CHAPITRE V
dos tribus urbaines l’avaient deviné, et montant sur le toit qu'ils découvrirent , ils lapidèrent A coups de Utiles le tribun Apiiléius , le consul Glancia , et Saféius , le questeur, tous revêtus des marques de leur dignité , jusqu’à ce qu’ils les vissent étendus morts sur le pavé de la Curie.
Guerre sociale. — C’eût été assurément un spectacle inouï à Home que de voir le peuple massacrer ses propres tribuns , si un fait grave , une situation toute nouvelle, ne s’étaient révélés dans le meurtre de Glaucia. Depuis longtemps les alliés d’Italie qui portaient presque tout le poids des guerres, et dont le sang avait si abondamment cimenté la puissance romaine, murmuraient de ne rien recevoir en échange de leurs services et de leur dévouement ; ils voulaient êlre citoyens de celle ville qui leur devait au moins la moitié de sa grandeur et de sa gloire. Or, Marins les appuyait d’autant plus vivement de ses sympathies que cette cause , au fond , était la sienne : entraîné de cœur vers ces rudes frères de l’Apennin et de la Sabine , que sauvaient de la corruption les travaux de la guerre et des champs , le paysan d’Arpinum se disait que pour rendre à Rome sa vigueur première , il fallait infuser à flots ce sang jeune et pur dans ses veines. Aussi, à Verceil, devant les Kymris, il avait accordé le droit de cité à mille Ombriens i et lorsque Apuléius proposait d’étendre ce privilège à tous les peuples d’Italie , il ne faisait que traduire en loi la pensée de Marius. Voilà pourquoi il y avait lutte entre les citoyens des tribus urbaines et ceux des tribus •» rurales. Les premiers , par orgueil et par égoïsme , repoussaient avec colère l’idée de cette fusion : les paysans , au contraire , dont le sentiment dominant est la haine des oisifs des villes, et qui trouvaient d’ailleurs trop juste la demande de leurs voisins, la soutenaient avec ardeur.
Liyics Dacscs. — Dans cet état de choses , un bon citoyen , ce qui commençait à devenir rare , Livius Drusus , entreprit de concilier les deux partis. C’était le fils de l’ancien adversaire de Tibérius. Mais plus honnête et plus dévoué que son père à la patrie, il ne craignit pas, quand il eut revêtu la toge de tribun , qui n’était déjà plus qu’une robe mortuaire , de proclamer tout haut son amour pour le peuple. En effet , ce peuple, décoré d’un titre si beau, mourait de faim. On lui donnait bien en spectacle des rois chargés de chaînes, maison ne lui donnait pas de pain; et pendant qu’il traînait son orgueil et sa misère dans cette Rome éblouissante du luxe de la Grèce et de l’Asie , et devant les palais des patriciens , aux portes dorées , il y avait seize cent vingt mille huit cent vingt-neuf livres d’or en dépôt dans le temple de Saturne. Drusus signala courageusement ce contraste odieux. <■ Le trésor public ne doit point, dit-il, ressembler à la mer qui engloutit tout et ne rend rien : relirez-en quelques oboles pour apaiser la faim du peuple, a Les patriciens n’étaient pas de cet avis, mais tant de pauvres avaient droit de suffrage que la loi passa. Ce premier succès obtenu, Drusus parla des alliés: il démontra chaleureusement la légitimité de leur réclamation, rappela leur long dévouement et leurs grands services, et conjura le peuple et le sénat de reconnaître ce concours fraternel et séculaire autrement que par l’ingratitude et le dédain. Ce discours fut son arrêt de morL Comme