CHAPITRE V
Après cette concession il ne restait plus de prétexte aux insurgés : on leur donnait ce qu'ils avaient demandé; tous posèrent les armes à l'exception des Samnites et de quelques bandes éparses que Sylla poursuivait avec des forces supérieures dans l’Apennin et qu'il eut le facile honneur de détruire. Si donc les patriciens eussent agi avec franchise, même en subissant un échec, Rome se serait trouvée deux fois plus grande et plus forte après sa défaite ; il suffisait pour cela d’accepter sincèrement cette masse de nouveaux citoyens qui se précipitait dans ses tribus. Au lieu de suivre ce parti, seul digne de la première nation du monde, le sénat, Adèle à ces traditions d'astuce et de mauvaise foi qui déshonorent sa politique devant la postérité, trompa ceux qui se conAaient & sa parole : il accorda bien aux alliés le droit de suffrage ; mais il rendit ce droit illusoire en les groupant en huit ou dix tribus nouvelles qui ne votaient qu'après les trente-cinq anciennes, et n’avaient que huit ou dix voix quoique renfermant le double au moins de votants. Aussi qu'arriva-t-il? que les citoyens des tribus italiennes n’eurent pas plus tût reconnu le piège dans lequel on les avait entraînés qu’ils ne songèrent qu’à reconquérir par leur nombre , leur audace et leur intervention active, l'influence que leur refusait la loi Papiria. Ce fut toujours la même lutte sur un terrain et sous des drapeaux différents : seulement, au lieu d'être sur les gradins âpres et nus des monts Lepini, le champ de bataille fut transporté au Forum et la guerre sociale s’appela guerre civile.
Gcehhi! civiik. — Rome y était merveilleusement préparée. Dans cette ville où régnait jadis le respect des lois et des magistrats chargés de leur exécution, la loi n'était plus qu’une lettre morte , et le magistrat qu'une victime vouée d’avance au poignard, s'il osait être juste. Au commencement de 88 , les usuriers exigèrent de leurs débiteurs des intérêts tellement monstrueux , que ceux-ci en appelèrent au préteur. Honnête homme, à ce qu’il parait , Asellius se souvint de la loi des douze tables et renvoya les parties devant les juges. Les créanciers, furieux de voir ressusciter une loi enterrée depuis si longtemps , résolurent de la noyer de nouveau dans le sang du préteur. Asellius, revêtu de la robe d'or et du costume sacerdotal, offrait un sacrifice en l'honneur de Castor et Pollux : une pierre vint l’atteindre an moment où il prononçait l'invocation. Jetant la fibuline dans laquelle était l'eau lustrale , il prit la fuite pour tâcher de se réfugier dans le temple de Vesla. Mais on le poursuivit , on le devança, on l’empêcha d'entrer dans le temple, et on l’égorgea publiquement, en plein jour, vers la deuxième heure, sur la porte d’une taverne où il avait cru trouver asile. Le sénat feignit une grande indignation. Une table portant que ceux qui feraient connaître les auteurs du meurtre seraient récompensés , savoir, les hommes libres avec de l'argent, les esclaves par le don de la liberté, les complices par l'impunité, fut affichée sur tous les portiques; mais les meurtriers étaient trop puissants et trop riches, on ne découvrit rien.
Svlla est sommé cossul. — C’est pour ainsi dire le lendemain de cet assassinat, qui peint bien l'atmosphère d’anarchie et de violence au milieu de laquelle on vivait à Rome, que Sylla, comme récompense de ses exploits dans la guerre sociale, vint