‹ Rome ancienne et moderneChapitre 49 sur 428 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rions, les préfets, les questeurs, h l’exception d'un seul, révoltés & l'idée de conduire une armée contre la patrie, abandonnèrent leurs soldats et s’enfuirent à Rome. On y était instruit du meurtre des émissaires de Marius, meurtre déjà vengé par le massacre des amis de Sylla, et l’agitation des esprits était grande. Pour prévenir ce choc impie, le sénat avait envoyé à Sylla jusqu'à trois députations : à tous ces consulaires lui demandant d'un air indigné pourquoi il marchait enseignes déployées contre sa patrie, il faisait invariablement la même réponse : o Je vais la délivrer de ses tyrans ! n — La dernière fois cependant, il déclara que si le sénat , Marius et Sulpicius voulaient se réunir avec lui dans le Champ-de-Mars, il se soumettrait & ce qui serait décidé. En attendant , il avançait toujours, et la voie Appia était couverte de citoyens allant du camp à Rome et de Rome au camp. Parmi ccs derniers, on vit bientôt l'autre consul dont le lils avait péri dans les comices venir rejoindre son collègue avec quelques cohortes. Il s’agissait de retarder la marche de cette armée parricide. Le peuple , d'accord avec Marius et Sulpicius , recourut enfin aux grands moyens et envoya les deux préteurs lui défendre d'aller plus loin. Mais que respecte une soldatesque ignorante dans ses excès contre la loi?... Ces magistrats, qui représentaient l’autorité jusque-là inviolable et la majesté de la patrie, furent repoussés, insultés, menacés de mort. On mit en pièces leurs faisceaux, on leur arracha leurs robes de pourpre, et ils auraient eu le sort des officiers de Marius sans l'intervention de Sylla. Celui-ci, faisant semblant de croire qu’on cherchait à retarder sa marche pour avoir le temps de préparer la résistance , et opposant , disait-il , ruse à ruse , promit solennellement de s’arrêter, comme l'ordonnait le sénat, à la distance de quarante stades ; mais à peine les prêteurs eurent-ils tourné le dos, qu'il détacha un corps nombreux de cavalerie pour aller s'emparer des portes du Midi. Courant luiméme plutôt qu'il ne marchait à la tête des légions, il suivit de près ses cavaliers, et se saisit à la fois des portes Esquiline, Colline, Coelimontane, et du pont de bois. Ces points principaux occupés par quatre légions, il entra l'épée à la main dans la ville avec les deux autres.

Lutte extre les deux rivaux. — Marins accourait avec ce qu’il avait pu rassembler de soldats et d'hommes en armes. Les deux troupes se rencontrèrent au forum Esquilin. C’est là que s’engagea le premier combat de citoyen à citoyen livré dans les murs de Rome. A la lutte parfois violente, mais encore à demi légale des comices, succédait la lutte en plein soleil du champ de bataille, triste conséquence des discordes civiles, qui portent toujours des fruits sanglants quand la sagesse des partis ne les étouffe pas! En apercevant les cohortes de Marius, les trompettes consulaires sonnent la charge. A ccs sons bien connus, l’ardeur martiale des citoyens , qui tous avaient servi, se réveille dans leurs cœurs, indignés de l’attentat de Sylla; mais comme ils étaient désarmés ils montèrent sur les toits et accablèrent d'une telle grêle de tuiles et de pierres les légionnaires traîtres à la patrie, que ceux-ci furent obligés de gagner la porte Esquiline. Sylla , voyant tout perdu , se met à la tête des hastals, et, tenant d’une main l'enseigne de la légion, pour entraîner les plus timides,

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