MARIUS ET SYLLA. — PROSCRIPTIONS
Proscriptions. — Nouvelle lutte entre les partis. — Le consul Clnna rallume la guerre sociale. — Retour de Marias.
— Ses ennemis sont proscrits. — Mort d'Ortavias. — Marins poursuit la Camille de Sjlla. — Mort de Maries.
— Sjrlla quitte l’Asie. — Il rentre dans Rome. — Nouvelles proscriptions. — Commencements de Catilins. — Sjlla, dictateur. — Abdication de Sylla. — Sa mort. — Ses funérailles.
Pendant que la lâcheté d'un préteur défendait au vainqueur des Kymris , il cet homme six fois consulaire, de se reposer un instant sur cet amas de ruines qui fut la patrie d'Hannibal , une grande réaction s'opérait à Rome en sa faveur.
PaoscaiPTioas. — En entrant & main armée dans ia ville , Sylla avait surpris le peuple , il uc l’avait pas vaincu. D'un autre côté, l'aristocratie, a laquelle il venait de donner le pouvoir, se voyant dominée par un des siens, elle qui ne voulait souffrir aucune suprématie, montrait plus de ressentiment que de reconnaissance. Il en résulta, ce qu’il faut noter à la gloire des plébéiens et des nobles du temps, que le lendemain de sa victoire , Sylla se trouva seul à Rome avec ses légions. Réunis contre l'ennemi commun , le peuple et la noblesse repoussèrent dédaigneusement son lieutenant et son neveu , qu'il était venu présenter au Forum et recommander lui-même comme aspirants au consulat. Pour mieux faire éclater leurs sentiments, les centuries nommèrent Cinna, un partisan fougueux de Marius, et Octavius qui ne reconnaissait pas, disait-il, de puissance supérieure aux lois.Voyant le peuple et le sénat hostiles, Sylla se rapprocha promptement de l'armée : Pompéius Rufus, soit collègue au consulat et son complice, reçut ordre d'aller prendre le commandement du camp de Nola. Mais on ne déchaîne jamais impunément l'anarchie militaire : c’est une tigresse furieuse qui finit par mettre en pièces ceux qui lui ont ôté ses fers. Les soldats de Nola étaient contents de leur
MAlllUS ET SYLLA.
général ; pour le conserver, ils égorgèrent Pompéius. C'était la première fois, comme le remarque Patcrculus, que des légionnaires trempaient leurs mains dans le sang d'un consul. Sylla fut si effrayé, lui qui n’était entouré que d'ennemis, de sentir ce point d'appui militaire, qu’il croyait inébranlable, se dérober sous sa main, qu'il sortit de Rome à l'instant, et peu de jours après gagna l’Asie avec ses légions.
Nouvelle lutte entre les partis. — Après son départ , le débat fut repris au point où il avait été interrompu par la mort de Sulpicius. Cinna, l’un des nouveaux consuls, proposa d'abroger les mauvaises lois de Sylla, et de répartir dans les trente-cinq tribus les citoyens récemment admis. Mais Octavius, aussi dévoué au sénat que son collègue l'était au peuple, combattit hautement cette proposition comme funeste à la République; il voulait dire l'oligarchie. Rome dès lors se trouva, comme avant l'expulsion de Marius, divisée en deux camps. Dans l'un étaient les citoyens des tribus anciennes ayant à leur tête un consul, Octavius; dans l’autre les citoyens des tribus nouvelles ayant à leur tête le second consul , Cinna. Celui-ci , sachant qu’on ne décidait plus rien avec des paroles, leur fit cacher sous leurs robes les arguments de Sulpicius, et ouvrit la délibération au Forum, au milieu d’une foule immense. Malgré l'opposition de quelques misérables vendus au sénat , qui s’appelaient tribuns du peuple parce qu'ils en portaient les toges et déclamaient avec véhémence contre une mesure cependant utile au peuple, la loi passait à une immense majorité, quand le consul Octavius parait tout à coup au haut de la voie Sacrée, à la tète d’une phalange épaisse et serrée d’anciens citoyens et de légionnaires armés jusqu'aux dents. Cet ami des lois se précipitant comme un torrent dans le Forum avec cette masse de piques et d’épées , fend violemment la foule, la coupe en deux , et poussant jusqu'au tample de Castor et Poltux, frappe et égorge tout ce qui résiste et proteste. Durant ce tumulte, qui coûta dix mille hommes aux tribus nouvelles, Cinna, écumant de rage , parcourait la ville, appelant les esclaves à la liberté. Personne ne répondit; alors il sortit de Rome et courut rallumer le feu de la guerre sociale dans les villes (les alliés.
La consul Cinna rallume la guerre sociale. — C'était leur cause qu’il soutenait : c'est pour la faire triompher qu'il s'exilait de Rome. Aussi, partout où il se présenta, les Italiens le reçurent avec enthousiasme. A Tusculum , h Préneste, à Nola, il trouva des hommes et, ce qui lui était bien plus nécessaire, de l'argent. Sûr, dès lors, d’être bien accueilli de l'armée en observation à Capoue , U s’y rendit en toute hû'e. Une conférence secrète , dans laquelle l'or italique parla éloquemment sans doute, eut lieu entre quelques sénateurs qui étaient venus le rejoindre et les chefs de cette armée, puis Cinna parut devant le prétorium, d'abord avec l'appareil consulaire; mais ayant fait briser ses faisceaux, comme s'il n’était plus qu’un simple citoyen, il dit aux soldats les larmes aux yeux :
« La magistrature que j'exerçais, je la tenais de mes concitoyens, car les suffrages du peuple me l'avaient conférée; et le sénat vient de me l'enlever, au mépris des lois et de l’autorité du peuple, parce que je défendais vos droits ot ceux des nouveaux