G U ER R K CIVILE
p| une torche embrasée de l’autre , il rentre dans la ville et crie aux citoyens que si on lance encore une pierre des toits, il fera mettre le feu aux maisons. Devant cette menace , les citoyens , propriétaires pour la plupart , s’arrêtèrent et ne furent plus que spectateurs du combat. Il fut vivement soutenu : bien que Marius n'cftt avec lui qu'une poignée d'hommes , il disputa le terrain pied à pied et ne céda que devant le nombre , laissant couverte de morts chaque rue qu’il défendait ; accule enfin au temple de la déesse Tellus, le vipux lion se retourna, et les Kymris ne l'avaient pas vu plus terrible. Mais après avoir rudement repoussé ses assaillants, et montré que l’âge n'avait glacé chez lui ni la force ni le courage , voyant qu'il appelait en vain les esclaves à la lilierlé et les citoyens aux armes, il sortit de la ville, comme il y était entré tant de fois, par le Capitole.
Stlu vxisqieur. — Maître de Rome , Sylla s'occupa d'abord de placer des postes dans tous les quartiers ; mais dès que les soldats furent dans la ville ils voulurent la piller. Sylla eut beau faire mettre è mort ceux qui avaient donné le signal dans la voie Sacrée, il fut forcé de passer la nuit avec l'autre consul à courir de rue en rue pour tâcher de retenir l'indiscipline et l'avidité des légionnaires. Au point du jour, ces deux rebelles assemblent le peuple dans la place des comices, et le haranguent tranquillement, comme s’il ne s’était rien passé. Sylla, beau parleur, quoiqu'un peu trop prodigue de gestes, comme les histrions et les bouffons avec lesquels il avait toujours vécu, se pose à la tribune d’une manière théâtrale, et, couvrant d’une hypocrite douleur ce visage Ixmrgeonné et pustuleux, qui le rendait l'horreur de Rome, il vient s’attendrir sur les malheurs de la République, maudire les factions et déplorer la cruelle nécessité où il avait été réduit d'entrer à main armée dans le Forum; puis, donnant à son regard plus de fausseté, à sa voix une douceur plus perfide, il ajouta que pour corriger les abus de la République, il était nécessaire de prendre certaines mesures d’intérêt et de salut public. Après cet exorde mielleux , il proposa quatre décrets au peuple :
Le premier portait qu'à l’avenir aucune loi ne lui serait présentée avant d'avoir été vue et approuvée par le sénat ;
Le second, que les comices ne se tiendraient plus par tribus, où le suffrage universel donnait la majorité au peuple ; mais par centuries, où le suffrage restreint la donnait à l'aristocratie ;
Le troisième , qu'un citoyen ne pourrait remplir aucune charge après avoir été tribun du peuple ;
Et le quatrième , que toutes les lois de Sulpicius , et notamment celles qui avaient investi Marius du commandement de la guerre d'Asie, et qui étaient relatives aux droits politiques des alliés, seraient considérées comme milles.
On ne pouvait certainement dépouiller un peuple de ses droits avec plus d'impudence, ni le rejeter plus honteusement sous le joug du passé : proposées toutefois par un homme qui avait sous la main six légions , ces quatre lois passèrent sans la moindre difficulté. On approuva également un décret de proscription qui frappait
cuAnmE v.
Marins, son fils, celui de sa femme, Sulpicius, son ami, et huit de ses principaux adhérents. Atteint par des cavaliers dans les marais de Laurentum , le trihun fut égorgé et sa tête plantée sur une perche vis-à-vis la tribune où sa parole éloquente avait défendu tant de fois les droits des alliés. Quant à Marius, il s'était jeté dans une barque auprès d'Ostia, mais la mer devint si houleuse qu'il fut forcé d'aborder à Circéi. Quelques malheureux pâtres qu'il trouva sur la côte ne purent pas même lui donner un morceau de pain ; ils l'avertirent seulement que des cavaliers étaient à sa poursuite , ce qui l'obligea de chercher un refuge dans un bois où il passn la nuit. Quand le soleil se leva, et que ses compagnons, déjà brisés par les fatigues de la mer, la faim et le froid, n'aperçurent, à travers les brouillards, aucune trace d’hahilation, ils perdirent courage ; mais l'héroïque vieillard , que rien n'abattait, déploya tant de force morale et de sérénité qu’il parvint à leur rendre l'espérance. En ce moment où , placés entre les satellites de Sylla et les Ilots , ils semblaient sur le point de périr par l'eau ou par le fer, Marius ne les entretenait que des grandes destinées qui lui avaient été promises par les Dieux, a Quand j’étais enfant, leur disait-il, un jour que j'errais le long des rochers de Cemetum , sept aiglons tombèrent dans mon sein : les aruspices consultés annoncèrent à ma mère que je serais sept fois consul : je ne l’ai été que six fois, vous voyez bien que je porterai encore la robe de pourpre ! »
Comme il achevait ces mots on vit accourir, du côté de Minturnes , à une distance de vingt stades1, une turme de cavaliers; en même temps, comme pour raffermir la foi sans doute bien ébranlée de ses compagnons dans les promeses des aruspices, deux barques à voiles apparurent le long du rivage. Les plus pressés se jettent aussitôt à la mer et gagnent la première à la nage; deux esclaves, avec des peines infinies, transportent dans l’autre, Marius, qui était très-fort et très-pesant, il y était à peine que les cavaliers arrivent à toute bride. Le décurion ordonne aux mariniers d’amener la barque au rivage ou de noyer Marius; ceux-ci délibérèrent à la poupe , et ce ne fut qu'après un débat plein d’angoisses et d’anxiété pour le proscrit que la générosité l'emporta sur la peur et l’égoïsme. Ils tournent enfin la voile du côté des Marais Pontins , et vont aborder , au tomber de la nuit , à l'embouchure du Liris. Là conseillant à Marius, que la mer fatiguait beaucoup, de prendre quelques instants de repos , en attendant le retour de la brise , ils le descendent, le couchent sur l’herbe , et , rentrant dans leur barque , s’éloignent avec précipitation aussitôt qu'ils le voient endormi.
Marius a Mustursks. — En s’éveillant, Marius se trouva seul. Ainsi abandonné du monde entier, il demeura longtemps couché sur le rivage dans une sombre méditation. Mais son courage n’était pas de ceux qui fléchissent; se levant avec peine, car ses forces défaillaient, il se traîna à travers les marais profonds du Liris, pleins d’eau et de boue, jusqu’à la hutte d’un pauvre paysan aussi faible