GUERRES SERVILES
à crédit sept talents altiques : mais quand il fallut payer, n'ayant pas la somme 1 , et voulant cependant garder la femme , il poussa à la révolte les esclaves qui cultivaient en Campanie les terres de la République , et s'étant mis à leur tête , commença par tuer son créancier. On se hâta d'envoyer à Capoue un préteur avec des troupes, mais Vettius le repoussa : le préteur eut alors recours à la trahison et acheta de l'esclave Appollinius la tête de celui qu'il ne pouvait battre. Le joueur de flûte Salvius et le Cilicien Athénion, qui réunirent sous le bonnet phrygien jusqu’il trente mille de ces malheureuses victimes de l’égoïsme romain , luttèrent avec plus d'énergie et résistèrent plus longtemps en Sicile. Ce ne fut que deux ans après avoir triomphé des Barbares que Rome parvint à étouffer l'esclavage.
Triste victoire que celle-là pour la République! car elle lui coûtait un grand nombre d'esclaves, et les citoyens, qui avaient combattu pour remettre aux fers tant d'infortunés, se retrouvaient moins libres le lendemain de ce cruel triomphe. Avec les terreurs de l’invasion kymrique et de l'insurrection servile, le3 Romains perdirent, en effet, la modération et l'unité qui les avaient fait vaincre; ils s’étaient tenus serrés dans le péril : ils se divisèrent quand leurs ennemis furent morts , et la violence et l’ambition sans frein s'emparèrent de ce Forum où l'amour de la patrie imposait silence depuis dix ans à toutes les mauvaises passions. Le libérateur de l’Italie eut le malheur de donner le signal de ces discordes implacables qui allaient déchirer, pendant près d’un siècle, les entrailles de Rome. Marius s'était ligué, pour obtenir son sixième consulat, avec Apuléius et Glaucia, deux chefs influents de la démocratie rurale. A l'ombre de son grand nom, ces deux hommes crurent pouvoir tout entreprendre. Le premier sollicite le tribunal; un autre est élu, il le fait massacrer sur place et se proclame : le second veut être consul ; on lui préfère Mrmntius, il le montre à scs satellites qui l’assassinent : Métellus, l’ancien général de Marius, ose élever la voix dans le sénat contre ces meurtres, on l’exile. Toute crainte des lois était éteinte, toute pudeur foulée aux pieds. Indignés d’une telle audace, les citoyens des tribus urbaines descendent en armes au Forum. Apuléius et Glaucia occupaient déjà le Capitole avec les plébéiens des tribus rurales. Sur la demande de ceux de la ville, le sénat ordonna de mettre à mort Apuléius , Glaucia , et le questeur Caïus Saféius, qui les avait suivis. Marius, forcé bien malgré lui d'obéir au sénat , rassemble alors quelques légionnaires , mais avec lenteur, et en différant l'attaque , dans l'espoir que la nuit venue ses amis pourraient s'échapper. Le voyant ainsi n’agir qu’à demi, et devinant la cause de ses temporisations, les plébéiens de la ville coupèrent les canaux qui portaient l'eau au Capitole. Il fallut alors qu'ils se rendissent, sous peine de mourir de soif. Afin de rester dans les limites rigoureuses de la légalité, Marius, qui voulait les sauver, les conduisit dans le lieu même où le sénat tenait ses séances , dans la curie Hostilia. Mais les citoyens
f. Vingt et dii mille francs.