de Rome , devaient finir par susciter de terribles représailles. Aussi , quoique la vengeance fût encore bien éloignée , par une sorte de pressentiment , toutes les fois qu’il s’agissait de ces redoutables enfants de la race gallique , Rome se sentait émue.
II y avait déjà cinq ans que trois cent mille Kymris et Teutons reculant , dit-on, devant un débordement de la Baltique, étaient tombés tout à coup sur les possessions romaines en Gaule cl avaient brisé du front la barrière de fer qu'avaient voulu leur opposer successivement six armées consulaires. On ne songeait qu’avec effroi à ces Barbares, lorsqu’on apprit qu'après avoir pillé l’Espagne ils se dirigeaient vers l'Italie. Chargé aussitôt du salut public, celui qui avait battu les Numides sur l’Arach. counit arrêter les Teutons sur le Rhône . On ne pouvait faire un meilleur choix : dans deux combats de géants, l’héroïque Marins sauva pour cinq cents ans les destinées de sa patrie, en couchant quatre-vingt mille Teutons sur les bords du Ccenus et pareil nombre de Kymris dans les plaines inondées de sang de l’Adige. 1
Las esclaves. — C'était l’époque des crises violentes et des grands périls : à peine revenue des terreurs de la guerre barbare , Rome vit le feu de la guerre servile éclater presque coup sur coup en Sicile et en Italie. Les esclaves de Nucérie, aujourd'hui Nocéra, donnèrent le signal : on les eut bientôt rejetés dans l’ergastnlum oii les verges, la faim et les chaînes en firent justice. Mais il fut plus difficile de réprimer ceux de Capouc. Ceux-ci avaient à leur tète un chevalier romain , nommé Yettius. Ce prédécesseur de Catilina, après avoir dépensé tout son bien en débauches, était devenu éperdument amoureux d'une belle esclave. 11 l'acheta